nm u Ottawa l.'Univcrsilc cannriicnnc Canada's university FACULTE DES ETUDES SUPERIEURES FACULTY OF GRADUATE AND ET POSTOCTORALES U Ottawa POSDOCTORAL STUDIES I/Universit*'! canadionnc Canntlji's university Mouna Ennamsaoui AUTEUR DE LA THESE / AUTHOR OF THESIS Ph.D. (Linguistic[ue) GRADE/DEGREE Department de linguistique WOITOCIDLITDE^WEWNH^^ L'alternance locative en arabe marocain et en arabe standard TITRE DE LA THESE / TITLE OF THESIS Paul Hirschbuhler WE'CTEURIDTRECW^^ CO-DIRECTEUR (CO-DIRECTRICE) DE LA THESE / THESIS CO-SUPERVISOR EXAMINATEURS (EXAMINATRICES) DE LA THESE / THESIS EXAMINERS Marie-Therese Vinet Andres Pablo Salonova Eric Mathieu Marie-Louise Rivero Gary_W:.Slater Le Doyen de la Faculte des etudes superieures et postdoctorales / Dean of the Faculty of Graduate and Postdoctoral Studies L'alternance locative en arabe marocain et en arabe standard Mouna Ennamsaoui Superviseur : Paul Hirschbuhler These soumise a la faculte des etudes superieures Pour l'obtention du Doctorat en Linguistique Departement de linguistique Faculte des arts Universite d'Ottawa 1*1 Library and Archives Canada Published Heritage Branch 395 Wellington Street Ottawa ON K1A0N4 Canada Bibliotheque et Archives Canada Direction du Patrimoine de I'edition 395, rue Wellington Ottawa ON K1A0N4 Canada Your file Votre reference ISBN: 978-0-494-50728-5 Our file Notre reference ISBN: 978-0-494-50728-5 NOTICE: The author has granted a non­ exclusive license allowing Library and Archives Canada to reproduce, publish, archive, preserve, conserve, communicate to the public by telecommunication or on the Internet, loan, distribute and sell theses worldwide, for commercial or non­ commercial purposes, in microform, paper, electronic and/or any other formats. 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Je n'oublierai jamais sa patience, sa disponibilite et son habilite a me guider et a repondre a des questions souvent mal posees et a me lire plusieurs fois, et a corriger ma these dans le fond et dans la forme, avec devouement et generosite. Je suis aussi reconnaissante envers lui pour son soutien financier, en m'offrant un assistanat de recherche dans le cadre d'un projet de recherche CRSHC. Je le remercie infiniment! Mes remerciements vont egalement au departement de linguistique de l'universite d'Ottawa pour tous les assistanats qui m'ont ete octroyes. Je remercie egalement tout le corps professoral du departement pour leur disponibilite et leurs conseils, tout particulierement Andre Lapierre pour ses conseils et son aide quand j'enavaisbesoin. Je remercie tous mes amis et collegues linguistes au departement de linguistique avec qui j 'ai partage des moments precieux. Je remercie infiniment Karim Achab qui a bien voulu me lire plusieurs fois. Je le remercie pour ses remarques et ses questions constructives et pour les discussions fructueuses et enrichissantes que nous avons eues. Ses suggestions m'ont grandement aidee dans la formulation du present travail. Grace au personnel administratif du departement de linguistique, j 'ai pu apaiser mes paranoias vis-a-vis de 1'Administration et de ses representants. Je remercie Jeanne d'Arc, Donna, Jennifer et Christine pour l'aide qu'elles offrent aux etudiants. Je remercie egalement tous mes amis hors du departement pour leurs encouragements et leur soutien. Finalement, je ne pourrais jamais remercier assez ma famille pour tout ce qu'ils m'ont donne ; leur amour, leur soutien, leurs encouragements, leurs prieres et leur soutien financier durant plusieurs annees d'etudes. 58 Resume L'alternance locative implique la possibilite pour certains verbes locatifs de realiser syntaxiquement leurs arguments differemment. Un verbe comme to load, en anglais, permet que le constituant Locatum et le constituant Lieu soient realises dans la position d'objet direct alternativement, nommement une construction standard, ou le Locatum occupe la position d'objet direct et le Lieu la position d'objet oblique et la construction croisee ou le Lieu occupe la position d'objet direct et le Locatum la position d'objet oblique. Cette these examine les verbes locatifs en arabe marocain et en arabe standard dans une perspective semantique. Trois types de verbes ont ete identifies: des verbes standards, des verbes croises et des verbes alternants. Les deux variantes de l'arabe partagent plusieurs traits communs avec 1'anglais et le francais, ils ont par contre quelques particularites qui se conferment, par ailleurs, aux generalisations theoriques. Au terme de cette etude, nous avons conclu que la possibilite pour un verbe d'alterner est contrainte par le sens du verbe et la possibilite pour celui-ci de predire un changement de Lieu ou un changement d'etat. II a ete montre que seuls les verbes d'activite ont ce potentiel d'alterner sous reserve que la condition sus-mentionnee soit satisfaite. Le sens du verbe est de ce fait capital pour determiner et comprendre le comportement syntaxique des verbes. Mots cles : Alternance locative, structure argumentale, arabe marocain, arabe standard. Table des matieres Dedicace i Remerciements iii Resume iv Table des matieres v Chapitre I Introduction 1.0. Introduction 1 1.1. Les objectifs de la presente these 2 1.2. Les langues etudiees 4 1.2.1. L'arabe classique 4 1.2.2. L'Arabe moderne standard/arabe standard (AMS / AS) 5 1.2. 3. Les dialectes 5 1.2.4. L'arabe marocain 6 1.3. Cadre theorique adopte 7 1. 4. Organisation des chapitres 8 1. 5. Transcription des exemples en AM et en AS 9 Chapitre II Les constructions Locatives :Approches projectionnistes et constructivistes 2.0. Introduction 11 2.1. L'apport de l'approche lexicale 14 2.2. Verbes locatifs et relation locative : Definition et terminologie.... 16 2.3. Revue de la litterature sur les verbes locatifs 17 2.3.1. Approches lexicales projectionnistes 17 2.3.1.1. Jackendoff 17 2.3.1.2. Rappaport Hovav & Levin (1988) 22 2.3.1.3. Pinker (1989) 25 VI 2.3.1.3.1. Les regies 'Broad-Range' 27 2.3.1.3.2. Les regies 'Narrow-Range' 29 2.4. Approches constructionnistes 33 2.4.1. Goldberg (1995) 35 2.4.1.1. Le sens du verbe 35 2.4.1.2. Le sens de la construction 36 2.4.1.3. Interaction entre sens du verbe et sens de la construction 37 2.4.2. Iwata (1998,2000, 2005) 40 2.5. Approche projectionniste flexible : Levin & Rappaport Hovav (2003a,b)... 47 2.5.1. La structure evenementielle et la racine 48 2.5.2. Evenement simple et evenement complexe 52 2.6. Conclusion 56 Chapitre III. Verbes Locatifs en arabe marocain et en arabe standard. 3.0. Introduction 58 3.1. Les verbes locatifs en anglais et dans les deux variantes de 1'arabe 59 3.1.1. Les verbes non-alternants 59 3.1.1.1. Les verbes non-alternants Figure (standard) 59 3.1.1.2. Les verbes non-alternants Ground (croises) 61 3.1.2. Les verbes alternants Figure/Ground 62 3.2. Variations interlinguistiques 66 3.2.1. Variation entre Panglais et Parabe (AM et AS) 66 3.2.1.1. Verbes alternant en anglais maispas en arabe 66 3.2.1.2. Verbes alternant en arabe mais pas en anglais 68 3.2.2. Variations entre l'AM et l'AS 70 3.2.2.1. Verbes alternants en AM mais pas en AS 70 3.2.2.2. Verbes alternants en AS mais pas en AM 71 3.3. Conclusion 71 3.4. Les etudes sur l'arabe 72 3.4.1. Mahmoud (1999) 73 vi vii 3.4.1.1. Omission du syntagme prepositionnel 76 3.4.1.2. Formation du gerondif 78 3.4.1.3. Les differences entre l'anglais et Parabe 80 3.4.1.4. Conclusion 82 3.4.2. Fareh & Hamdan (2000) 83 3.4.3. Ennamsaoui (2003) 84 3.5. Les verbes Locatifs revisites 85 3.5.1. La sous-classe to spray 85 3.5.2. La sous classe to pile 96 3.5.2. La sous-classe to scatter 101 3.5.3. La sous-classe to block 105 3.5.4. La sous-classe to coil 109 3.6. Conclusion 114 Chapitre IV Le verbe lemmer 'remplir' en AM 4.0 Introduction 117 4.1. Les equivalents du verbe to fill en anglais, en AM et en AS 118 4.1.1. Emploi et definition du verbe to fill 118 4.1.1. Emplois standards des verbes de type to fill 'remplir' 120 4.1.2 Emplois standards restreints des verbes de type to fill 'remplir' 123 4.2. L'equivalent du verbe to fill en arabe 127 4.2.1. 'Remplir' en AS : malada 127 4.2.2. 'Remplir' en AM : lemmer 127 4.2.2.1. Le verbe to fill, lamara et lemmer 127 4.2.2.2. Le verbe lemmer et 'remplir' 129 4.2.2.3. Le verbe lemmer et 'charger' 132 4.2.2.4. Le verbe lemmer et 'farcir' 133 4.3. Pinker (1989) 134 4. 4 Goldberg (1995) : 135 4.5 Idiosyncrasies du verbe 136 vii 4.6. Representation du verbe 143 4.7. Conclusion 145 Chapitre V Le verbe dhen 'enduire' en anglais, en AM et en AS 5.0 Introduction 146 5.1. Le verbe To smear en anglais 146 5.2. Les equivalents du verbe to smear en AS et en AM 147 5.3. Differences interlinguistiques 149 5.3.1. Le verbe dahanavs to smear 151 5.3.2. Le verbe dhen en AM 152 5.3.3. Le verbe dhen vspeindre 156 5.4. Recapitulation 158 5.5. Conclusion 159 Chapitre VI Conclusion 162 Appendices Appendice 1. Les verbes standards en AS 170 Appendice 2. Les verbes standards en AM 174 Appendice 3. Les verbes croises en AS 177 Appendice 4. Les verbes croises en AM 183 Appendice 5. Les verbes alternants en AS 187 Appendice 6. 1. Les verbes alternants en AM 189 References bibliographiques 191 Chapitre I Introduction 1. 0. Introduction Recemment, la structure argumentale a suscite beaucoup d'interet, que ce soit en linguistique generative ou en linguistique fonctionnelle. En generalisant, il existe plusieurs tendances de pensee qui ont traite le sujet des alternances de la structure argumentale : (i) des approches syntaxiques, (ii) des approches semantiques, (iii) des approches constructionnistes, et (iv) enfin des approches que nous qualifierons d'approches mixtes incorporant des idees et des aspects de differentes approches afin d'expliquer le phenomene en question. Le terme alternance de la structure argumentale se ramene au fait que certains verbes peuvent etre associes a differentes realisations morphosyntaxiques des arguments. Des verbes comme to throw peuvent entrer dans plusieurs constructions ' / threw the box to John' et ' / threw John the box" (Pinker 1989 : 110-11.) Les deux arguments John et box alternent par rapport aux positions au sein desquelles elles apparaissent. Etant donne qu'il existe d'autres verbes se comportant de facon similaire, a savoir que leurs arguments peuvent alterner de position, il ne s'agit done pas d'une propriete isolee d'un verbe mais bien d'un type de comportement propre a une classe de verbes. Dans les phrases ' / threw the box to John' et ' / threw John the box', il s'agit d'une alternance de la structure argumentale d'un type precis : les verbes datifs1. La meme chose peut etre dite des arguments des verbes anglais comme to load. Dans Irv sprayed water onto the flowers' et 'Irv sprayed the flowers with water' (Pinker 1989 : 49), Pobjet et le lieu alternent dans la position d'objet direct, l'autre actant etant realise comme un objet oblique associe a la preposition i with/on'. Ces exemples montrent que le verbe to spray, alterne entre deux constructions, phenomene que Ton designe par alternance locative. Voir PyllkSnen 2002 pour une approche de la construction a double objet comme une structure Applicative Basse {'Low Applicative') 2 L'alternance locative constitue un pole d'interet. Cependant, la plupart des theories portant sur la representation lexicale, a quelques rares exceptions pres, favorisent un seul aspect, qui peut etre lexical ou syntaxique, mais rarement les deux. Les travaux de Hale et Keyser (1993, 1997) illustrent ce cas de figure dans la mesure ou ils considerent que seule la syntaxe est pertinente dans Pexplication du phenomene d'alternance. Inversement, d'autres adoptent plutot une approche purement lexicale ou semantique. De notre part, nous estimons que dire que l'un ou P autre aspect de la grammaire est pertinent a lui seul serait une simplification incorrecte dans la mesure ou une theorie explicative doit tenir compte de plusieurs aspects de la grammaire syntaxique, a savoir les aspects semantique, phonologique et pragmatique, afin de rendre compte d'un tel phenomene. Ainsi, plusieurs hypotheses ont ete proposees pour expliquer les aspects du langage responsables de l'alternance et bien que toutes ces hypotheses parviennent, jusqu'a un certain degre a expliquer le phenomene, il reste que certaines sont plus explicatives, plus pertinentes que d'autres. Cependant, malgre la tres vaste litterature sur le sujet, la problematique que souleve l'alternance est loin d'etre resolue uniformement. Par ailleurs, il faut rappeler que la question centrale qui rend problematique l'alternance concerne les aspects permettant a un verbe d'avoir plus d'une realisation syntaxique impliquant les memes arguments. Le reste du present chapitre s'organise comme suit: dans la Section 1 nous presentons les differents objectifs vises. Dans la Section 2 nous precisons le cadre theorique adopte dans la presente these. Dans la Section 3 nous donnons une description des varietes de l'arabe examinees, a savoir l'arabe marocain et l'arabe standard. La section 4 annonce les differentes etapes suivies et qui constituent le plan de la presente these. 