Le néoconservatisme en politique étrangère canadienne: Une rhétorique en action?

Description
Title: Le néoconservatisme en politique étrangère canadienne: Une rhétorique en action?
Authors: Fontaine, Kéïla
Date: 2013-09-09
Abstract: Ce travail pose la question de l‟influence de l‟idéologie sur la formulation de la politique afghane du Canada au cours des douze dernières années. Plus encore, un effort substantiel est déployé pour analyser la distinction entre le corpus idéologique des dirigeants libéraux et conservateurs afin de déterminer si la politique afghane s‟est transformée au fil des ans sous l‟influence de l‟idéologie des partis au pouvoir. Notre hypothèse de départ consiste à dire qu‟un changement de gouvernement implique nécessairement une transformation de la politique afghane du Canada en fonction du corpus idéologique auquel le parti adhère. L‟ampleur de cette transformation est étroitement liée au niveau d‟intérêt que l‟Afghanistan obtient auprès des dirigeants et aux opportunités qu‟ils y perçoivent. On estime qu‟une idéologie qui valorise les démonstrations de puissance et de force trouvera plus facilement son compte dans la crise afghane, alors qu‟une idéologie plus pacifiste éprouvera davantage de difficulté à concilier les impératifs de sécurité et militaires aux valeurs et idéaux poursuivis. L‟analyse proposée de la politique afghane du Canada s‟étend de 2001 à 2013. Cette période a été segmentée en trois sections pour mettre en évidence les apports particuliers de chacun des premiers ministres qui se sont succédé à Ottawa. Une grille de référence idéologique traitant des postulats en lien avec notre projet a été élaborée pour analyser la conformité entre les décisions et l‟appartenance idéologique des décideurs. Selon cette grille de référence, trois critères de bases sont fondamentaux à une politique afghane inspirée du libéralisme : le cautionnement par la communauté internationale; le désir d‟opérer sous un leadership occidental et d‟utiliser d‟autres moyens que simplement la force et la violence pour instaurer la paix et la sécurité; la volonté de déployer des opérations à la fois conformes aux capacités limitées du Canada, aux valeurs canadiennes et à l‟image du bon citoyen du monde auquel les libéraux sont tellement attachés. Alors qu‟une politique afghane influencée par un corpus idéologique rattaché au néoconservatisme serait davantage portée par un désir de réhabilitation de la force brute et des combats armés comme un moyen légitime de règlement des conflits internationaux et un outil permettant d‟accéder à plus d‟influence sur la scène internationale, par la volonté de promouvoir et de mettre en évidence un lien de proximité avec les États-Unis et un profond désir d‟être perçu par ceux-ci comme un allié fiable, ainsi que par la volonté de présenter le Canada comme une puissance importante d‟où la possibilité d‟un engagement supérieur aux capacités réelles. Dans un premier temps, nous avons observé que la politique afghane de Jean Chrétien a été alimentée par un certain désintérêt mêler d‟obligations envers les alliés, particulièrement à l‟endroit des États-Unis et de l‟OTAN, et de prudence, ne souhaitant pas exposer les troupes canadiennes à trop de danger. Ainsi, plutôt que de se lancer avec enthousiasme dans une opération expéditionnaire, le gouvernement Chrétien, déployant ses effectifs au nom de la guerre au terrorisme internationale, s‟est contenté de faire le nécessaire compte tenu des contraintes environnantes et d‟agir avec l‟appui de la communauté internationale. Après analyse, nous pouvons conclure que les décisions prises par son gouvernement sont conformes au corpus idéologique de l‟internationalisme libéral. Sous le gouvernement Martin, l‟Afghanistan ne revêt pas d‟une grande signification au sein des priorités et des intérêts principaux en politique étrangère. La formulation de la politique afghane a donc été laissée entre les mains du Général Hillier qui semble avoir été victime d‟un surplus d‟optimistes en donnant sa parole à Martin sur la capacité des Forces canadiennes (FC) d‟être déployée en Afghanistan et aux quatre coins du globe en cas de besoin. Cependant, la décision initiale du gouvernement libéral de Paul Martin de renvoyer les Forces canadiennes à Kandahar prendre la direction d‟une équipe provinciale de reconstruction (ÉPR) pour une durée très limitée d‟un an seulement, n‟est pas forcément en contradiction avec l‟idéologie libérale. Les ÉPR démontrent une volonté typiquement libérale d‟utiliser des moyens autres que la force et la violence pour ramener la stabilité et la paix. Le rôle du Canada lors de l‟élaboration de cette mission était varié conjuguant un besoin de sécurité, à l‟aide au développement économique et à la reconstruction, au renforcement de la gouvernance des institutions politiques et juridiques de cette nouvelle République démocratique. De toute évidence, nul ne se doutait de l‟ampleur de l‟insurrection et de la tournure que cette mission allait prendre. En dernier lieu, la gestion de la politique afghane sous le gouvernement conservateur de Stephen Harper démontre une aisance et une volonté Ŕ émanciper de tous dogmes moraux teintés de pacifisme Ŕ d‟utiliser la force brute comme un outil légitime d‟encadrement et de gestion de la politique afghane canadienne. Nous avons constaté l‟ampleur des efforts déployés pour obtenir la légitimité démocratique, politique et populaire nécessaire à l‟obtention des trois prolongements successifs à la mission canadienne à Kandahar. Clairement, l‟Afghanistan figure au coeur des priorités du gouvernement conservateur qui n‟a ménagé aucun effort pour avoir gain de cause dans sa stratégie d‟utiliser l‟Afghanistan comme un outil pour rehausser le prestige et l‟influence du Canada, se présenter comme un allié fidèle des États-Unis et de réhabiliter le rôle plus traditionnel de combat pour les FC. L‟ensemble de ces constats s‟accorde également avec le corpus idéologique des conservateurs. Par conséquent, notre étude tend à démontrer que l‟idéologie des partis politiques au pouvoir influence leur prise décisionnelle et la stratégie de justification déployée. Nous pouvons également conclure à une distinction entre la gestion libérale et conservatrice de la politique afghane du Canada. Sous les libéraux, l‟Afghanistan ne constitue pas une priorité, pour Chrétien, elle est considérée comme un mal nécessaire pour satisfaire aux exigences envers les alliés et envers les engagements annoncés, pour Martin, elle est perçue comme un engagement à poursuivre, mais seulement de manière à ne pas empiéter sur les autres priorités de politique étrangère qu‟il s‟était fixées. Alors qu‟avec l‟arrivée des conservateurs, l‟Afghanistan devient un enjeu de politique étrangère prioritaire. Elle revêt un engouement nouveau de la part de l‟exécutif et une forte détermination politique.
URL: http://hdl.handle.net/10393/26070
CollectionAffaires publiques et internationales - Mémoires // Public and International Affairs - Research Papers
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