Expérience des parents 2ELGBTQIA+ francophones vivant en situation linguistique minoritaire pendant la transition à la parentalité

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Université d'Ottawa / University of Ottawa

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La transition à la parentalité constitue un événement de vie majeur, amorcé bien avant la conception et s'étendant parfois sur plusieurs années après la naissance de l'enfant. Elle englobe les périodes antepartum, périnatale et postnatale, y compris l'allaitement. Si la littérature a documenté cette transition dans divers contextes, peu d'études ont porté attention aux expériences spécifiques des personnes bispirituelles, lesbiennes, gaies, trans, queer, intersexe et autres (2ELGBTQIA+) d'expression française vivant en situation linguistique minoritaire. Cette population, à la fois hétérogène et marginalisée, fait face à des défis singuliers liés à la reconnaissance identitaire, à l'accès aux soins et à l'affirmation linguistique, en particulier dans les provinces canadiennes hors Québec. Les infirmières jouent un rôle central dans l'accompagnement des familles durant cette transition, mais elles rapportent souvent un inconfort face aux enjeux de sexualité et de diversité de genre, lié à un manque de formation et de ressources adaptées. Dans un contexte où les francophones en situation minoritaire doivent composer avec des services peu accessibles ou culturellement inadéquats, l'expérience des parents 2ELGBTQIA+ francophones demeure largement absente dans les recherches en santé. Ancrée dans une posture critique, cette thèse mobilise les travaux d'Henri Lefebvre (production de l'espace), de Gloria Anzaldúa (fronteras, nepantla) et de Deborah Lupton (cultures du risque) pour interroger la manière dont les espaces dominants sont produits et vécus par les familles 2ELGBTQIA+, et comment ces dernières participent à leur transformation à travers la création d'espaces différentiels. L'étude adopte un devis exploratoire qualitatif, fondé sur l'analyse phénoménologique interprétative (API), afin de cerner l'expérience vécue de la transition à la parentalité chez 12 personnes 2ELGBTQIA+ francophones vivant au Manitoba. Un questionnaire sociodémographique et des entrevues semi-structurées ont permis de documenter leurs trajectoires complexes. L'analyse révèle quatre thèmes majeurs : (1) la transition à la parentalité, (2) la conciliation des rôles, (3) la navigation de l'espace, et (4) la création d'un espace. Les récits mettent en lumière une pluralité de parcours parentaux, marqués par des seuils émotionnels, sociaux et identitaires. La décision de devenir parent émerge tantôt d'un processus délibéré, tantôt d'un surgissement contextuel, révélant une tension constante entre agentivité individuelle et contingences sociopolitiques. La période antepartum est vécue comme un espace liminaire d'anticipation, où les participant.e.s projettent leur rôle parental tout en affrontant les contraintes institutionnelles, corporelles et affectives. Les expériences entourant l'accouchement et les soins périnataux révèlent une confrontation aux normes biomédicales et hétéromononormatives, où les participant.e.s doivent négocier leur autonomie corporelle face aux impératifs cliniques. La période postnatale (jusqu'aux deux ans de l'enfant) est marquée par une redéfinition intense des identités conjugales, professionnelles, parentales et linguistiques, souvent exacerbée par des facteurs tels que l'isolement, la précarité et les transitions de vie. La conciliation des rôles représente un défi permanent : les configurations familiales doivent être constamment ajustées pour dépasser les scripts hétéronormatifs. Celles et ceux qui ont pu co-construire librement des rôles parentaux fondés sur leurs forces individuelles et les exigences du quotidien rapportent une plus grande cohérence et agentivité, tandis que la reproduction des normes de genre traditionnelles engendre fréquemment tensions et détresse. La navigation de l'espace dévoile des obstacles systémiques : les familles doivent composer avec un accès limité à des services de santé et de soutien affirmatifs, francophones, inclusifs et culturellement sécuritaires. L'insécurité linguistique traverse les récits comme un enjeu fondamental, influençant autant l'accès aux soins que l'affirmation identitaire en tant que personne 2ELGBTQIA+ francophone. Face à ces défis, les participant.e.s déploient des stratégies créatives de résistance : création d'espaces sans jugement, redéfinition des rôles au sein du foyer, recours à la famille choisie, ou encore transformation de la maison en espace accueillant et inclusif. Ces gestes, à la fois politiques et relationnels, traduisent une volonté d'habiter le monde autrement, de revendiquer leur légitimité parentale, et de tracer la voie à des modèles familiaux pluriels et émancipateurs. En somme, cette étude révèle que la parentalité pour les personnes 2ELGBTQIA+ francophones en contexte minoritaire ne peut être pensée uniquement comme une expérience individuelle : elle s'inscrit dans une dynamique de lutte, de résilience et d'innovation sociale. Les résultats plaident pour une transformation des pratiques en santé, notamment à travers la mise en place de services spécialisés, pérennes et intersectionnels, qui reconnaissent pleinement les réalités des familles francophones 2ELGBTQIA+ Pour que la parentalité devienne une perspective tangible, joyeuse et légitime dès l'enfance, il est impératif d'ancrer ces trajectoires dans des espaces réellement inclusifs, où les personnes ayant la diversité des vécus puissent s'épanouir.

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Mots-clés

transition à la parentalité, 2ELGBTQIA+, espace, geographie

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