1.1. Les objectifs de la presente these Cette dissertation se donne comme objectif l'etude de l'alternance locative en arabe moderne standard (dorenavant AS) et en arabe marocain (dorenavant AM) comparativement a l'anglais et, a l'occasion, a d'autres langues. La motivation pour un tel sujet vient d'abord de l'interet que suscite l'alternance argumentale en 3 general et du manque de litterature sur les donnees de l'arabe, la plupart des travaux sur le sujet portant sur les langues indo-europeennes, comme les langues romanes et germaniques. Jusqu'ici nous ne sommes au courant que de trois travaux sur l'alternance locative dont l'un— Ennamsaoui (2003) —est un travail que nous avons effectue dans le cadre d'un examen de synthese, et deux autres articles descriptifs sur l'arabe jordanien (Fareh & Hamdan 2000), et sur l'arabe standard (Mahmoud 1999), d'ou notre interet pour le sujet. D'un point de vue theorique, l'hypothese du travail, que nous nous proposons de verifier a travers l'examen et la description des predicats locatifs en arabe, est qu'il existe une correlation entre les proprietes lexicales des predicats et les structures syntaxiques dans lesquelles ils apparaissent. En d'autres mots, nous pensons qu'il doit necessairement exister une correlation forte entre sens et structure. Pour verifier cette hypothese, notre etude se veut d'abord descriptive, une grande partie de notre travail consistera a etablir une description detaillee des verbes locatifs et de leurs caracteristiques, et a expliquer ce qui determine leur utilisation et leur comportement. Le travail descriptif se fera dans une perspective comparative entre l'AM, l'AS et l'anglais. Le choix de Panglais comme langue de reference, et a l'occasion du francais, n'est pas arbitraire. En fait, les langues se distinguent, selon la nature du phenomene d'alternance. Autrement dit, tandis que ce phenomene est de nature lexicale, au moins en apparence, dans certaines langues, il est appuye par des elements morphosyntaxiques dans d'autres. L'anglais, le francais, l'arabe et bien d'autres langues sont des exemples du premier type de verbes tandis que le russe et l'allemand, qui ont recours a des affixes verbaux pour permettre une realisation argumentale additionnelle, font partie du second type (cf. Michaelis & Ruppenhofer 2001, Olbishevska 2004). Un troisieme type de langues, comme le chinois et le japonais, ont parfois recours a des expressions resultatives additionnelles pour amener une realisation argumentale differente (cf. Hirschbuhler 2002, 2005) Etant donne ces faits, la comparaison semble plus pertinente entre des langues du meme type, d'ou notre choix de l'anglais. Ceci est d'autant plus facile puisque cette derniere a recu une attention particuliere dans la litterature. La 4 comparaison permettra de comprendre les similarites et les differences dans la distribution des verbes locatifs dans les langues examinees, et permettra de degager les facteurs qui determinent la structure syntaxique associee a chaque verbe. D'autre part, en faisant une comparaison, nous esperons pouvoir faire un choix eclaire de l'approche qui rend le mieux compte des faits d'alternance. 1.2. Les langues etudiees. L'arabe fait partie des langues dites chamito-semitiques (appelees aussi afro- asiatiques). Elle appartient a la meme famille que l'hebreu et l'amharique. Le terme arabe est etroitement lie au terme arabe qui designe les arabes; descendants d' Ismael fils d'Abraham. La premiere mention du terne arabe apparait dans les textes assyriens au VIII avant l'ere chretienne . L'arabe, jadis considered comme la langue des Arabe qui occupaient la region du golf arabique, est maintenant la langue officielle (ou co-officielle) de 23 etats dans le monde3. L'implantation de l'arabe dans plusieurs parties du monde (dont l'Afrique du nord, des parties de l'Asie et de l'Europe) s'est fait depuis environ 14 siecles grace aux conquetes militaires du l'empire islamique et de l'expansion de PIslam. L'expression langue arabe regroupe desormais plusieurs varietes. Les termes comme l'arabe classique, l'arabe ancien, l'arabe litteraire, l'arabe formel, l'arabe ecrit, l'arabe standard, l'arabe moderne standard, fou§ha, etc. peuvent apparaitre quand il s'agit de l'etude de l'arabe. Cette multitude de terminologies prete a confusion. Cependant, plusieurs d'entre elles denotent la meme variete (arabe classique et arabe litteraire ainsi que arabe ancien referent en fait a l'arabe des textes preislamiques et des textes religieux qui se caracterisent par une langue tres conservatrice et un vocabulaire qui n'est plus utilise). Ceci etant dit, la definition de la langue que nous allons utiliser dans cette etude devient non seulement pertinente mais necessaire. La langue arabe se presente sous deux formes principales : l'arabe litteraire (ou l'arabe ecrit) et l'arabe dialectal (l'arabe parle de nos jours). 2 Kouloughi (2007) 3 http://www.tlfq.ulaval.ca/AXL/Langues/2vital_inter_arabe.htm 5 1.2.1. L'arabe classique De nos jours, l'arabe classique, dorenavant AC, est le resultat de la systematisation de la langue par les grammairiens en se basant surtout sur la poesie anterieure a rislam et sur le coran . Comme le terme 'classique' le suggere, elle n'est plus utilisee dans la vie de tous les jours meme si elle est toujours comprise, grace aux textes religieux (ecrits dans la langue de Quraysh, la tribu la plus prestigieuse de l'epoque) et litt6raires qui sont encore enseignes dans les ecoles et les universites. La grammaire de 1'AC est amplement decrite dans les livres de Sibawayh (760-797). La plupart des connaissances sur 1'AC viennent des deux ecoles, Basra et Kufa, ecoles de lecture de coran fondees des le premier siecle de Phegire (calendrier musulman) et qui ont fini par s'imposer comme une autorite. 1.2.2. L'arabe moderne standard / arabe standard (AMS/AS) Charles Ferguson (Kaye 1972 : 46) definit l'arabe moderne standard (AMS) comme l'essai des Arabes a parler l'arabe classique. L'AMS est une variante simplified, modernised de l'AC qui n'est pas tres differente de cette derniere, meme si elle s'est defaite d'une grande partie du vocabulaire employe jadis dans l'AC. L'AS est la langue officielle de plusieurs pays arabes. Elle est desormais la langue de l'education, de la litterature, de la politique, des medias et de la liturgie. Bref, l'AS est le resultat de revolution de l'arabe classique comme c'est le cas pour toutes les langues du monde; elles evoluent de maniere interne et en raison du contact avec d'autres langues ou pour refleter revolution de la societe. 1.2. 3. Les dialectes. Les varietes paries de l'arabe, appelees aussi 'arabe dialectal' constituent la langue maternelle que chaque arabophone apprend comme langue maternelle. Neanmoins, il n'est ni ecrit, ni appris a l'ecole. L'arabe dialectal est exclusivement une langue parlee, et il en existe de nombreuses variantes. Etant donne la surface tres faste sur laquelle s'etend l'arabe dialectal et les differences 4 Koulough (2007) 6 propres a chaque dialecte et a chaque region, les habitants d'une region ne vont avoir aucune difficulte a comprendre le vernaculaire de la region d'a cote. Par ailleurs, plus faste la surface qui separe les habitant de deux regions, plus grande 1'incomprehension5. Ainsi, dialectes paries dans des regions eloignees sont difficilement comprehensibles sans apprentissage (qui peut avoir lieu par le biais des series egyptiennes a la television, par exemple, pour le dialecte egyptien). Ainsi, pour un Irakien, l'arabe marocain sera aussi different que l'espagnol pour un Francais. Les differences entre des dialectes moins eloignes, comme l'algerien, le tunisien et le marocain, sont moins grandes mais represented quand meme un handicap important pour la communication, comme entre le francais du Quebec et le francais d'Europe. Generalement les locuteurs de dialectes differents utilisent plutot une langue vehiculaire, qui selon le cas pourra etre l'arabe litteral, l'anglais ou le francais." Les dialectes se differencient de l'AC non seulement lexicalement mais aussi grammaticalement et phonologiquement (les varietes parlees en Afrique du nord ont un substrat berbere et un adstrat arabe). Meme s'il vehicule la culture de chaque region et qu'il soit la langue vehiculaire de tout et chaque arabophone, l'arabe dialectal est devalorise socialement et par de nombreux locuteurs natifs eux-memes . 1.2. 4. L'arabe marocain Dans la presente etude il est question de comparaison entre AM et AS. Afin de mieux comprendre les differences qui peuvent exister entre les deux, nous avons juge utile de familiariser le lecteur avec le contexte linguistique du Maroc et avec les differents dialectes, notamment les circonstances historiques qui differencient 1'AM des autres dialectes arabe du Moyen Orient en raison du contact massif et constant avec le berbere, une langue parlee en Afrique du nord. Le Maroc, avec les pays du Maghreb et des lies Canaries, etait la terre des Imazighen, appeles berberes par les Romains et les Grecs. Suite aux invasions Pour une revue sur l'origine de l'arabe et sur les dialectes voir Kouloughi (2007) et Holes (2004). http://www.tlfq.ulaval.ca/AXL/monde/famarabe.htm 7 arabes, la langue arabe s'est introduite dans la region a partir du VIIe siecle. Elle s'est implantee davantage apres que les habitants aient embrasse l'islam mais surtout apres la fondation des centres urbains (Fondation de Fes en 808) et l'arrivee massive des tribus hilaliennes a partir de 1118. La reconquete espagnole du XVe siecle, a eu comme resultat que des centaines de milliers d'Andalous musulmans arabophones se sont refugies au Maroc, ce qui a amplifle le processus d'arabisation des peuples Imazighen7. Actuellement, le Maroc compte pres de 30 millions d'habitants. Le site "L'amenagement linguistique dans le monde", de Jacques Leclercq (2007), professeur de linguistique a l'universite Laval et membre associe du Tresor de la langue francaise au Quebec, rapporte " [qu'] on estime que 65 % de la population actuelle du Maroc parle l'arabe comme langue maternelle" et que "les berberophones comptent pour au moins 40% de la population". L'AM se caracterise par le fait qu'il est tres influence par le berbere. Outre le berbere, l'arabe marocain a aussi ete influence par les langues de l'Afrique noire, l'espagnol mais surtout le francais. 