Repository logo

Récits des élites touarègues au Mali et au Niger : questionner la « question touarègue »

Loading...
Thumbnail ImageThumbnail Image

Journal Title

Journal ISSN

Volume Title

Publisher

Université d'Ottawa / University of Ottawa

Abstract

À chaque nouvelle rébellion touarègue au Sahel, la question de l’intégration des communautés touarègues dans les États de la région, revient au goût du jour. La plus récente rébellion touarègue a été déclenchée en 2012 au Mali et s’est achevée en 2015. L’État malien a connu trois autres rébellions touarègues depuis son indépendance (en 1963, dans les années 1990 et en 2006). Le Niger voisin a connu une rébellion touarègue quasi-synchronique dans les années 1990 et une autre de 2007 à 2009. Lors du retour des combattants touaregs de Libye après la chute du régime de Kadhafi en 2011, le Mali connait donc une rébellion touarègue mais pas le Niger. En effet, au cours des dernières années, la situation a été apaisée avec les communautés touarègues au Niger. Pourquoi le Niger a-t-il été épargné en 2012 contrairement au Mali ? De nombreux observateurs cherchent les causes du dernier conflit en s’interrogeant sur le manque d’inclusion politique et économique de ces minorités ethniques ou sur le processus de décentralisation qui ne serait pas abouti. En mettant l’accent sur ces facteurs, ils énoncent les revendications des représentants des groupes rebelles, souvent des élites politiques touarègues. Néanmoins, ils ne questionnent pas leurs propos. Les récits de ces élites sont pourtant pertinents à analyser pour saisir « la question touarègue ». En effet, les élites touarègues peuvent façonner, polariser, opposer et mobiliser leurs communautés pour entrer en conflit ou au contraire faire la paix avec les États malien et nigérien en fonction des intérêts individuels, du groupe ou des circonstances. Dès lors, les questions de recherche de la présente thèse sont : Comment les élites politiques touarègues racontent-elles leurs relations à l’État malien et nigérien et leurs relations inter- et intracommunautaires ? Que révèlent les conflits de représentation des élites touarègues sur le politique entre elles et l’État ? Et en quoi les récits des élites touarègues diffèrent-ils entre le Mali et le Niger ? La sociologie des mémoires, la littérature du tournant narratif et certaines composantes de la sociologie pragmatique constituent l’armature théorique permettant d’analyser les récits des élites touarègues. Les narrations des élites révèlent de multiples temporalités et spatialités se superposant, s’imbriquant et s’opposant où les jeux relationnels et les divers positionnements des divers acteurs s’y révèlent. Les récits ont été collectés au cours de plusieurs séjours de recherche entre 2016 et 2017 au Mali et au Niger. Cette thèse élucide les trois questions de recherche à travers des résultats qui différencient assez nettement les deux cas. Le premier résultat confirme que les élites touarègues au Mali narrent et sont dans une relation plus conflictuelle qu’au Niger. Les rébellions successives sont souvent narrées par ailleurs de manière interconnectée, bien qu’il y ait des différends interprétatifs en fonction de la communauté touarègue d’appartenance. A contrario, les élites politiques touarègues au Niger narrent généralement qu’elles sont dans une relation apaisée avec l’État depuis les accords de paix des années 1990, avec une délégitimation en général de la rébellion de 2007. Le levier du conflit armé n’est pas priorisé parmi les options politiques, bien que les récits puissent parfois se montrer ambigus pour certains ex-rebelles touaregs. Le second résultat démontre une appréhension différente de l’espace national dans les deux cas. Au Mali, les récits des élites touarègues autour de la « nation malienne » et de l’ « Azawad » révèlent des jeux d’exclusion et de tensions dans ces deux espaces politiques qui alimentent une relation conflictuelle entre les communautés touarègues et l’État malien. Dans le cas nigérien, les récits sont plus complémentaires entre la nation nigérienne et les territoires septentrionaux de l’Aïr-Azawak, bien que des tensions demeurent entre ces deux espaces politiques. Cette fracture se prolonge lorsque l’on explore l’inclusion politique au sein de ces deux États, où elle est considérée insatisfaisante par les élites touarègues au Mali contrairement au Niger. Dans le premier cas, il y a une forme de déni, notamment parmi les jeunes cadres, qui ne se retrouve pas au Niger où les raisonnements sont bien plus nuancés. Enfin, le troisième résultat permet de confirmer des dynamiques intercommunautaires très différentes. Au Mali, les récits sont ancrés dans des tensions tribales et statutaires qui peuvent mener à des conflits armés. Ce fut principalement le cas entre les Ifoghas et les Imghad. La réinvention et le remodelage des récits tribaux et statutaires sont particulièrement apparents et servent des visions concurrentes du politique parmi les élites touarègues. Enfin, les élites touarègues au Niger entretiennent une relation assez floue vis-à-vis des logiques statutaires et tribales. Elles semblent chercher à se démarquer des grilles « traditionnelles ». Néanmoins, les réalités statutaires et tribales se révèlent parfois dans la délégitimation ou la justification d’un positionnement d’un groupe par rapport à un autre.

Description

Keywords

Touaregs, Kel tamasheq, Elites, Récits, Violence politique, Rébellions touarègues, Ethnographie, Mali, Niger

Citation

Related Materials

Alternate Version