Au-delà de l'intégration : pluralisme et communauté politique au Canada

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Université d'Ottawa / University of Ottawa

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Résumé

Cette thèse examine les limites conceptuelles, normatives et politiques du paradigme de l'intégration dans les débats contemporains sur la diversité culturelle et l'appartenance politique. Bien que l'intégration soit généralement présentée comme un moyen de concilier pluralisme et cohésion sociale, le concept demeure instable. Il peut désigner l'ajustement des minorités aux normes dominantes, l'adaptation mutuelle entre différents groupes ou encore la transformation structurelle des institutions. Malgré leurs différences, ces conceptions tendent à partager un même présupposé : l'existence d'une société relativement cohérente et déjà constituée, à l'intérieur de laquelle les différences doivent trouver leur place. La thèse soutient que cette représentation produit une asymétrie fondamentale entre les personnes dont l'appartenance à la communauté politique est présumée et celles qui doivent continuellement démontrer leur capacité à s'y intégrer. Elle ne cherche donc pas à proposer une meilleure politique d'intégration, mais à interroger les fondements conceptuels qui rendent le paradigme intégratif possible et à examiner comment la pluralité sociopolitique peut être pensée au-delà de celui-ci. La recherche adopte une démarche de théorie politique normative et conceptuelle. Le premier chapitre propose une cartographie critique de la littérature en distinguant trois grandes conceptions de l'intégration : l'ajustement aux normes dominantes, l'interaction et l'adaptation mutuelle, ainsi que la transformation structurelle fondée sur la justice. Le deuxième chapitre met ce cadre critique à l'épreuve à partir du multiculturalisme canadien et de l'interculturalisme québécois. Il montre comment ces modèles peuvent reconnaître la diversité et favoriser la participation tout en maintenant certaines normes communes hors de la contestation et en produisant des formes d'inclusion conditionnelle. Le troisième chapitre élabore un cadre théorique alternatif à partir des travaux de Willem Schinkel, Hannah Arendt et James Tully. Schinkel révèle comment le discours de l'intégration produit l'image d'une société déjà intégrée face à laquelle certains groupes apparaissent comme extérieurs ou déficients. Arendt permet de penser la pluralité comme condition fondamentale de l'action politique, tandis que Tully montre comment les règles communes peuvent demeurer ouvertes à la contestation, à la négociation et à la révision. À partir de ces ressources, la thèse propose le polyculturalisme comme cadre relationnel de l'appartenance politique. Celui-ci conçoit les identités comme plurielles, hybrides et continuellement transformées par leurs interactions. L'appartenance ne correspond alors plus à l'intégration dans un ordre commun préexistant, mais à la capacité de participer à la production, à la contestation et à la transformation continues du monde commun.

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Mots-clés

Intégration, Multiculturalisme, Interculturalisme, Pluralisme, Polyculturalisme, Appartenance politique, Canada, Québec, Hannah Arendt, James Tully, Willem Schinkel

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