1.3. Cadre theorique adopte Nous adoptons tout au long de cette these une approche que nous qualifions d'approche mixte. D'une part, une approche constructionniste sera adoptee comme cadre de reference, mais l'effort ne portera pas sur la formalisation, il se fera plutot (1) au niveau de la description (difference entre AM, AS et anglais/francais) et (2) au niveau des efforts sur les generalisations descriptives. D'autre part, nous nous appuyons, au depart au moins, sur une approche lexico- semantique, notamment celle de Pinker (1989) qui offre un bon modele tant au niveau de la classification qu'au niveau de ses idees. Les propositions de Pinker seront revisees en fonction des apports des autres recherches qui se sont succedees, en particulier celles de Labelle (1992, 2000), toujours dans le cadre lexico-semantique, dans plusieurs travaux conjoints de Levin et Rappaport Hovav http://www.tlfq.ulaval.ca/AXL/AFRIQUE/maroc.htm 8 (1996, 1998, 1999, 2003, 2005); Rappaport Hovav et Levin (1998) de Iwata (1998, 2000, 2002, 2005) et de Goldberg (1995, 2002) dans une perspective de grammaire de construction. Ceci nous permettra de raffiner l'approche de Pinker (tant pour Panglais que pour d'autres langues) la ou nous estimons que cette derniere a des carences, la rendant inapte a expliquer le comportement des verbes en AM et en AS. 1. 4. Organisation des chapitres Ce travail s'articulera en 5 chapitres. Dans le chapitre 2, nous presentons le cadre theorique adopte dans la presente these en focalisant sur les aspects de certains travaux qui nous ont semble les plus pertinents a nos objectifs. Comme deja mentionne dans la section precedente, il s'agit essentiellement des travaux de Levin et Rappaport Hovav (1996, 1998, 1999, 2003, 2005); Rappaport Hovav et Levin (1998), Levin (2003), Iwata (1998, 2000, 2002, 2005) et de Goldberg (1995, 2002). Signalons d'emblee que malgre les differences d'approches adoptees, ces travaux ont ceci de commun qu'ils s'inscrivent tous dans une perspective essentiellement semantique. Comme nous allons pouvoir le constater, certaines donnees de 1'AM et de 1'AS mettent en relief certaines carences de ces approches, ce qui permettra la mise en valeur de leur caractere complementaire plutot que de les voir dans une perspective exclusive ou concurrentielle. Dans le chapitre 3, nous comparons la distribution des verbes locatifs dans les trois langues considerees, a savoir l'AS, l'AM et l'anglais. Ces donnees reveleront, d'une part, que des verbes appartenant a la meme classe semantique au sein d'une meme langue ne se comportent pas de la meme facon par rapport a l'alternance locative, et, d'autre part, que des verbes peuvent alterner dans une langue donnee mais pas leurs equivalents dans une autre langue. Signalons au passage qu'une telle comparaison permettra aussi de confirmer le caractere plus souple ou plus liberal de l'anglais compare a l'AM et a l'AS comme nous le fait remarquer Paul Hirschbuhler. A l'occasion, nous tenterons d'expliquer pourquoi certains verbes en AS et en AM n'alternent pas contrairement a leurs equivalents 9 en anglais d'une part, ainsi que les divergences inter-dialectales du meme type observees entre l'AM et l'AS. Le chapitre 4 est consacre au verbe to fill 'remplir' et ses equivalents en AM et en AS, respectivement lemmer et malaaa. La particularite de ce verbe est qu'il alterne entre les deux variantes locatives (standard et croisee) en AM alors qu'il o est restreint a la variante croisee en anglais et en AS, tout comme en francais d'ailleurs. Nous allons voir que les raisons de ce comportement en AM resident dans sa polysemie. Le chapitre 5 est consacre au verbe to smear 'enduire' et ses equivalents en AM et en AS, respectivement dhen et dahana. En anglais le verbe to smear, considere par Pinker comme ayant un sens de base standard (Figure), est un verbe alternant. Son equivalent en AS est restreint a la construction standard, tandis que son equivalent en AM alterne. Comme nous allons le voir, cette difference s'explique par le fait que ces verbes ne sont pas du meme type. Le chapitre 6 conclut la presente these sous la forme de synthese concernant les resultats obtenus, tout en rappelant les particularites des donnees de l'AM et de l'AS abordees dans les differents chapitres. La conclusion se termine par la mise en relief de certaines questions laissees ouvertes, et que nous proposons d'etudier dans une recherche ulterieure. 1. 5. Transcription des exemples en AM et en AS Les exemples en arabe presentes dans cette these sont transcrits en utilisant la grille de transcription representee dans le tableau 1.1. ci-dessous. Une glose mot a mot est donnee en francais dans la deuxieme ligne juste apres l'exemple en arabe, et une traduction, mise entre guillemets simples " , est donnee ensuite dans la troisieme ligne. Les verbes dans le texte sont introduits en italique et une traduction est donnee entre guillemets simples " . Les citations de moins de trois lignes sont mises entre guillemets simples. Les citations plus longues sont placees en retrait et mises entre guillemets doubles " ". Abstraction faite des cas isoles en anglais temoignant de la construction standard de ce verbe. 10 Tableau 1.1. Grille de transcription 1.1.1. Les consonnes 9 Labiales Inter dentale dentale Sifflante palatale Velaire Uvelaire Pharyngal Glottale Occlusives ( — 1 b D <4 k q 9 Emphatiques D t d Fricatives f d' 1, t J z e s s i g t X t i C h h 1.1.2. Les voyelles a aa 0 0 0 i ii e Voyelle breve Voyelle longue Voyelle breve Voyelle longue Voyelle breve Voyelle longue Voyelle epenthetique (neutre) t J tf 1.1.3. Les semi voyelles W y L'arabe marocain ne possede pas d'inter-dentales fricatives ou emphatiques. 11 Chapitre II Les constructions locatives : Approches projectionnistes et constructivistes 2.0. Introduction Depuis Frege (1892) au moins, les theories de la semantique de la phrase se sont penchees sur la relation entre le sens des phrases et celui des mots qui les constituent. Dans cette optique, les predicats verbaux ont suscite un interet tout particulier en raison de la relation, a premiere vue directe, entre le sens apparent du verbe d'une part et les positions syntaxiques occupees par les arguments de celui-ci dans la structure de la phrase d'autre part (cf. Levin & Rappaport Hovav (2005) pour une revue recente de diverses approches). Ce lien etroit entre les proprietes du verbe et la realisation syntaxique des arguments est par exemple explicite dans le modele GB, formule sous la forme du Principe de Projection par Chomsky (1981:29) comme suit: (1) Principe de Proj ectionl ° Les representations, a chaque niveau syntaxique (c'est-a-dire FL, Structure Profonde, et Structure de Surface) sont projetees a partir du lexique en ce sens qu'elles respectent les proprietes de sous- categorisation des items lexicaux. La pertinence du Principe rappele ci-dessus reside dans le postulat qu'un verbe intransitif doit etre pourvu d'une position syntaxique susceptible d'accueillir son unique argument (interne ou externe) une fois celui-ci projete en syntaxe. De la meme maniere, un verbe transitif doit etre pourvu de deux positions syntaxiques susceptibles d'accueillir l'une l'argument interne, et l'autre Traduction libre de l'auteur. Voici la version originale en anglais (Chomsky 1981:29): Projection Principe (Chomsky 1981: 29) 'Representations at each syntactic level (i.e. LF, and D- and S-structure) are projected from the lexicon in that they observe the subcategorization properties of lexical items'. 12 Pargument externe. Ces deux cas de figure, intransitif et transitif, sont illustres en (2): (2) Sous-categorisation a. Verbe intransitif (inaccusatif) b. Verbe transitif [VNPj] [NPotVNP!]] Cette notion lexicale de sous-categorisation est devenue redondante dans les modeles syntaxiques recents comme Gouvernement et Liage, le Principe de Projection et les modules de Cas et des roles thematiques garantissant a la fois la valence des verbes (nombre d'arguments) ainsi que leur projection et leurs positions en syntaxe. Etant donne cette interdependance entre le niveau lexical et le niveau syntaxique, il est tout a fait comprehensible qu'une place importante soit accordee aux interfaces lexique-syntaxe et syntaxe-semantique dans les analyses portant sur la structure argumentale des verbes ou des predicats verbaux. On peut classer les approches s'interessant a la structure argumentale des predicats verbaux en trois categories selon que la structure argumentale est supposee etre representee (ou derivee) dans le composant syntaxique, le composant lexical ou les deux a la fois, de facon complementaire11 L'etude de la structure argumentale se complique davantage lorsque Ton considere les verbes dont la structure argumentale peut contenir jusqu'a trois arguments, et dont les sites de realisations des arguments (directs et indirect) peuvent alterner en fonction du type de construction choisi. C'est par exemple le cas des verbes datifs et des verbes locatifs anglais comme en temoignent les exemples (3) et (4) ci-dessous, respectivement: Pour un resume" de ce ctebat voir Achab (2006) 13 (3) a. Pat gave a cookie to the child, b. Pat gave the child a cookie. (4) a. Pat loaded hay onto the truck, b. Pat loaded the truck with hay. Outre la question du niveau de representation deja mentionne plus haut, les verbes datifs et transitifs tels que ceux exemplifies en (3) et (4) posent aussi la question du rapport entre les constructions alternatives (3a) et (3b) pour les verbes datifs et (4a) et (4b) pour les verbes dits locatifs, auxquels la presente etude est consacree. L'interet de P etude des verbes locatifs reside dans le fait que ceux-ci ne se comportent pas tous de la meme facon face a l'alternance locative. Ainsi, tandis que certains verbes locatifs participent a l'alternance a l'instar du verbe to load exemplifie en (4) plus haut, d'autres verbes ne permettent pas une telle alternance, comme illustre avec le verbe to cover en (5) ci-dessous : (5) a. John covered the hay with a blanket * John covered a blanket on the hay Eu egard aux divergences que nous venons de mentionner, la question qui merite d'etre elucidee est done double. D'une part, il s'agit de savoir pourquoi dans une langue donnee, certains verbes locatifs alternent tandis que d'autres n'alternent pas. D'autre part, il convient d'examiner pourquoi des verbes, appartenant a la meme classe semantique, alternent dans certaines langues mais pas dans d'autres. Ceci est par exemple le cas lorsque nous comparons le verbe anglais pile, qui alterne contrairement a son equivalent francais comme le montrent les exemples (6) et (7) ci-dessous, respectivement: (6) a. He piled books on the table b. He piled the table with books (7) a. II a empile des livres sur la table b. *I1 a empile la table de livres Le restant de ce chapitre est organise comme suit. Dans la Section 2.1. nous mettons en relief Papport de Papproche lexicale par opposition a une approche purement syntaxique. Dans la Section 2.2 nous faisons le point sur les differentes 14 definitions des verbes locatifs ainsi que sur la terminologie utilisee dans la litterature. Dans les Sections 2.3. a 2.6 nous passons en revue les approches proposees traitant des verbes locatifs que nous jugeons pertinentes au travail entrepris ici. 2.1. L'apport