De la construction de la commodité à la gouvernance des écocides - Comprendre le redéploiement de l'éthique industrielle en Eeyou Istchee Baie-James : le cas de la mine Principale à Chibougamau
| dc.contributor.author | Girard Lindsay, Sébastien | |
| dc.contributor.supervisor | Simard, Louis | |
| dc.date.accessioned | 2024-06-14T21:12:05Z | |
| dc.date.available | 2024-06-14T21:12:05Z | |
| dc.date.issued | 2024-06-14 | |
| dc.description.abstract | La littérature sur l'écocide met en lumière un cadre normatif visant à réprimer ou expliquer les facteurs constitutifs menant à la destruction généralisée des écosystèmes. Deux courants fédèrent les auteurs-ices s'étant penché-es sur la question, c'est-à-dire le courant juridique et le courant de la criminologie verte. Le premier s'exprime à travers l'évolution du droit international et la tentative par les institutions internationales, érigées dans le sillage de la Seconde Guerre mondiale, de faire de l'écocide un crime reconnu par le concert des États (Berat, 1993; Gauger, 2012; Gray, 1995; Higgins, 2012; Mwanza, 2018). Cet effort s'est révélé être un échec, objet d'intérêt du second courant traversant ces écrits. En effet, la discipline de la criminologie verte souhaite comprendre les stratégies des acteurs gouvernementaux et corporatifs à courcircuiter les processus démocratiques pour commettre les écocides dans une perspective d'enrichissement (Kramer, 2013; Lynch et al., 2010; Van Baar & Huisman, 2012). Les connaissances dégagées par ces écrits dressent un portrait assez exhaustif des facteurs structurels au sein de l'organisation étatique, qui donnent lieu à la continuité de l'écocide. Au sein de ces structures, le schème cognitif des expert-es demeure toutefois sous-exploré dans leur capacité à justifier ou contester le processus écocidaire. Cette thèse doctorale a l'ambition de combler cette lacune en intégrant un cadre théorique s'inscrivant dans les Critical Management Studies pour suivre et comprendre la capacité de la rationalité extractiviste à se renouveler par les justifications des agent-es qui œuvrent au sein des organisations d'exploitation des ressources naturelles. Nous soulevons donc la question suivante : Comment la rationalité extractiviste parvient à se renouveler face à la critique de l'écocide ? Pour avoir accès à la capacité de justification des expert-es nous avons recours à la notion d'éthique industrielle appliquée au cas de la restauration de l'un des sites miniers les plus contaminés au Québec : le site de la mine Principale à Chibougamau. En ayant recours à un matériel riche et varié, qui combine la conduite de 55 entrevues semi-dirigées auprès d'intervenant-es du secteur minier, l'analyse d'archives et l'encadrement de séances d'observations participantes à la fois sur le site de la mine et dans le cadre d'une conférence tenue à Chibougamau, nous expliquons la composition et l'évolution des justifications qui forment les connaissances légitimes au soutien de l'action gouvernementale (i.e., éthique industrielle). Pour répondre à notre question de recherche, nous expliquons que la rationalité extractiviste, par le biais des expert-es, réagit à la critique de l'écocide en l'investissant de son pouvoir pour la transformer en problématique de gouvernement. D'un lieu discursif chargé de remettre en cause la légitimité de l'État, l'écocide devient un lieu d'investissement du pouvoir gouvernemental. Ce redéploiement s'effectue à travers deux régimes de vérité qui visent l'efficience dans les chaînes de production. La construction de la commodité constitue le premier régime de vérité et s'articule par le biais de quatre justifications, c'est-à-dire l'intégration forcée des Autochtones dans la commodité, la rationalisation du territoire en fonction de la ressource, la construction d'infrastructures pour accéder aux ressources répertoriées et l'érection d'une ville de compagnie pour héberger les travailleurs. Devant la rapide industrialisation de leur territoire ancestral, les Eeyouch de Eeyou Istchee décident de contester l'éthique industrielle au courant des années 1970 en formulant la critique du refus de l'écocide. Cette critique est supportée par un registre métapragmatique antagoniste à l'éthique industrielle et remet en cause l'existence de l'extractivisme d'un point de vue régional. Elle entraîne le besoin pour l'État de déployer deux technologies de pouvoir au sein de la Convention de la Baie-James et du Nord-Québécois (CBJNQ) conclu avec les Autochtones, pour relégitimer les justifications du monde