Lebel, Josée Marguerite Louise2026-01-062026-01-062026-01-06http://hdl.handle.net/10393/51224https://doi.org/10.20381/ruor-31647Cette thèse explore la place du dialogue dans l’enseignement des sciences au secondaire, en contexte minoritaire francophone ontarien. Elle accorde une attention particulière aux conditions d’émergence du dialogue exploratoire (exploratory talk) en groupe-classe, une forme d’interaction où les élèves expriment, justifient et construisent leurs idées de manière collaborative et raisonnée (Mercer, 1996). Mobilisant successivement la théorie des représentations sociales (Abric, 2001; Jodelet, 1989) et les cadres de l’enseignement dialogique (Alexander, 2020; Boyd, 2023) et de la sociolinguistique critique (Dalley, 2008a), cette recherche collaborative (Desgagné et al., 2001) a été réalisée avec trois membres du personnel enseignant expérimentés d’une école de l’Est ontarien. Elle s’appuie sur un corpus constitué d’enregistrements de leçons et de rencontres collaboratives, au sein desquelles la chercheuse et les membres du personnel enseignant ont analysé et discuté, de manière réflexive, des moments clés tirés des pratiques observées. Particulièrement attentive aux dimensions langagières, identitaires et épistémologiques du dialogue en sciences, cette étude met en lumière les défis propres à un milieu où le français est à la fois langue d’enseignement et langue minoritaire. Elle explore ainsi les tensions entre les normes linguistiques institutionnelles et les répertoires pluriels des élèves, révélant la complexité de concilier inclusion langagière, posture enseignante et visée épistémique dans l’enseignement des sciences. Inspirée par une approche interprétative soucieuse de rendre compte de la complexité du terrain, cette thèse s’appuie sur deux analyses inductives et complémentaires, chacune en cohérence avec les tensions identifiées, les questions soulevées et les dynamiques linguistiques observées dans les pratiques enseignantes. Ce choix méthodologique s’inscrit dans une logique interprétative où l’analyse émerge en partie de la rencontre entre des moments empiriquement significatifs et des cadres théoriques qui s’ajustent au fil de l’interaction avec les données (Snell et Lefstein, 2015). La première analyse adopte une approche centrée sur les représentations sociales du personnel enseignant à l’égard des compétences langagières des élèves et de leur capacité à participer à un dialogue scientifique en contexte minoritaire francophone. Elle repose sur une démarche inductive interprétative fondée sur les échanges lors de la première rencontre collaborative. En cohérence avec la problématique générale de la thèse, cette analyse mobilise un cadre conceptuel axé sur les représentations sociales (Jodelet, 1989 ; Abric, 2001) et une perspective sociolinguistique critique attentive aux normes langagières implicites (Dalley, 2008a). L’analyse, réalisée à partir des discours des personnes enseignantes sur les habiletés langagières de leurs élèves, met en lumière les tensions entre les conceptions normatives du français scolaire et la possibilité de créer un espace dialogique inclusif, tout en soulignant les obstacles structurels et symboliques à l’émergence du dialogue exploratoire en groupe-classe. La deuxième analyse se concentre sur une étude de cas portant sur une leçon de sciences coplanifiée et coanimée par une équipe enseignante-chercheuse dans le cadre de la recherche collaborative. Elle repose sur des enregistrements dans la classe de l’enseignante et des réflexions faites à posteriori avec tous les membres de l’équipe de la recherche collaborative. Alors que la première analyse explorait des représentations sociales exprimées en début de projet, celle-ci s’intéresse à la mise en œuvre concrète d’un espace dialogique et les effets de cette transformation sur les interactions en classe. Elle analyse les gestes discursifs, le recadrage de la posture dialogique de l’enseignante et les réactions des élèves qui en découlent. Le cadre théorique mobilisé s’appuie sur les travaux en enseignement dialogique (Alexander, 2020; Boyd, 2023), en interaction didactique (Mercer et Hodgkinson, 2008; Scott et al., 2006) et sur une perspective sociolinguistique inspirée des recherches de Dalley (2008a). Cette approche permet d’analyser la légitimation des répertoires pluriels en classe de sciences et de rendre compte des conditions concrètes de mise en œuvre du dialogue, ainsi que des tensions épistémologiques et sociolinguistiques inhérentes au contexte minoritaire francophone canadien. D’après les résultats de ces analyses, la posture épistémologique de la personne enseignante, qu’elle soit objectiviste et transmissive ou dialogique et coconstructive, a un impact significatif sur la nature et la fonction du dialogue en classe de sciences. En contexte minoritaire francophone, cette posture est étroitement liée aux conceptions langagières qui conditionnent la participation des élèves et leur accès aux savoirs. Suivant Dalley (2008a), cette thèse propose que l’ouverture à un dialogue authentique, en particulier dans les contextes francophones minoritaires, puisse non seulement enrichir les apprentissages