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La discrimination comme violence raciste et nationaliste : quelles implications pour l’étude des conflits? Le cas particulier de la situation des Roms en Hongrie

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Université Saint-Paul / Saint Paul University

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En Hongrie, malgré l’existence d’un corpus juridique européen et hongrois interdisant la discrimination, le traitement discriminatoire des Roms se perpétue, et contribue au renforcement d’un ‘nous national’ dont ils sont exclus et à un « racisme sans race » (Balibar 2013) qui utilise un argumentaire culturel ou axé sur des valeurs. Cette contradiction nécessite d’être analysée, de manière à mieux comprendre comment le nationalisme et le racisme se renforcent à travers l’utilisation de la discrimination et de la non-discrimination. Nous ajoutons ensuite une méta-analyse : il s’agit d’étudier comment la situation engendrée par ce renforcement mutuel, à savoir un état de discrimination, peut être considérée comme ultra-violente. Présenter la discrimination et le racisme comme ultraviolentes permet de problématiser leur relation avec la notion de conflit, et de réfléchir à la manière dont l’ultraviolence peut être reconflictualisée et transformée. La thèse porte alors sur deux questions de recherche. La recherche aborde en premier comment le nationalisme, le racisme, et la (non-)discrimination sont reliés et interagissent. La thèse adopte une méthode interdisciplinaire pour établir un dialogue entre les approches théoriques de plusieurs disciplines et le cas particulier du nationalisme et du racisme anti-Roms en Hongrie. Il ressort de l’analyse préliminaire des concepts-clés de la thèse que les recherches actuelles n’offrent que des réponses partielles quant aux relations mutuelles entre nationalisme, racisme, et discrimination. Dès lors, nous élaborons un cadre théorique fondé dans les théories d’Étienne Balibar. Le cadre théorique relie diverses théories de Balibar sur la relation d’excès entre le racisme et le nationalisme, sur le néoracisme, et sur l’égaliberté (Balibar et Wallerstein 1991; Balibar 1993; 2002; 2005b; 2014). Dans la deuxième partie de la thèse, le recours au cas particulier permet de créer un dialogue avec le cadre théorique, et de synthétiser les effets d’engrenage nationaliste et raciste de la discrimination en Hongrie. Le cas particulier montre que, depuis plusieurs siècles, les Roms sont traités de manière défavorable en Europe et en Hongrie. La recherche corrobore la relation théorique d’excès entre le nationalisme et le racisme, puisqu’elle montre que les périodes d’exacerbation du nationalisme en Hongrie amplifient les mesures racistes prises envers les Roms. La constatation de ces recoupements historiques nous amène à étudier la situation hongroise contemporaine de manière critique. La résurgence du nationalisme hongrois après 1989 s’accompagne de mesures axées sur les droits des nationalités et le traitement égal. Néanmoins, une analyse des statistiques disponibles, de la jurisprudence de l’Autorité de traitement égal (ATE), des programmes politiques de deux partis nationalistes (le Fidesz et le Jobbik), et des pratiques des milices d’extrême droite, expose que les Roms subissent de la discrimination et du racisme antiRom (également intitulé ‘antitsiganisme’) au quotidien en Hongrie contemporaine. De plus, ce racisme se sert d’un argumentaire culturel ou nationaliste qui lui permet de se perpétuer sans référence directe à la race, et de renforcer l’idéologie nationaliste hongroise. Se pose alors la question de l’efficacité de la loi relative aux nationalités et la loi relative au traitement égal sur la situation des Roms de Hongrie. La thèse met en exergue trois effets négatifs conjoints des lois sur la situation des Roms: la légitimation de l’exclusion politique des Roms, l’exclusion des Roms de la nation hongroise, et l’excès de nationalisme néoraciste, c’est-à-dire la création de dynamiques de visibilité-invisibilité politique et juridique des Roms dans la société hongroise. Le constat de l’inefficacité, et même la contre-productivité, des lois de non-discrimination dans la lutte pour l’égalité et contre le racisme est relié aux définitions de de la violence de Balibar en tant qu’excès ou transgression (Balibar 2010) : la discrimination déborde, ou excède, le cadre législatif et politique. La mise en relation des postulats de Johan Galtung et de Balibar amène une nouvelle conceptualisation du racisme et de la discrimination comme violences allant jusqu’à l’extrême, c’est-à-dire des états de fait violents qui anéantissent le conflit. Les deux auteurs reconnaissent également la nécessité du conflit pour avancer vers des sociétés de ‘paix conflictuelle’. De ce fait, le droit à la non-discrimination doit devenir un instrument qui puisse reconflictualiser la violence extrême dans laquelle peut tomber la discrimination. La thèse suggère de transformer la non-discrimination en anti-discrimination (relié au terme de Balibar d’anti-violence) (Balibar 2010) en y greffant des obligations de résolution de conflit. En conclusion, la thèse met en évidence la pertinence du décloisonnement disciplinaire pour augmenter la réflexion théorique concernant la relation entre plusieurs concepts : le racisme, le nationalisme, la discrimination, le droit à la non-discrimination, et le conflit. Les études de conflits se concentrent en général sur les conflits qui se manifestent par de la violence physique et matérielle de grande envergure (entre autres, les violences civiles et politiques, les guerres et les guerres civiles, et/ou les génocides). À la lumière des parallèles entre les théories de Galtung et de Balibar, la thèse offre la possibilité de qualifier le racisme et la discrimination de violence. Cette conceptualisation permet l’avancement des recherches en études de conflits puisqu’elle souligne l’incidence de la discrimination sur le conflit et inclut le thème de la (non-)discrimination dans les études de conflits.

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Keywords

Conflit, Discrimination, Roms, Racisme, Nationalisme, Hongrie

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