industriel et intégrer les Autochtones dans le tissu institutionnel de la commodité. La CBJNQ agit comme une épreuve, puisqu'il est question de l'armature institutionnelle utilisée par l'État pour intégrer et neutraliser la critique (Boltanski, 2002). Le droit de propriété et la technologie comptable sont ainsi utilisés à cet effet et permettent de reconnaître un statut d'acteur aux communautés autochtones dans la région, tout en instaurant différents marchés pour comptabiliser le risque dans l'exploitation des ressources naturelles. L'introduction du risque comme outil heuristique permet ainsi de dépolitiser la critique de l'écocide et amorce une rationalisation de l'activité de l'État autour des conséquences environnementales de la construction de la commodité. Finalement, le second régime de vérité survient à la fin du cycle de l'exploitation des ressources, lorsque la commodité a été exploitée. Au courant des années 1990, les Eeyouch d'Oujé-Bougoumou contestent le bilan environnemental de la mine Principale dans un contexte d'épuisement des ressources du camp minier de Chibougamau. La critique de l'écocide est utilisée en ce sens comme un outil d'autonomisation de la communauté d'Oujé-Bougoumou, qui s'est fait déplacer par les activités de la mine Principale et souhaite se voir reconnaître un statut de collectivité aux termes de la CBJNQ. Cette itération de la critique de l'écocide dispose d'un caractère local, contrairement à la l'opposition initiale des Eeyouch formulées à l'encontre des barrages hydroélectriques, d'une portée régionale. Lorsqu'il n'est plus possible d'exploiter une commodité, l'État doit contenir le risque issu de la contamination par l'introduction de la filière industrielle de la restauration minière. Les justifications de l'éthique industrielle se redéploient dans ce second régime autour de la notion de risque en lieu et place de la commodité. Il existe toutefois un problème de taille dans la capacité de l'action gouvernementale à se redéployer au sein de ce second régime, c'est-à-dire l'impossibilité d'atteindre l'efficacité dans la restauration. La rationalisation des risques est un exercice complexe qui s'effectue dans un contexte où le gouvernement manque de connaissances et de ressources pour caractériser adéquatement l'ensemble de la contamination, en particulier dans un contexte d'incertitude lié aux impacts des changements climatiques. Il est en outre impossible pour les collectivités locales de développer un lien d'attachement à l'égard des projets de restauration, contrairement à la phase d'extraction de la ressource. En effet, l'opacité qui règne dans la restauration, le caractère complexe et sélectif de l'expertise requise pour comprendre la contamination et l'objectif de sécuriser les lieux en le sanctuarisant contrecarrent la possibilité pour la communauté de s'approprier le territoire contaminé. Le régime de La gouvernance des écocides révèle ainsi le phénomène de l'échec productif, où les véritables objectifs ne s'apprécient pas selon les buts officiels de la politique gouvernementale. En l'espèce, l'échec de l'efficacité dans la mise en œuvre de la restauration des sites miniers cache une volonté de contrôler la critique de l'écocide en instituant diverses catégories de risques environnementaux. Il s'agit là du véritable objectif de l'État. | |
| dc.identifier.uri | http://hdl.handle.net/10393/46337 | |
| dc.identifier.uri | https://doi.org/10.20381/ruor-30405 | |
| dc.language.iso | fr | |
| dc.publisher | Université d'Ottawa | University of Ottawa | |
| dc.rights | Attribution-NonCommercial-NoDerivatives 4.0 International | en |
| dc.rights.uri | http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/4.0/ | |
| dc.subject | Éthique industrielle | |
| dc.subject | extractivisme | |
| dc.subject | justifications | |
| dc.subject | ressources naturelles | |
| dc.subject | commodités | |
| dc.subject | restauration minière | |
| dc.subject | écocide | |
| dc.subject | risque | |
| dc.subject | expertise | |
| dc.subject | connaissances légitimes | |
| dc.subject | régime de vérité | |
| dc.subject | critique | |
| dc.title | De la construction de la commodité à la gouvernance des écocides - Comprendre le redéploiement de l'éthique industrielle en Eeyou Istchee Baie-James : le cas de la mine Principale à Chibougamau | |
| dc.type | Thesis | en |
| thesis.degree.discipline | Sciences sociales / Social Sciences | |
| thesis.degree.level | Doctoral | |
| thesis.degree.name | PhD | |
| uottawa.department | Études politiques / Political Studies |
