Cinq jours de captivité à la cité des anges : Autoethnographie d'une expérience de kidnapping à Port-au-Prince
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Université d'Ottawa / University of Ottawa
Résumé
Le kidnapping est un phénomène difficile d'accès comme objet de recherche en raison de sa clandestinité, de la violence qui le caractérise et des obstacles éthiques qu'impliquerait toute tentative d'observation directe. Cependant, c'est l'objet de cette thèse qui prend appui sur une expérience de cinq jours de captivité à Port-au-Prince et sur sa mise en récit rétrospective pour tenter de comprendre certains rouages du phénomène, notamment le régime de captivité qu'il instaure, sa coexistence avec le quotidien, les relations de pouvoir qui le structurent et les effets de sa violence au-delà de la captivité.
La recherche adopte une démarche autoethnographique, sensorielle et réflexive. La mise en récit de l'expérience mobilise les sensations, les perceptions et la mémoire du corps comme matériaux d'une connaissance sensible et située, soumise à une analyse narrative et interprétative afin d'éclairer certaines dimensions du kidnapping difficilement perceptibles depuis l'extérieur.
La thèse montre que le kidnapping en Haïti ne se réduit ni à la capture ni à l'exigence d'une rançon, mais se déploie comme un processus territorialisé dans lequel le captif est saisi, puis déplacé et désorienté, profilé et transformé en valeur négociable, étant maintenu en vie dans les limites nécessaires à la négociation (la sur-vie). Ce processus laisse apparaître un agencement de tâches, des passages de relais, des rapports hiérarchiques ainsi que certaines règles internes qui encadrent l'exercice de la violence, sans exclure les tensions et l'improvisation.
La rançon elle-même apparaît comme une valeur fabriquée à partir du profilage et des interactions entre les ravisseurs, le captif et ses proches (la fabrication du prix d'une vie), de sorte qu'une vie s'y négocie autant en récit qu'en argent. Enfin, la violence du kidnapping déborde le corps et le lieu de captivité ; elle atteint les proches par la négociation et se prolonge au-delà de la libération, selon une dynamique que la thèse décrit comme une spirale de violence.
Cette autoethnographie montre ainsi qu'un sujet dont la mobilité, l'agentivité et les perceptions sont contraintes peut demeurer un sujet percevant et interprétant, capable de produire, rétrospectivement, une connaissance située et nécessairement partielle de l'expérience captive.
Description
Mots-clés
Kidnapping, Captivité, Autoethnographie, Anthopologie sensorielle, Violence, Rançon, Haiti, Fabrication du prix d'une vie, Sur-vie captive, Spirale de violence