scientifiques, mais aussi favoriser une appropriation plus inclusive et linguistiquement plurielle des savoirs scientifiques. This dissertation explores the role of dialogue in secondary science education in a francophone minority context. It pays particular attention to the conditions under which exploratory talk emerges in whole-class settings, which involves students expressing, justifying, and collaboratively building their ideas through reasoned dialogue (Mercer, 1996). Grounded in the theory of social representations (Abric, 2001; Jodelet, 1989), the frameworks of dialogic teaching (Alexander, 2020; Boyd, 2023), and critical sociolinguistics (Dalley, 2008a), this collaborative research project (Desgagné et al., 2001) was conducted with three experienced science teachers in a secondary school in Eastern Ontario. The research draws on the analysis of recorded lessons and collaborative meetings in which the researcher and teachers jointly analyzed and reflectively discussed key moments drawn from classroom practice. Particularly attentive to the linguistic, identity-related, and epistemological dimensions of dialogue in science, this study highlights the specific challenges faced in a context where French is both the language of instruction and a minority language. It examines the tensions between institutional linguistic norms and students’ plural repertoires, revealing the complexity of reconciling linguistic inclusion, teaching stance, and epistemic purpose in science education. Guided by an interpretive approach attentive to the complexity of the field, two complementary inductive analyses were conducted, each aligned with the tensions identified, the questions raised, and the observed linguistic dynamics in teachers’ practices. In this approach, the analysis partially emerges from the interplay between empirically salient moments and theoretical frameworks that are refined through interaction with sensitizing data (Snell and Lefstein, 2015). The first analysis adopts a focus on teachers’ social representations regarding students’ language skills and their ability to participate in scientific dialogue within a francophone minority setting. Based on exchanges from the project’s initial collaborative meeting, this inductive, interpretive analysis draws on a conceptual framework rooted in social representations theory (Jodelet, 1989; Abric, 2001) and a critical sociolinguistic perspective attentive to implicit language norms. The analysis highlights tensions between normative conceptions of academic French and the possibility of an inclusive dialogic space. This initial focus helps to uncover both structural and symbolic barriers to the emergence of exploratory dialogue, based on how teachers speak about their students’ linguistic capacities. The second analysis presents a case study of a science lesson co-planned and co-taught by a teacher-researcher team within the collaborative framework. It is based on classroom recordings and post-lesson reflections with teaching staff. While the previous chapter focused on the social representations expressed early in the project, this analysis examines the concrete enactment of a dialogic space through discursive moves, a reframing of the teacher’s stance, and the student responses these moves provoke. The conceptual framework here builds on work in dialogic teaching (Alexander, 2020; Boyd, 2023), didactic interaction (Mercer et Hodgkinson, 2008; Scott et al., 2006), and a sociolinguistic perspective inspired by Dalley (2008a), which enables an analysis of how hybrid repertoires are legitimized in the science classroom. This second focus adopts an interactional and situated perspective that sheds light on the concrete conditions for implementing dialogue in class, as well as the epistemological and sociolinguistic tensions it entails in a Canadian francophone minority context. The findings of this dissertation indicate that the teacher’s epistemological stance, whether objectivist and transmissive or dialogic and coconstructive, profoundly shapes the nature and function of dialogue in science classrooms. In francophone minority contexts, this stance is closely tied to underlying language ideologies that influence student participation and access to knowledge. The study suggests that fostering authentic dialogue, particularly in minority settings, can not only deepen learning but also support a more inclusive and linguistically plural appropriation of scientific knowledge.frAttribution-NonCommercial-NoDerivatives 4.0 Internationalhttp://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/4.0/dialogue exploratoireenseignement dialogiqueenseignement des sciencesposture enseignantereprésentations socialespratiques langagièrescontexte minoritaire francophonerecherche collaborativesociolinguistique critiqueapprentissage des sciencespersonnel enseignantposture épistémologiquedialogic teachinglanguage learnersscience learningécole secondaireapprenants de la langueinsécurité linguistiqueexploratory talkidentitéappartenanceParlons sciences ensemble : une recherche collaborative sur la place du dialogue en classe de sciences au secondaire en milieu minoritaire francophone dans l’Est ontarienThesis