Malloum, Abakar2024-05-222024-05-222024-05-22http://hdl.handle.net/10393/46270https://doi.org/10.20381/ruor-30366Si on considère la naissance en 1983 de TCP/IP comme son point de départ, l'Internet a 40 ans en 2023. Le système de communication numérique qui en est issu touche maintenant tous les aspects de la vie dans les endroits les plus reculés de la planète avec des effets sociopolitiques, culturels et économiques sans précédent. Prenant acte de ces transformations induites par le numérique, cette thèse a d'abord trouvé ses conditions de possibilité dans des préoccupations relatives aux rapports complexes entre le numérique et la politique. Le premier constat sur ce chemin est que toute recherche de compréhension du rapport complexe entre la politique et la technique est teintée par une ancienne et omniprésente dichotomie technophile/technophobe. Les technophiles voyaient dans l'Internet la nouvelle agora, la révolution démocratique, l'avènement d'une nouvelle ère de liberté, etc. Les technophobes sont aujourd'hui à constater plutôt les incivilités, les exploitations algorithmiques des données des internautes et les infox (fake news) comme autant d'éléments constitutifs de l'ère numérique et inhibiteurs de la démocratie et de l'exercice des droits citoyens. La persistance de cette opposition normative entre techno-septiques et techno-utopistes est inféconde constituant même un écran qui empêche une compréhension adéquate de rapport complexe et toujours évolutif entre la politique et le numérique. Cette thèse explore le croisement entre la démocratie et les TCP/IP sous l'angle de l'action collective et des acteurs sociaux. En particulier, cette thèse a pour objectif d'explorer cet enjeu au-delà aussi bien des enthousiasmes technophiles que des désenchantements technophobes dans les contextes des sociétés connectées. Pour y parvenir, deux hypothèses méthodologiques distinctes, mais complémentaires sont proposées : La première consiste en le postulat qu'afin d'éviter le déterminisme technique dont sont issues les normativités technophiles et technophobes, il faut partir des pratiques concrètes des acteur.trices. Et, une manière de faire cela consiste à mettre au centre de l'analyse les éthiques politiques qui fondent ces pratiques. À son tour, une telle posture méthodique nous impose d'une part un retour à la distinction wébérienne entre éthique de conviction et éthique de responsabilité, et d'autre part, l'adoption d'une démarche ethnographique (notamment l'observation non participante) auprès des acteur.trices engagées dans des pratiques numériques concrètes de la citoyenneté. Dans ce sens, le mouvement social numérique de Gilets jaunes français a constitué pour nous une excellente plateforme d'observation et théorisation de ces pratiques politiques numériques. Un croisement d'outils numériques nous a permis de cueillir, d'explorer et d'analyser les manières dont les participant.es rationalisent et justifient leurs actions au sein des pages Facebook Gilets jaunes. Un premier examen des interactions numériques nous a permis de constater une certaine prédominance de l'éthique de conviction dans les justifications des particiapant.es. Ce constat ouvre sur notre seconde hypothèse selon laquelle, malgré son importance heuristique, l'approche wébérienne fondée sur la distinction entre éthique de conviction et éthique de responsabilité ne permet pas de rendre compte des éthiques politiques des acteur.trices. Ces dernières requièrent un dépassement de la vision dualiste et pour le moins manichéenne des éthiques politiques dans la mesure où les examens des données dévoilent un fort enchevêtrement entre convictions et sens de responsabilités dans les discours des agents. Prenant acte de ce constant empirique et afin de rendre compte de la complexité des rationalisations auxquelles les acteurs.trice.s se livrent, la seconde hypothèse méthodologique s'inspire de l'approche herméneutique de Paul Ricoeur afin de postuler que ces pratiques numériques des Gilets jaunes - dont les traces sont fixées par d'écritures, d'images, de vidéos et autres emojis - sont porteuses de visions de monde, de projets politiques. Et, afin de recevoir ces projets politiques, une lecture herméneutique nous a permis de présenter les projets politiques découlant des 11 thématiques (catégories d'analyse) issus des donnes ethnographiques. Enfin de compte, cette thèse avance une double contribution aux recherches sur la citoyenneté numérique: les pratiques politiques numériques des Gilets jaunes permettent de voir que bien au-delà des conséquences positives et négatives des rapports généralisés entre le politique et le numérique, ce sont les pratiques citoyennes qui déterminent et politisent des pages Facebook, Twitter, WhatsApp, etc., et non le contraire. Les phénomènes comme les manipulations algorithmiques, marchandisation des données privées, les intoxications, etc. mis en avant par la littérature techno-dystopique constituent des variations des contraintes que les pratiques citoyennes ont toujours rencontrées dans leurs luttes pour des changements. Ces phénomènes démontrent que les droits citoyens se sont toujours constitués dans le cadre d'une dialectique entre contraintes et opportunités qui n'est pas spécifique à l'ère numérique. La seconde contribution est que, tout comme des textes, une lecture herméneutique Ricoeurienne des actions politiques numériques permet de recevoir les éthiques politiques dont elles sont les supports. L'étude conclue en avançant une définition des pratiques citoyennes numériques issues de l'école des Gilets jaunes.frAttribution-NonCommercial-ShareAlike 4.0 Internationalhttp://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/4.0/Pratiques citoyennes numériquestechniqueréseaux sociauxespace publicconvictionresponsabilitéethnographie numériqueherméneutiqueComprendre les pratiques citoyennes numériques depuis leurs fondements éthiques : À l'école des Gilets jaunes françaisThesis