de l'approche lexicale Les premieres etudes dans le cadre de la grammaire transformationnelle (Hall 1965, Fillmore 1968, Anderson 1971) expliquent cette alternance par un processus de derivation permettant de produire une representation syntaxique a partir d'une autre structure syntaxique de base. Cependant, ce type d'approche ne prend pas en consideration les nuances semantiques subtiles entre les deux types de constructions dont l'origine ne peut etre attribute a une syntaxe profonde identique. Ainsi, dans les deux exemples donnes en (4) plus haut impliquant le verbe locatif anglais to load, les deux variantes (4a) et (4b) impliquent une nuance de nature semantique. Dans (4a) c'est le Locatum hay qui represente l'entite affectee par Taction du verbe, tandis que dans (4b) c'est le lieu the truck qui represente l'entite affectee par Taction. Parallelement a cette difference, le contenant the truck dans (4b) recoit une interpretation holistique (il est compris comme plein), ce qui n'est pas le cas dans (4a) (cf. parmi d'autres, Pinker (1989) pour une attribution de Teffet holistique simplement a la fonction d'objet direct de T argument). Etant donne les difficultes des premieres approches purement syntaxiques a expliquer les nuances semantiques mentionnees precedemment sur la base de la structure profonde uniquement, d'autres linguistes (Pinker 1989 ; Gropen et Pinker 1989 ; Rappaport, M., B. Levin, and M. Laughren (1988); Levin, 1993, parmi beaucoup d'autres) ont propose une approche lexicale comme alternative. L'idee generate de cette approche stipule que les verbes qui alternent ont deux representations lexico-semantiques. Chacune de ces representations constitue la source d'une representation syntaxique distincte par le biais de regies de realisation canonique des arguments. Ces regies, appelees Linking Rules, determinent la position syntaxique des arguments en relation avec les positions 15 correspondantes dans la representation semantique (pre-syntaxique). Ce type d'approche considere toutefois les items lexicaux permettant diverses constructions comme polysemiques, ce qui signifie qu'une specification ou entree distincte est requise pour chaque emploi. Pour des raisons independantes de cet aspect—qui peut etre considere comme problematique, mais non sans consequence pour une resolution du probleme—et pour une perspective differente sur les alternances de realisation argumentale des verbes, s'est developpee dans les annees 1980 l'approche de la Grammaire de Construction, sous l'impulsion de linguistes comme Charles Fillmore (1985a, b), et George Lakoff (1987), Fillmore, C. J., P. Kay et C. O'Connor 1988 (voir Kay 1995)12. Parmi les postulats sous- jacents a l'approche constructionniste, celui qui est son point de depart definit la construction comme une association entre la forme et le contenu, ou la forme correspond, pour simplifier, a une representation syntaxique (un ensemble d'informations syntaxiques), tandis que le contenu correspond au sens (un ensemble d'informations semantiques et pragmatiques). La forme elle-meme est done dotee d'un sens, qui peut ne pas etre compositionnel. Les premiers travaux consideraient essentiellement des cas de constructions dont les proprietes depassaient les capacites des approches compositionnelles. L'article de Wikipedia mentionne plus haut (voir note 3) rappelle ainsi que le schema syntaxique de la construction a double objet de l'anglais [S V 10 DO] exemplifiee en (4b) plus haut a l'aide du verbe to give, est considere comme exprimant le contenu X CAUSES Y TO RECEIVE Z (X CAUSE [Y RECEVOIR Z]). L'approche de la grammaire de construction a ainsi ouvert une autre possibilite pour 1'etude du sens et de la forme, et des cadres syntaxiques dans lesquels les verbes peuvent apparaitre, en prenant en consideration dans les descriptions linguistiques des informations issues de domaines differents: d'une part, 1'interpretation associee a une construction syntaxique (Golberg 1995; Iwata 1998, 2000, 2001, 2002, 2005), et, d'autre part, 1'interpretation du verbe lui-meme, autrement dit la contribution Pour une revue du developpement des families d'approches qui tombent sous Petiquette de Grammaire de Construction, voir l'article Construction Grammar de Wikipedia : http://en.wikipedia.org/wiki/Construction_grammar. 16 du verbe integree a celle de la construction pour produire un enonce bien forme. Nous examinerons le travail de Goldberg et Iwata, etant donne lew contribution au probleme de Palternance locative. 2.2. Verbes locatifs et relation locative : Definition et terminologie De facon generate, les linguistes s'entendent sur la definition des verbes locatifs, bien que la terminologie utilisee puisse differer d'un auteur a un autre. Cette definition est formulee en termes d'un evenement exprimant un transfert de quelque chose (souvent une substance ou des entires denombrables) vers un lieu, conceptualise comme un contenant ou une surface. La terminologie varie beaucoup. Ainsi, l'entite ou la substance qui fait l'objet d'un deplacement est designee par, entre autres, Theme, Locatum, Contenu ou Figure. Le lieu qui accueille cette entile est designe notamment par Lieu, Location, Contenant ou Ground13. Pinker (1989), dont la contribution au domaine est fondamentale, appelle l'entite transferee Figure et le lieu du transfert Ground. Dans la terminologie de Boons (1987), frequemment utilisee dans les travaux francais, les termes correspondant a Ground et Figure sont respectivement le Lieu et le Correlat du lieu. Nous adoptons cette terminologie. Aussi, suivant Boons (1985) et Labelle (1992) nous allons egalement utiliser les expressions 'construction standard' (ou 'construction Figure') ainsi que 'construction croisee' (ou 'construction Ground') pour designer, respectivement, les constructions orientees vers le contenu (constructions a Correlat de lieu objet direct), et les constructions orientees vers le contenant (constructions a Lieu objet direct). Jackendoff (1990) appelle les constructions 'Figure' NP-PP et les constructions 'Ground' NP-w/Y/z-NP. La dichotomie Figure / Ground a ete empruntee par la linguistique cognitive a la Psychologie de la Forme, appelle aussi 'Gestalt psychology', une th£orie qui decrit les modeles de l'organisation spatiale (voir Guillaume (1979) et Mitchell Ash (1995). En linguistique cognitive cette distinction est mise de l'avant par Talmy (1978 ; 2000: Chapitre 5). 17 2.3. Revue de la litterature sur les verbes locatifs Dans cette section nous allons presenter quelques-unes des analyses pertinentes au sujet aborde ici, a savoir les verbes locatifs. Etant donne la multitude aussi bien des approches que des analyses au sein de la meme approche, il ne sera pas question ici d'une revue exhaustive. Nous nous restreignons aux approches ou l'accent est mis sur les relations de sens entre les entites mises en jeu dans les constructions locatives standards et croisees. Desormais, nous pouvons classifier ces analyses en trois categories, selon que l'approche adoptee est fondamentalement projectionniste (§ 2.4.1), constructionniste (§ 2.4.2), ou participant des deux (§ 2.4.3). 2.3.1. Approches lexicales projectionnistes Dans cette sous-section nous presentons les approches lexicales projectionnistes, initiees par Levin (1985), Rappaport & Levin (1988), Pinker (1989), et Jackendoff (1987, 1991). L'idee principale mise en avant dans ces approches est que les proprietes syntaxiques des verbes sont determinees directement par leurs proprietes intrinseques. Leurs auteurs soutiennent que les verbes peuvent se distinguer sur la base des representations semantiques qui leur sont associees. Les approches lexicales sont davantage preoccupees par les aspects du sens du verbe qui sont des facteurs pertinents, selon leurs auteurs, pour la realisation syntaxique des arguments du verbe. Le principe de projection se fonde sur l'idee que le sens est le facteur cle dans la determination de la structure syntaxique des verbes. Le verbe etant seul responsable des differentes structures syntaxiques, il est considere polysemique par nature (Rappaport, Levin et Laughren (1988), Rappaport & Levin (1988), Pinker (1989), Gropen et al (1991)). Etant donne que ces analyses divergent quant a l'explication donnee de l'alternance locative, nous allons les presenter ici en mettant en relief leurs convergences et leurs divergences. 2.3.1.1. Jackendoff Jackendoff (1990) part de la distinction pragmatique entre les deux variantes locatives, illustrees en (5) et repetee en (8) ci-dessous, selon laquelle la 18 construction croisee (8b), qu'il appelle NP-w/Y/z-NP, a une interpretation completive que la construction Figure standard (8a), qu'il appelle NP-PP, n'a pas. (8) a. Pat loaded hay onto the truck Pat loaded the truck with hay L'interpretation completive de (8b) signifie qu'il ne s'agit pas seulement de charger le camion de foin, mais de le remplir, ce qui rapproche cette lecture de celle du verbe remplir, avec toutes les nuances supposees. En revanche, la variante (8a) signifie juste que Ton charge ou met du foin dans le camion sans forcement impliquer l'idee de completude. Nous reviendrons sur cette distinction dans le chapitre 4 consacre en grande partie au verbe lemmer 'remplir'. Jackendoff (1990 : 172-173) rejette l'analyse proposee par Tenny (1987) expliquant l'idee de completude par la projection de 1'argument 'camion' dans la position d'objet direct, tout comme il rejette les analyses de Levin et Rappaport (1988) et Pinker (1989) liant cette interpretation completive au fait que l'objet direct a le role thematique de Patient lorsqu'il est objet direct, ce qui entraine une interpretation "d'affecte" : pour etre "affecte", "le camion" devrait etre plein. Une des raisons pour lesquelles Jackendoff rejette ces analyses reside dans le fait que la construction croisee n'exige pas toujours une interpretation completive. Comme alternative, Jackendoff (1990:173) derive cette interpretation completive de ce qu'il appelle "distributive location", autrement dit la disposition de la charge de telle sorte que la surface destinee a l'accueillir soit saturee selon certains parametres (que les parties pertinentes de l'espace soient occupees). En effet, Jackendoff (1990:101-106) oppose ''distributive location' a 'ordinary location'15, qu'il illustre a l'aide des contrastes comme en (9) et (10) ci-dessous : Jackendoff (1990:172 (42b)) illustre cela a l'aide du verbe to spray, donne" en (i) ci-dessous, qui ne demande pas que le mur soit completement couvert de peinture : (i) Bill sprayed the wall (with paint) 15 Que l'on pourrait traduire respectivement par 'lieu distribuant/repartiteur' et 'lieu ordinaire.' 