Brunette, Edith2024-06-132024-06-132024-06-13http://hdl.handle.net/10393/46333https://doi.org/10.20381/ruor-30402L’association entre le travail d’artiste et la liberté tient du lieu commun. Néanmoins, celle-ci a récemment été remise en question par l’irruption de discussions publiques portant sur des enjeux comme l’inclusion des personnes racisées et l’appropriation culturelle. Ces discussions ont révélé des tensions entre l’idéal de liberté qui semble imprégner le milieu des arts, et la valorisation – elle aussi fréquente – par ce même milieu de la justice sociale. Les débats en question constituent le plus récent jalon de décennies de critiques émises par des groupes minorisés concernant la pertinence d’utiliser le concept de liberté pour décrire ou pour attester de la valeur d’une pratique artistique. Qu’en est-il, dans ce contexte, de l’attachement des artistes à la liberté? Cette thèse interroge la persistance de la notion de liberté dans l’imaginaire des artistes contemporain.es, mais aussi la manière dont iels conçoivent cette liberté. Elle pose aussi la question suivante : est-ce qu’un éventuel attachement à la liberté a une incidence sur l’engagement politique et social des artistes, sachant que, dans les sociétés libérales, la liberté est associée à l’absence de contrainte? J’examine ces questions à partir d’un assemblage de méthodes complémentaires : une série d’entretiens semi-dirigés avec 26 artistes canadien.nes, une observation participante dans le milieu des arts et une autoethnographie – ces deux dernières méthodes mettant à profit ma propre expérience d’artiste professionnelle. Les discours colligés sont ensuite discutés en dialogue avec la théorie politique pour comprendre les conceptions de la liberté qui les irriguent et proposer d’autres manières de comprendre cette dernière. J’invoque notamment les travaux des philosophes Hannah Arendt, Bernard Aspe, Michel Foucault et Georges Simondon, ainsi que ceux de penseur.euses de la marge – incluant Sara Ahmed, bell hooks, Fred Moten et David Harney – pour proposer une conception de la liberté plus apte à s’accorder à un engagement politique concret. Cette recherche conclut à un fort attachement des artistes contemporain.es canadien.nes à la liberté – toutes disciplines confondues et indépendamment de leur profil identitaire. Celle-ci est majoritairement comprise dans une perspective libérale que je nomme « liberté de déprise », caractérisée par une absence de contrainte et une importance accordée aux droits individuels. Pour contrer les tendances individualisantes et antipolitiques de cette dernière, je lui oppose une conception de la liberté que je qualifie de « contextuelle », qui considère les facteurs socioéconomiques et culturels ainsi que la dimension relationnelle de la liberté, et qui exige d’être activée dans un agir collectif. La recherche met aussi en évidence une acceptation sélective de la contrainte, celle-ci conduisant les artistes à se scandaliser davantage de l’irruption dans leur pratique de critères éthiques que des exigences des institutions artistiques et des subventionnaires publics. L’une des contributions de cette thèse est de démontrer à quel point la pratique professionnelle des arts au Canada requiert de se conformer, au moins partiellement, aux intérêts de l’État. Je défends aussi que la réponse très émotive d’une partie du milieu artistique au virage inclusif des institutions constitue une manifestation de ressentiment, soit une déviation d’affects négatifs vers un objet qui n’en est pas la cause. Cette déviation occulte l’objet véritable des affects négatifs : l’organisation capitaliste et ultra-compétitive du monde de l’art professionnel, suivant un modèle que je nomme « ascensionnel ». Je défends la nécessité de s’éloigner de celui-ci pour cultiver un modèle « occupationnel », seul à même de générer des affects positifs qui augmentent la puissance d’agir des artistes, et ainsi leur engagement politique.frArt – Aspect politiqueArt et sociétéArtistesArtistes canadiensLiberté d'expressionAppropriation culturelleAffectsCanada – Politique culturelleArt – CanadaUn.e vrai.e artiste est un.e artiste libre? : Conceptions de la liberté et engagement politique des artistes canadien.nes contemporain.esThesis