Un enseignement social de l’église pour l’Afrique : De la communication socio-politique des évêques du Cameroun, de 1988 à 1998, à la nécessité d’une approche contextuelle et d’une démarche praxéologique

Description
Title: Un enseignement social de l’église pour l’Afrique : De la communication socio-politique des évêques du Cameroun, de 1988 à 1998, à la nécessité d’une approche contextuelle et d’une démarche praxéologique
Authors: Kentia, Bernard
Date: 2015
Abstract: La crise socio-économique et politique qui a marqué le Cameroun pendant la décennie 90 était d’une telle ampleur qu’il a fallu un nombre impressionnant d’intervenants internes et externes pour en venir à bout. Les évêques de ce pays en furent, qui, en plus des faits et gestes divers, produisirent à cet effet une abondante communication, individuelle ou collective, qui fait partie de ce qu’on peut appeler l’enseignement social de l’épiscopat du Cameroun. Il ne s’agissait pas seulement de quelques déclarations conçues et faites à distance, mais aussi d’un véritable engagement dans le débat socio-politique, sur des questions d’une brûlante actualité telles que la crise économique, le multipartisme, les élections transparentes, la conférence nationale, etc., sans oublier la récurrente question scolaire, héritée de période coloniale, qui a atteint au Cameroun au haut niveau de politisation. La presse nationale et internationale en fut souvent le canal de transmission, sans aucune restriction sur la forme : lettres pastorales, homélies, déclarations, messages, communiqués, appels, interviews. Une recherche documentaire a permis de constituer un corpus de 38 éléments de cette communication socio-politique des évêques du Cameroun, de 1988 à 1998, et leur évaluation générale et détaillée donne d’en apprécier la teneur sous divers aspects. Cette débordante activité communicationnelle n’a malheureusement pas débouché sur l’instauration de la paix et de la justice sociales, selon l’objectif que les évêques s’étaient fixé ; bien on contraire : on assista plutôt au retour à l’autoritarisme d’État. Une contre-performance qui suscite des interrogations sur la capacité de l’Église à participer efficacement au changement de l’ordre social et moral mortifère qui tient les peuples d’Afrique dans des conditions de vie sous-humaines. Si l’on ne peut douter de la force de l’Évangile qui constitue un ferment de renouveau de tout ordre social et moral, il importe de relever que l’Église se doit de concevoir, à chaque moment de l’histoire et pour chaque peuple, un processus d’évangélisation qui lui permette de mener sa mission au service du salut en Jésus Christ, à la fois historique et eschatologique, avec pertinence et efficacité. Or, il ressort des résultats des travaux des théologiens africains que la pertinence et l’efficacité de l’enseignement social de l’Église concernant l’Afrique sont compromises par un certain nombre de limites qui sont liées au comportement même des membres du corps épiscopal et à la façon dont ils traitent des questions socio-politiques et économiques africaines. Non seulement l’analyse des éléments de la communication socio-politique des évêques du Cameroun de 1988 à 1998 confirme ces limites, mais surtout elle retient l’attention sur l’inadéquation flagrante qui existe entre les valeurs et les principes préconisés, et la réalité du vécu quotidien des populations. De plus, il y a une impertinence pratique dans la façon dont les évêques mènent leur communication dans le contexte en question. Il s’impose alors de passer à un enseignement social pour l’Afrique, un enseignement conçu pour être un facteur de changement socio-politique réel sur ce continent. Il devrait être élaboré à partir de la situation africaine comprise de l’intérieur, en tenant compte des réalités historiques qui l’ont façonnée, des intérêts qui y sont en jeu et des acteurs qui y sont impliqués. Un double processus à cet effet : l’approche contextuelle, par laquelle l’Église conçoit et mène sa mission de façon à rejoindre les aspirations et les actions des populations africaines, et à atteindre leur âme; c’est le défi de la pertinence. Et la démarche praxéologique, par laquelle l’Église formule et pratique sa communication sociale de façon à faire ressortir la force de l’Évangile en vue d’éclairer et de soutenir le renouveau de l’ordre moral et social mortifère qui tient les peuples d’Afrique en otage; c’est le défi de l’efficacité. La contextualisation, comme nouvelle manière d’être Église en Afrique, commence par l’exigence que les pasteurs et théologiens s’imposent de se mettre à l’école des populations afin de les connaître de l’intérieur dans leurs combats en vue du mieux-être, de connaître les moyens dont ils disposent à cet effet, et de connaître les blocages qui pourraient entraver leurs efforts. Alors trouveront-ils leur place dans l’engagement collectif, grâce à une participation appropriée aux débats qui mènent aux prises de décisions et aux actions en vue du pouvoir-être-autrement-ensemble. C’est une approche éthique, fondée non pas sur des valeurs prédéfinies, mais sur l’utopisme de l’humain qui caractérise le Christianisme dont la foi est fondée sur le processus de mort-résurrection du Christ. Par cette approche qui ouvre franchement sur l’imaginaire, l’inventivité et la créativité, l’Église peut apporter la parole éthico-prophétique en vue de la dynamique de déconstruction-reconstruction par laquelle doit passer l’édification d’une Afrique autre. Dans la formulation de son enseignement social, la praxéologie offre à l’Église une démarche à deux niveaux : la première, analytique, qui permet de rechercher l’intelligence de l’agir humain dans la nature et la motivation de ses auteurs, afin d’y participer efficacement ; la deuxième, pratique, comme technique opératoire qui permet de vérifier la faisabilité d’une action en s’assurant que le bien recherché est à la fois conceptuellement et pratiquement réalisable en situation, selon un processus d’action-réflexion-action. Éthique contextuelle et praxéologie se rejoignent donc dans un même processus en vue d’une meilleure appréciation des situations sociales et d’une meilleure participation aux actions de ceux qui y sont engagés. La pastorale est le lieu premier où l’occasion est donnée d’apprécier la façon dont les collectivités s’organisent en vue du combat quotidien pour le mieux-être, et où la participation de l’Église commence de manière effective, par une présence et une parole constante et signifiante. C’est de là qu’on peut tirer le matériau authentique qui permettrait à la hiérarchie de préparer et de formuler un enseignement social qui soit en adéquation avec les situations réelles. C’est de là aussi que l’Église pourrait puiser les ressources en vue d’organiser et de planifier sa participation de plain-pied au débat social, sans perdre sa personnalité propre. D’une manière générale, la contextualisation et la praxéologie ouvrent à l’Église une voie de réponse pertinente et efficace aux rendez-vous avec les peuples et leur histoire.
URL: http://hdl.handle.net/10393/32492
http://dx.doi.org/10.20381/ruor-808
CollectionThèses Saint-Paul // Saint Paul Theses
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