19 (9) a. There were telephone poles all along the road. b. "There were some telephones poles all along the road. (10) a. There were telephone poles along/beside the road. b. There were some telephone poles along/beside the road. Dans (9a) les poteaux de telephones sont compris dans un sens distribue, ils sont repartis avec une certaine regularite et densite tout le long de la route. Ce dernier critere (densite) peut varier pragmatiquement en fonction des objets consideres16. Contrairement a (9), la situation (10) indique simplement que les poteaux sont localises quelque part le long de la route, eventuellement tous ensemble en un meme endroit, mais sans plus. Nous reviendrons au chapitre (4) a 1'usage que fait Jackendoff de la notion de lieu repartiteur (signalee par un trait semantique +d) pour rendre compte du fait que des verbes anglais comme to fill ou to cover ne peuvent apparaitre que dans la construction croisee. Ainsi, pour la construction croisee donnee en (8b) plus haut, Jackendoff propose la representation illustree en (11) ci-apres ((45a) de Jackendoff 1990 : 173, simplifie): (11) [CAUSE ([ ] i, [INCH [BE ([ ], ([INd / ONd [ ] j])]])] La structure representee en (11) implique un verbe abstrait inchoatif de type 'devenir', paraphrase en INCH BE. Inversement, Jackendoff considere la construction 'Figure' exemplifiee en (8a) comme non-distributive, ou la structure inclut un verbe abstrait de mouvement (ou de deplacement) paraphrase en GO au lieu d'un verbe inchoatif. Dans ce cas, la construction standard (8a) aura la meme structure lexicale que celle proposee quelques pages auparavant dans son livre (Jackendoff 1990) pour les verbes locatifs de type denominaux anglais comme to butter et to pocket, exemplifies en (12a) et (12b) ci-dessous, et dont les structures correspondantes sont illustrees en (13a) et (13b), respectivement: (12) a. Harry buttered the bread (Jackendoff 1990: 54, (14a) b. Joe pocketed the money (Jackendoff 1990: 54, (14b) Ainsi, dans (9a), la density et la regularite pourront varier si au lieu de telephone poles on a people (des gens) ou tunnels (tunnels), au long de l'espace denote par le complement de la preposition; le determinant some en (9b) serait inapproprie pour 1'interpretation requise. 20 (13) a. [Event C A U S E ([thing] 1, [Event G O ([Thing B U T T E R ] , [Path T O ([P l a c e O N ([Thing]])])])])] (Jackendoffl990:54,(15a) b . [Event C A U S E ([Thing] i [Event G O ([Thing ] j , [Path TO ([plaCe IN ([Thing POCKET])])])])] (Jackendoffl990:54,(15b) La difference entre (13a) (qui donne lieu a une construction croisee) et (13b) (qui donne lieu a une construction standard) se situe pour Jackendoff au niveau de 1'argument incorpore au verbe abstrait GO. Autrement dit, dans (13a) 1'argument incorpore correspond au Lieu (Goal dans la terminologie de Jackendoff), tandis qu'il correspond au Theme/Locatum dans (13b). Cependant, Jackendoff (1990 : sections 8.2, 8.3, 85, 8.6) abandonne le type de structure illustree en (13a) pour les verbes dans leur emploi croise, c'est-a-dire aussi bien pour la variante croisee des verbes alternants comme load (Jackendoff 1990 :173)) que pour des verbes croises denominaux comme to butter illustree ci- dessous en (12a) (Jackendoff 1990 : 164, (14)), pour lesquels il propose une structure basee sur celle qu'il adopte pour les verbes de type to fill 'remplir' et to cover 'couvrir'(Jackendoff 1990:160-161), les premiers etant considered du point de vue conceptuel comme des versions specialises de verbes plus generiques du type de to fill et to cover (Jackendoff 1990:164). II evoque la meme possibilite, sans s'engager, pour les verbes denominaux comme to pocket, demandant que la construction standard ait non pas une entree lexicale comme (13b) basee sur le predicat GO mais sur le predicat inchoatif INCH, comme dans (14b). (14) a. [CAUSE ([ ] ; , [INCH [BE ([BUTTER], ([ONd ([ ] j])]])] b. [CAUSE ([ ] i, [INCH [BE ([ ] ; , ([IN ([POCKET]])]])] En syntaxe, les arguments Agent (de CAUSE) et Lieu (de ON) de (14a), qui ont un indice, seront apparies aux positions Sujet et Objet direct, respectivement, tandis que l'argument Theme (du predicat [INCH [BE]]), qui est non-indice, est incorpore dans 1'interpretation du verbe, comme une sorte d'argument implicite. Dans le cas de (14b), les arguments Agent (de CAUSE) et Theme (le premier 21 argument de BE) seront apparies aux positions Sujet et Objet direct tandis que cette fois, c'est Fargument Lieu qui est incorpore dans 1'interpretation du verbe. Dans les entrees, les indices correspondent a des positions d'arguments non- incorpores dans 1'interpretation, et qui doivent etre associees a une position de sous-categorisation, contrairement aux arguments non indices. Jackendoff (1990 :164, (15)) fait egalement remarquer que les verbes comme to butter peuvent aussi apparaitre accompagne d'un syntagme introduit par with, comme dans (15): (15) We buttered the bread with cheap margarine/with soft, creamy, unsalted butter. Jackendoff propose que dans la structure (15) le syntagme prepositionnel with-NP fusionne avec le Theme BUTTER lui-meme incorpore dans Finterpretation du verbe (et qui joue dans ce cas un role semblable a celui d'une restriction de selection, BUTTER etant interprets comme une substance ayant des caracteristiques 'beurrantes' ("a buttery substance, p. 165) plutot que comme denotant a strictement parler du beurre. Autrement dit, d'apres Jackendoff (1990 :164), le syntagme introduit par with fonctionne comme Theme bien qu'il ne soit pas legitime comme tel au niveau de la structure lexico-conceptuelle. Jackendoff (1990 :161) obtient cet effet par une regie de Fusion d'Argument (cf. p. 53), ici la regie du "With-theme Adjunct Rule" en (16): (16) With-Theme Adjunct Rule (version 2) Si V correspond a [...BE ([X], ...) . . . ] , ou X ne porte pas d'indice, et ou NP correspond a Y, alors [s ... [vp V ... [PP with NP] ...]...] peut correspondre a [ . . .BE( X Y , . . . ) . . . ] , ou est la fusion de X et de Y. Jackendoff traite done le syntagme with-NP comme un 'adjoint', terme qui designe toute categorie ou syntagme au sein de VP qui n'est pas legitime dans F entree lexicale V. 22 Comme on peut le voir, le systeme de Jackendoff vise a rendre compte de nombreux aspects du sens des verbes ainsi que des cadres syntaxiques qu'ils occupent. Pour les verbes qui alternent, comme to load ou to spray, il leur associe deux structures lexicales, une typique des verbes standards, semblable dans sa structure a celle de to pocket en (13b), avec un predicat GO, et une typique des verbes croises comme to fill et to cover, avec les predicats [INCH [BE]]. Dans les deux cas, le Locatum est le premier argument de ces predicats, le deuxieme etant introduit par une fonction locative du type IN/ON/AROUND/etc, selon le verbe. Tout comme dans le cas des emplois croises, ou le Locatum exprime est traite comme un adjoint interprete par une regie de Fusion d'Argument, dans les emplois standards le Lieu est lui aussi traite comme un adjoint interprete par une regie de Fusion d'argument. En bref, les structures des verbes standards et croises sont identiques. 2.3.1.2. Rappaport Hovav & Levin (1988) Rappaport et Levin (1988) distinguent entre trois niveaux de representation pour rendre compte de la realisation des arguments des verbes, a savoir la Structure Lexico-Conceptuelle (Lexical Conceptual Structure, abregee en LCS, une representation lexico-semantique), la Structure Predicative Argumentale (Predicat Argument Structure, abregee en PAS, une representation lexico-syntaxique), et la Structure-D (la representation syntaxique ou les arguments du verbe occupent leur position syntaxique initiale). La LCS—inspiree de Hale et Laughren (1983), Hale et Keyser (1986), et Jackendoff (1976, 1987) — encode seulement certains aspects du sens du verbe, exprimes sous forme d'une decomposition de celui en sous-structures composees de predicats et d'arguments. Les arguments du verbe sont indiques sous forme de variables qui seront associees a des positions argumentales dans la syntaxe. Les sous-structures de la decomposition permettent d'identifier des sous-classes de verbes dont les arguments sont realises de maniere identique en syntaxe. A cette fin, L&R postulent un systeme de regies, appelees Linking Rules (Regies d'Appariement), reliant les variables dans les LCS aux variables dans les PAS. C'est la PAS servant de lien avec la representation 23 syntaxique, qui determine la realisation syntaxique des arguments en structure-D, en conjonction avec des principes tels que le Principe de Projection et le theta- critere. Le theta-critere demande que chaque argument de la PAS corresponde a un constituant syntaxique en structure-D. Les niveaux de structures LCS et PAS sont illustres ci-dessous a l'aide des representations donnees par les auteurs pour le vevbeput (Rappaport & Levin 1988:15,24). (17) put: [x cause [y come to be at z]] i. LCS x ii- PAS L'argument externe x de la PAS doit etre projete comme externe a VP en syntaxe, 1'argument interne direct y de maniere interne au VP, dans la position d'objet direct, et 1'argument interne indirect z doit etre projecte comme complement d'une preposition dans le VP. A nouveau, les principes qui mettent en correspondance une position syntaxique avec un element d'un autre niveau n'operent que sur la PAS, ils n'ont aucun acces a la LCS. Parmi ces principes, celui stipulant que 1'argument x de [x come to be at LOCATION] OU [X come to be in STATE] doit etre lie a la variable de 1'argument interne direct dans la PAS. Les LCS ne jouent done qu'un role intermediate, en d'autres mots, le contenu semantique meme des predicats importe peu, ce qui compte e'est la relation hierarchique des divers arguments. Pour ce qui est de l'alternance locative, le sujet principal du present travail, Rappaport et Levin (1988) considerent qu'elle decoule du fait que les verbes qui y sont sujets ont deux LCS distinctes, et que l'une de ces LCS, la plus complexe, emboite la LCS de l'autre construction. Cette idee s'appuie sur le fait que, semantiquement, la variante croisee implique la variante standard, alors que la variante standard n'implique pas la variante croisee. En effet, si (18b) est vrai, alors (18a) Test aussi, mais la verite de (18a) n'entraine pas celle de (18b). (18) a. Pat loaded hay onto the truck b. Pat loaded the truck with hay La LCS croisee associee a (18b) est vue comme une extension de la LCS standard par une operation de Lexicalisation qui combine une LCS indiquant un changement d'etat affectant un Lieu d'une part, et une LCS indiquant un 24 changement de Lieu affectant un Locatum d'autre part, et ce grace a un operateur semantique appele 'a l'aide de' (by means of) tel qu'illustre ci-dessous (Rappaport et Levin 1988 :19): (19) a. LOAD: [x cause [y to come to be at z] /LOAD] b. LOAD: [[x cause [z to come to be in STATE]] BY MEANS OF [x cause [y to come to be at z]] /LOAD] Ainsi considere, le changement d'etat introduit dans l'extension croisee (18b) est le resultat conventionnel typiquement associe au changement de Lieu exprime par l'emploi standard (18a). La variable y de (19a), correspondant au Locatum, est associee a la variable de l'argument interne direct dans la PAS, alors que dans le cas de (19b), c'est la variable z, correspondant au Lieu, qui est associee a la variable de l'argument interne direct dans la PAS. Les principes qui relient la PAS a la structure-D associent la variable de l'argument interne direct dans la PAS a la position syntaxique d'objet direct. Au travers des diverses analyses subsequentes de ces deux auteurs, l'aspect qui reste constant est que la construction standard trouve sa source lointaine dans des LCS du type de [x cause [y to come to be at z]], ou y correspond au Locatum, alors que la construction croisee la trouve dans des LCS du type de [x cause [z to come to be in STATE]], ou z est le Lieu. La sous-partie de la LCS debutant avec BY MEANS OF a ete abandonnee dans les travaux ulterieurs de ces deux chercheurs, sans argumentation specifique, et cet aspect de leur analyse initiale n'a en general pas ete repris dans la litterature, sauf dans certains des premiers travaux qui, a la meme epoque, se sont inspires de cette recherche. En resume, Rappaport & Levin (1988) adoptent une approche de decomposition du predicat pour rendre compte de la structure syntaxique rattachee au verbe. Ce dernier a une structure semantique interne composee d'un ensemble limite d'elements qui se repetent dans la definition de plusieurs sous- classes de verbes. Les verbes partageant les memes sous-structures vont aussi partager les memes proprietes syntaxiques et semantiques. Le merite de L&R est qu'elles ont introduit cette notion de classes semantiques qui a ete reprise par la suite par plusieurs, dont Pinker (1989), et abstraction faite de differences dans le 25 formalisme adopte et dans les details, les deux types de representations semantiques proposees par L&R comme associees a la construction standard et a la construction croisee, chaque fois avec le deuxieme argument de la PAS (et de la LCS) comme associe a la position syntaxique d'objet direct, se retrouvent dans une bonne partie de la litterature, y compris dans leurs contributions plus recentes (cf. Levin & Rappaport Hovav 2005). Nous avons vu que ceci est different de la direction prise par Jackendoff (1990, 1991), puisque ce dernier adopte pour les emplois standards et croises de verbes des representations ou la variable correspondant au Locatum est toujours le deuxieme argument du verbe dans la structure semantique, soit le premier argument d'un predicat GO (dans le cas des emplois standards), soit le premier argument d'un predicat INCH[BE (dans le cas des emplois croises), et ou la variable correspondant au Lieu est toujours le troisieme argument dans la structure semantique, plus precisement le complement d'une fonction de Lieu. 2.3.1.3. Pinker (1989) Pinker (1989) propose un modele lexical base essentiellement sur les trois composantes suivantes. • La structure semantique • Les regies d'appariement entre structure semantique et structure syntaxique • Les regies lexicales Pour Pinker, les verbes ont une representation semantique lexicale initiale dans laquelle les positions argumentales sont mises en correspondance avec des positions syntaxiques determinees de la representation syntaxique par le biais de regies de correspondance. Des regies lexicales peuvent s'appliquer a certaines representations semantiques lexicales initiales pour en produire de nouvelles. Autrement dit, un verbe peut etre derive d'un autre par l'application d'une regie lexicale s'appliquant a la representation semantique du verbe de depart. Tout comme les representations semantiques de depart, les representations lexico- semantiques derivees sont sujettes aux regies de correspondance entre les representations lexico-semantiques et representations syntaxiques. Comme les 26 representations semantiques de depart et les representations semantiques derivees sont distinctes, les arguments correspondants des deux representations ne seront pas necessairement associes aux memes positions syntaxiques. Cette conception peut etre visualisee dans le schema en (20) ci-dessous (Pinker 1989: 63): (20) Input Output Verbe: Rule that changes Verb: . Semantic structure . Semantic Structure #1 Linking rules Argument Structure # 1 Semantic Structure #2 Linking rules Argument Structure #2 Vue de cette maniere, la structure argumentale d'un verbe realise en construction standard (la variante 'Location' du verbe) a une structure semantique propre distincte de celle du meme verbe realise en construction croisee (la variante 'Goal' du verbe). Pinker va ainsi a l'encontre de deux idees courantes du temps. D'une part, il rejette la these syntaxique selon laquelle l'une des variantes seulement est encodee dans le lexique tandis que l'autre est derivee en syntaxe. En cela il adopte la meme approche que Rappaport & Levin (1988). II defend la these alternative selon laquelle les deux variantes sont differentes semantiquement encodee a un niveau pre syntaxique. D'autre part, Pinker se demarque de l'idee selon laquelle la derivation des variantes locative est toujours dans le sens 'construction standard' => 'construction croisee', ou selon laquelle les deux representations lexicales sont independantes. Pinker defend une conception de derivation bidirectionnelle, selon laquelle la derivation peut se faire dans les deux sens.17 Autrement dit, une representation semantique d'une construction standard Rappaport et Levin (1988) n'abordent pas la question de la relation entre les deux representations lexicales, sauf pour noter que celle dormant lieu a la construction croisee est plus complexe que celle dormant lieu a la construction standard, puisqu'elle incorpore celle-ci comme complement d'une fonction semantique BY-MEANS-OF. Levin & Rappaport (1988) considere le 27 (ou Figure) peut etre convertie en une construction croisee, et vice versa, selon les verbes. L'alternance de la structure argumentale est vue non pas comme specifique aux verbes qui la manifestent mais comme une caracteristique de la classe semantique a laquelle ils appartiennent. Comme nous allons le voir dans ce qui suit, Pinker fait une distinction entre representations semantiques 'Broad- Range' des verbes, et les representations semantiques 'Narrow-Range'. 2.3.1.3.1. Les regies Broad-Range En se basant sur les travaux de Rappaport et Levin (1988), Pinker considere que chaque verbe locatif est fondamentalement un verbe oriente vers le contenu (verbe standard ou Figure) ou un verbe oriente vers le contenant (verbe croise ou Ground). Chaque type de verbe appartient a une classe generate distincte (une 'Broad Conflation Class'), avec une representation conceptuelle distincte. Les verbes Figure mettent l'accent sur le processus du deplacement d'une maniere ou d'une autre, c'est le cas du verbe pour qui indique de quelle maniere le contenu se deplace. Ces verbes donnent lieu a une structure ou le contenu occupe la position objet direct. Les verbes Ground mettent l'accent sur le changement d'etat du Lieu comme pour le verbe stuff qm indique l'etat du Lieu (bourre). Ces verbes donnent lieu a une construction ou le Lieu occupe la position d'objet direct. Cette derniere construction recoit generalement une interpretation holistique. Selon Pinker, il y aurait au sein de chaque classe generate (Standard/Figure ou Croisel Ground) des verbes Alternants et des verbes Non-Alternants. Les verbes Alternants ont une composante de sens particuliere, outre la composante primaire de transfert ou de changement d'etat du lieu, qui contribue a permettre le developpement d'un nouveau sens. Ceci se fait par une regie lexicale qui change la structure semantique initiale de ces verbes (la representation Broad-Range), ce qui donne lieu a une nouvelle structure syntaxique par le biais des regies processus de subordination lexicale comme operant sur les LCS et le resultat est du type de celui de la representation croisee chez Rappaport & Levin (1988). Comme elles n'ont pas de regies qui fassent l'inverse, c'est-a-dire ne laisser subsister que le materiel subordonne\ on peut conclure que la conception de Rappaport & Levin 1988 est unidirectionnelle. Malgre des differences dans leur travail recent (Levin & Rappaport Hovav 2003), leur approche avec Template Augmentation reste unidirectionnel (et Ton note une disparition, semble-t-il, de l'idee de subordination lexicale). 28 d'appariement. Ces regies lexicales sont des Broad-Range Lexical Rules, et les classes de verbes qui y sont sujettes sont des "Broad Conflation Classes of Verbs" (Pinker 1989 : 10)18. Le fait de considerer que tout verbe a un sens de base Figure ou Ground et que le deuxieme sens est derive pose la question suivante : comment savoir que le sens indique par un verbe est un sens de base ou derive ? Pour determiner le sens de base d'un verbe Pinker s'appuie sur le test d'omission du syntagme prepositionnel (SP). Lorsque le SP Locatum est obligatoire, il considere que le verbe est un verbe Figure. Inversement, lorsque c'est le SP Lieu qui est obligatoire alors le verbe est considere comme de type Ground. Ceci est illustre a l'aide des verbes to pile 'empiler, entasser' comme verbe Figure, et to stuff 'farcir' comme verbe Ground, en (21) et (22) respectivement (Pinker 1989: 125): (21) a. John piled books on the table/ John piled the table with books b. John piled the books/* John piled the table. (22) a. John stuffed feathers into the pillow/John stuffed the pillow with feathers, b. * John stuffed the feathers/John stuffed the pillow. Cependant, si les deux arguments sont facultatifs, Pinker recourt a 1'intuition du locuteur pour determiner la categorie du verbe, et considere que meme dans ce cas, une des constructions est souvent primaire : une des constructions est souvent plus elliptique que 1'autre et est alors considered comme primaire. Ce serait le cas d'un verbe comme to pack, pour lequel l'omission du Lieu est jugee plus marquee que celle du Locatum; on a le sentiment que (23 b) est une version tronquee de (23a), alors que (23c) sonne complet (Pinker 1989 : 125). "I will refer to the simple operations on semantic structure introduced in the preceding chapter as broad-range lexical rules, and the classes of verbs they apply to as broad conflation classes. The more selective versions of these rules that pick out narrow conflation classes of verbs (or "conflation subclasses") will be called Narrow-Range Rules. Membership in a broad conflation class is only a necessary condition for a verb to alternate; it is membership in one of the narrow conflation classes that is a sufficient condition." 29 (23) a. John packed books into the box/John packed the box with books b. John packed the books19 'Jean a emballe les livres.' c. John packed the box 'Jean a bourre la boite.' Quand il n'y a pas de difference de qualite en fonction de l'omission du PP, il n'y a pas moyen de decider. Le critere de l'omission du PP semble toutefois utile pour beaucoup de verbes, et l'ideal serait que d'autres criteres de classification puissent aller dans le meme sens que celui-ci et y suppleer dans les cas ou il ne donne pas de resultats clairs. Mais si l'approche de Pinker est plus innovatrice et plus adequate c'est parce qu'elle va plus loin dans la classification des verbes locatifs en proposant ce qu'il appelle les Narrow-Range Rules. 2.3.1.3.2. Les regies Narrow-Range Les Broad Range Conflation Class correspondent a ce qu'on appelle aujourd'hui des structures evenementielles. Une structure evenementielle d'un certain type peut inclure diverses sous-classes semantiques de verbes. Pour distinguer entre diverses sous-classes de verbes appartenant a une Broad Range Conflation Class, et distinguer les sous-classes qui ont des possibilites differentes de realisation des arguments, par exemple pour distinguer les sous-classes qui determinent la construction Figure (ou standard) au lieu de Ground (ou croisee), Pinker introduit une sous-categorie de regies lexicales qu'il appelle Narrow-Range Lexical Rules. Selon Pinker, ces regies mettent en evidence le ou les facteurs dans la semantique Comme le montrent les divers choix possibles de traduction, aucun verbe francais ne couvre l'ensemble des sens de pack dans la construction standard, et Pemploi sans proposition de pack semble privil^gier un des sens de pack, si on se base sur la traduction adoptee, ce qui n'est pas sans risques. Le choix de certains arguments sp^cifiques peut faire disparaitre certains des sens, par exemple 'He packed the equipment in polystyrene' doit se traduire par emballer en construction standard, alors que le meme verbe alterne en anglais dans des exemples comme he packed his pockets with sweets/he packed sweets in his pocket, que le Harrap's Unabridged (Dictionnaire anglais-francais) traduit tous deux par il a bourre ses poches de bonbons, ce qui suggere, avec raison, que la construction standard ne serait pas la plus appropriee en francais pour rendre compte de l'exemple de construction standard de l'anglais (#il a bourre des bonbons dans sapoche). 30 des verbes dont la presence est une condition suffisante pour que le verbe ait ou puisse avoir telle ou telle realisation argumentale. Ces regies permettent done une classification des verbes locatifs appartenant a la meme Broad Range Conflation Class, partageant done la meme representation semantique generate (la meme structure evenementielle) en fonction de proprietes semantiques additionnelles. Par exemple, parmi les verbes de Contenu/Figure, une des sous-classes qui alterne est la Narrow-Conflation Class repondant a la definition de "Simultaneous forceful contact and motion of a mass against a surface'' (contact force avec, simultanement, deplacement d'une masse sur une surface), a laquelle appartiennent les verbes to brush, to dab, to daub, to plaster, to rub, to slather, to smear, to smudge, to spread, to streak. Les verbes (standard) appartenant a cette sous-classe alternent, leur representation semantique initiale de verbe standard peut etre convertie par l'application d'une regie lexicale en representation caracteristique de verbe croise. Ces verbes peuvent done etre utilises pour exprimer le deplacement d'un Locatum vers un Lieu (emploi standard) ou l'etat final du Lieu dans lequel le Locatum se retrouve. Selon Pinker (1989 :78-79), on a affaire ici a un 'gestalt shift', un changement de perspective, le meme evenement peut etre concu de deux points de vue. Qu'est-ce qui rend possible ce changement de perspective pour certains verbes et pas d'autres ? C'est ici que les propositions de Pinker sont les plus novatrices Pinker note que les verbes standards, outre le changement de lieu affectant le Locatum, peuvent specifier la maniere dont Taction est menee par l'agent ou certaines des proprietes du Locatum. Par contre, pour les verbes croises, qui specifient un changement d'etat, le verbe specifie l'etat particulier du Lieu. "...these narrow lexical subclasses [are] defined by a distinctive, grammatically relevant subset of the semantic structures that constitute the meaning of a verb (cf. ch. 5) and perhaps by salient morphological divisions in the lexicon of the language." (Pinker 1989 : 103) 21 "That is, the verb constrains either how the agent initiates the motion (e.g. by spilling versus injecting versus ladling) or in what manner the object moves (e.g. in a continuous stream, as in pouring, or as a mist, as in spraying). Note that the verbs do not have to specify how the container or surface changes as the result of putting something into or onto it. For example, if I pour water into the glass, the glass can be full, partially full, or even empty (if the glass leaks), but I have to cause the water to move as a cohesive stream; I cannot spray the water into the glass, use the glass to bail water out of a bathtub, let water condense into the glass, or leave the glass on a windowsill during a rainstorm" (Pinker 1989 :77) 31 Ceci l'amene a faire la suggestion suivante. Pour les verbes standards, ceux-ci sont susceptibles d'apparaitre dans la construction croisee (done etre sujet a la regie lexicale leur dormant une representation semantique de verbe croise) si le type de deplacement subit par le Locatum permet de predire l'effet specifique 99 du Locatum sur le Lieu (Pinker 1989 :78-79). Parallelement, un verbe croise est susceptible d'apparaitre dans la construction croisee si l'etat final denote par le verbe permet de "predire quel genre de chose bouge ou comment cette chose bouge, pas simplement que quelque chose bouge" (Pinker 1989 :128). On voit des lors que la condition a l'application d'une regie lexicale qui change une representation semantique en une autre peut etre naturellement vue comme une condition de bonne formation sur le resultat: l'information contenue dans le verbe ou que celui-ci permet de predire est du type de celle typiquement apportee par les verbes qui font initialement partie de cette classe, les deux informations (celle de la structure evenementielle et l'information idiosyncrasique doivent pouvoir fusionner, en quelque sorte, l'information idiosyncrasique vient completer l'information de la structure evenementielle de la meme maniere que dans le cas des verbes non alternants standard et croises). II est important de preciser que Pinker ne considere pas ces conditions interpretives sur la possibilite d'alternance comme des conditions necessaires, mais simplement comme des conditions suffisantes : "For example, when a liquid is sprayed, it is sent in a mist or fine droplets. However, as a result of causing such movement, a surface to which it moves predictably has an even coat of deposited liquid adhering to it. This predictability is what is crucial: the with form requires a specific change of state, and the meaning of a verb like spray allows the speaker to predict exactly what that state change is. More generally, caused motion of a substance in the direction of a particular object and in a particular spatial configuration will result in the substance being deposited in, or on the object in a characteristic way, changing its state. This provides part of the explanation for why the alternation does not extend to verbs of pure manner of motion such as pour, or to verbs of force exertion (push, drag, pull, tug, yank) or verbs of positioning (lay, place, position, put): there is no way to predict on the basis of the verb meaning alone what the effect on the goal argument will be. Conversely, this account helps to explain why verbs of pure effect, such as fill, which do not specify any specific kind of motion of a theme, cannot take the into/onto form." (Pinker, p. 80) 23 "In chapter 3, I pointed out that a necessary condition for a verb to participate in the locative alternation is that it specify or allow one to predict both a type of motion and an end state" (Pinker 1989:124). Comme verbe croise" au depart, "... load involves a unit or type of substance appropriate for the containing object that is put in a designated location within the containing object, enabling it to perform some function (e.g. a gun, a camera)" (Pinker 1989 :124). Selon Pinker, e'est le fait que ce verbe croise donne done de l'information caracteYisant de maniere specifique la nature du Locatum qui rend un emploi standard s^mantiquement approprie\ 32 "However, these constraints are not sufficient conditions for the alternation to occur, at least not without begging the question of why some words specify a motion or end state and others do not. For example, it is not convincing to say that the reason that * I dripped water onto the floor is bad is that no end state is specified—why has the verb drip not accumulated a component of meaning specifying that the surface is covered with drops, like sprinkle'? " (Pinker, p. 124) Notons que le caractere necessaire, plutot que suffisant, de cette condition de "predictibilite" est peut-etre appuye par certaines differences que Ton note entre langues proches. Ainsi, si on considere la classe de pile en anglais et empiler en francais, on note un comportement different dans les deux langues, meme si elles satisfont toutes les deux a la meme condition, c'est-a-dire au fait d'appartenir a la meme sous-classe semantique : pile alterne (ainsi que heap et stack), il admet la construction croisee, alors que empiler (entasser, amonceler) ne 1'admet pas : (24) a. John pile books on the table/ John piled the table with books b. Jean a empile des livres sur la table/* Jean a empile la table de livres Les classes satisfaisant a la condition necessaire les rendant susceptibles d'alterner doivent encore etre designees comme le faisant. C'est pour cela qu'il etablit diverses Broad Range Conflation Class a l'interieur de chaque 'Broad Range Conflation Class, en indiquant, pour chacune d'entre elles, si elle alterne ou non. Le systeme de Pinker ne permet done pas de predire, pour les verbes qui satisfont a la condition necessaire, s'ils alternent, du moins en apparence. En fait, il n'est pas impossible que la difference de comportement entre pile et empiler montre que la condition de predictibilite est peut-etre une condition suffisante. En effet, il n'est pas clair que les verbes comme pile, qu'on peut considerer avec Pinker comme fondamentalement des verbes Figure, aient les caracteristiques semantiques permettant de predire de quelle maniere precise le Lieu change (pour Labelle 1992, les verbes comme empiler, entasser, amonceler sont des verbes de resultat, comme aligner, ils decrivent la configuration finale du Locatum a la fin de l'evenement, le Locatum forme une pile, un amas, un amoncellement. La configuration finale du Locatum ne semble pas permettre de predire que tout le 33 Lieu ou il y a quelque chose d'empile, d'entasse, d'amoncele va etre necessairement largement ou non occupe, tout ce qu'on peut predire, c'est qu'il va y avoir une pile, un amas, un amoncellement quelque part sur le Lieu, done on ne devrait pas pouvoir avoir la construction Ground). Si c'est le cas, il se peut qu'avec cette classe de verbes (et eventuellement d'autres), 1'anglais soit un peu plus liberal que le francais et d'autres langues, sans toutefois que ceci soit tout a fait arbitraire: plus on empile, entasse, amoncelle d'objets sur une surface, plus celle-ci devient occupee. II se peut aussi qu'un fait de ce type ait amene des verbes comme pile en anglais a acquerir un sens ou Ton est passe d'une information sur la configuration du Locatum en soi a une information plus generate, le Locatum est present en grande quantite et est repandu sur son support. Dans ce cas, l'alternance en anglais serait attendue, et la condition d'inter- predictibilite pourrait etre une condition suffisante. Quoi qu'il en soit, comme on vient de le voir, parmi les avantages qu'offre le systeme de classification propose par Pinker, celui-ci invite a une etude contrastive des verbes dans differentes langues sur la base de criteres semantiques, plutot que sur la base des traductions offertes par les dictionnaires. En effet, son systeme permet de voir si des verbes repondant aux memes criteres d'appartenance a une classe ont necessairement le meme comportement syntaxique, et nous venons de voir que des verbes repondant, pour autant que Ton puisse en juger, aux memes criteres d'appartenance a une Barrow Conflation Class se comportent differemment d'une langue a une autre. 2.4. Approches constructionnistes Dans le sillage des approches lexicales projectionnistes introduites dans la section precedente, il s'est developpe une approche dite constructionniste. Cette approche se distingue du point de vue transformationnel (du moins dans ses premieres manifestations) et des theories lexicales projectionnistes tout en gardant quelques points semblables que nous aurons l'occasion de rappeler un peu plus loin dans la Section 2.6. 34 L'approche constructionniste se distingue de l'approche lexicale sur la facon de concevoir le rapport entre le verbe et la construction dans laquelle il apparait. Tandis que l'approche lexicale projectionniste attribue cette relation a la representation lexico-semantique du verbe: celui-ci recoit autant de representations lexicales qu'il y a de constructions distinctes dans lesquelles il peut etre utilise ; la representation lexicale est responsable de 1'interpretation associee a une construction. Dans l'approche constructionniste, il n'est pas necessaire de postuler un sens additionnel du verbe pour chaque configuration syntaxique dans laquelle il peut apparaitre, ce sont les constructions qui sont mises de l'avant pour rendre compte de certains aspects recurrents de Finterpretation semantique de la phrase: les constructions ont une existence et une interpretation propres, independantes de celle du verbe qui y apparait. Les verbes sont admis dans des constructions si l'information semantique qu'ils vehiculent n'entre pas en conflit avec celle de la construction. Un des principes de la grammaire de construction telle que developpee par Brugman 1988, Fillmore et Kay 1993, Fillmore, Kay et O'Connor 1988, Lakoff 1987, Lambrecht 1994, est que l'unite de base du langage est la construction (vue comme une correspondance entre forme et sens).24,25 La grammaire de construction, comme toutes les theories du langage, essaye de repondre aux differentes questions que souleve le langage humain, de comprendre sa nature, d'explorer les connaissances langagieres d'un locuteur et d'expliquer les mecanismes qui permettent la comprehension et la production du langage. II existe un tres large eventail d'etudes qui s'inscrivent dans le cadre de la grammaire de constructions. Dans le cadre de ce travail nous ne passerons en revue que les travaux que les plus representatifs de ce modele qui sont directement pertinents pour notre sujet, a savoir ceux de Goldberg (1995, 2000, 2002) et ceux d'lwata (1998, 2000, 2002, 2005). Nous n'examinerons egalement pas l'approche neo-constructionniste de Borer (2005), qui, bien qu'elle aborde 24 Goldberg (1995: 6) 25 Pour une revue du developpement de families d'approches qui tombent sous l'etiquette de Grammaire de Construction, voir 1'article Construction Grammar de Wikipedia (http://en.wikipedia.org/wiki/Construction_grammar)). 35 brievement l'alternance locative dans son chapitre 12, ne developpe pas d'analyse du fait que certains verbes locatifs peuvent entrer dans plusieurs structures syntaxiques et d'autres pas (une note suggere une voie d'explication au fait que des verbes comme pour n'alterne pas). 2.4.1. Goldberg (1995) Dans cette sous-section nous allons resumer les grandes lignes du modele constructionniste propose par Goldberg (1995). Trois composantes essentielles caracterisent ce modele, le sens du verbe (§ 2.5.1.1), le sens de la construction (§ 2.5.1.2), et l'interaction entre les deux sens precedents (§ 2.5.1.3). La conception de la structure argumentale differant egalement des approches lexicales, elle fera l'objet d'un rappel (§ 2.5.1.4) 2.4.1.1. Le sens du verbe Goldberg (1995) s'inspire des Frame Semantics proposes par Fillmore (1976, 1982, 1985a, b), qui fait correspondre le sens du verbe {"Frame Semantic Meaning") aux connaissances extralinguistiques liees a ce verbe que les locuteurs ont du monde et de la culture. Signalons d'emblee qu'une telle conception pose le probleme de la facon de representer ces "connaissances du monde", un aspect que Goldberg ne precise pas. L'idee principale derriere cette conception est que la description semantique des mots necessite la prise en consideration de leur contexte extralinguistique. Ce contexte inclut Pinformation relative a la facon dont le locuteur applique ses connaissances lexicales dans 1'interpretation et la production du discours reel. Le cadre semantique des verbes specifie les participants' {Participant Roles) ainsi que le nombre et le type de roles (thematiques) qui leur sont associes. Ces roles peuvent etre mis en relief26 (profiled), ils sont alors obligatoires; ils peuvent aussi etre laisses non-exprimes, ils recoivent alors une interpretation definie (Goldberg 1995 : 44). Le sens particulier associe a un role (ou un participant) n'est pas determine par le sens du La notion de mise en relief lexicale {Lexical Profiling) est emprunte'e a Langacker (1987, 1991) et Fillmore (1977). 36 verbe mais par la maniere dont le sens du verbe fusionne avec la semantique d'une construction donnee. 2.4.1.2. Le sens de la construction Goldberg (1995) definit la construction comme l'unite de base du langage et de la structure linguistique independamment des items lexicaux qui y sont introduits. Les constructions correspondent a des classes de sens renvoyant a des notions fixes mais abstraites comme mouvement, mouvement avec cause, contact, changement d'etat, etc. Le sens de la construction et le sens 'grammatical', evenementiel du verbe peuvent se recouvrir. A titre d'exemple, la construction 'caused motion' vehicule le sens du deplacement d'une entite. Lorsque cette construction est utilisee avec un verbe comme mettre, la contribution de la construction permise dans ce cas est la meme que celle du verbe. En fait, Goldberg met surtout 1'accent sur les cas ou le sens vehicule par le verbe et celui de la construction ne coincident pas, comme dans les constructions resultatives anglaise telles que 'run one's shoes threadbare' (courir au point d'user ses chaussures jusqu'a la corde), ou le sens du verbe ne correspond pas a celui de la construction, ne l'implique pas. Goldberg parle de constructions porteuses de sens {meaningful constructions) en les definissant comme des "entites autonomes encodees dans le lexique aux cotes des items lexicaux, des expressions idiomatiques, et autres constructions se pretant ou pas a un enrichissement partiel avec du materiau lexical" . Une construction est formee de deux poles dont l'un est semantique et l'autre syntaxique. Elle peut imposer 1'interpretation d'une expression contenant un verbe lequel, par lui-meme, ne renferme pas une telle interpretation. Goldberg (1995) considere que ce sont d'abord les constructions qui contribuent au sens. Autrement dit, les nuances de sens entre les differentes realisations argumentales d'un meme verbe sont attribuables au sens des constructions et non pas a des differences dans les representations lexico- 27 Traduction libre de l'auteur. La version originale "free standing entities stored within the lexicon alongside lexical items, idioms, and other constructions that may or may not be partially lexically filled' (Golberg 1995: 221). 37 semantiques. Les similitudes que Ton retrouve dans les divers emplois d'un verbe sont, quant a elles, attribuables au verbe que Ton retrouve dans ces divers emplois et done au 'sens de base non structure' (core meaning) du verbe. Ainsi, les verbes ont une sorte de sens 'brut' qui peut etre accommode par une ou plusieurs constructions en fonction de leur degre de compatibilite avec ces dernieres. Parmi les objectifs de l'approche constructiviste est celui d'aboutir a un modele base sur un partage equitable de la contribution des verbes et des differentes constructions possibles en evitant la multiplicite des entrees lexicales. Goldberg (1992, 1995), au meme titre que Goldberg et Jackendoff (2004), considere le sens d'un verbe comme une constante dont la contribution est la meme dans toutes les phrases au sein desquelles il apparait. Considere ainsi, le sens d'un verbe ne peut aucunement legitimer ou projeter une nouvelle structure argumentale. Cependant, la construction elle-meme peut amener le locuteur a selectionner un aspect semantique particulier de l'information semantique attachee au verbe, de sorte que l'information retenue ou mise en relief soit en harmonie avec le sens de la construction dans laquelle le verbe est utilise. La representation semantique du verbe proprement dite n'alterne pas et ne change pas d'un contexte a l'autre. Cette conception du verbe et de sa semantique n'a done pas besoin de faire appel a de nouvelles entrees lexicales arbitraires pour representer le sens du verbe et sa valence dans des contextes syntaxiques differents. L'avantage decoulant de cette idee du sens constant du verbe est qu'elle reduit la polysemie des verbes. 2.4.1.3. Interaction entre sens du verbe et sens de la construction Goldberg argumente que la semantique du verbe et celle de la construction fusionnent, se completent, pour dormer lieu a une semantique plus complexe. Ainsi, dans le cas d'un verbe comme kick, dans la phrase donnee en (25a), la construction apporterait le sens general donne en (25b), tandis que de l'information encodee dans le sens du verbe, on retiendrait celle specifiant Facte causateur particulier, dans le cas present 'frapper (du pied)': 38 (25) a. Kim kicked Pat the ball b. X causes Y to receive Z' La question qui se pose maintenant est celle de la compatibilite et la fusion des roles (thematiques) de la construction et de ceux du verbe. En vue d'eviter la generation d'interpretations non-acceptables ou non-fondees, Goldberg (1995) argumente que cette fusion est regie par deux principes, a savoir le principe de coherence semantique et le principe de correspondance. Le premier principe demande, selon l'auteur, que les roles de participants contribues par le verbe {Participant Roles) et les roles argumentaux apportes par la construction {Argument Roles) soient compatibles semantiquement: souvent, les roles du premier type sont simplement des cas particuliers des roles du second (les roles du second type sont des generalisations operees a partir des roles du premier type associes a des arguments de plusieurs verbes realises de la meme maniere, dans la meme construction). Le second principe met en jeu la notion de roles {Profiled Roles), que nous traduirons par roles proeminents. Les roles proeminents du verbe sont ceux obligatoirement evoques par le verbe. Ces roles doivent etre exprimes, et s'ils ne le sont pas, ils recoivent une interpretation definie. Parmi les roles argumentaux des constructions, certains sont egalement proeminents (Sujet, Objet Direct, Second Objet dans la construction a double objet). Le principe de correspondance demande que, lorsqu'ils sont exprimes, les roles proeminents du verbe doivent etre encodes par les roles proeminents de la construction, sauf dans le cas ou le verbe a trois roles proeminents.28 Dans ce cas, l'un d'entre eux peut etre realise par un argument non preeminent de la construction, sous la forme d'un complement oblique. (Goldberg, 1995; 2002 :342-343). Ainsi, Golberg (2002) considere que les trois roles associes au verbe load sont proeminents, tant dans la construction standard (qu'elle appelle Caused-motion) que dans la construction croisee (qu'elle traite comme la composition de deux constructions, Causative construction + with construction). Elle represente la fusion des arguments de la construction avec les roles argumentaux du verbe sous forme de Dans sa discussion de Goldberg (1995), Iwata considere que le systeme de Goldberg demande qu'entre les deux principes, le principe de coherence semantique ait la preponderance. 39 schemas, comme ci-dessous, ce schema etant quelque peu enrichi a la maniere de ce qu'elle fait pour presenter la construction di-transitive plus loin dans son article (Goldberg 2002 :344, ex. (54a-b) et Figure 2, p. 347). (26) a. Caused-motion (e.g., Pat loaded the hay onto the truck) Syntaxe : (sujet objet direct objet de P) Sem. Construction: CAUSE-MOVE (cause theme path/location) Sem. de Load: LOAD (loader loaded-theme container) b. Causative +with construction (e.g. Pat loaded the truck with hay) Syntaxe: (sujet objet direct objet de with Sem. Construction : CAUSE (cause patient) + INTERMEDIARY (instrument) Sem. de Load: LOAD (loader container loaded-theme) Goldberg fait remarquer que le role de contenant peut etre construit comme path/location ou comme patient, selon la construction. Elle considere aussi que dans la construction avec with, le role participant preeminent de loaded-theme contribue par le verbe est realise par un type d'adjoint, qu'il ne s'agit pas d'un argument de la construction, cet adjoint etant interprete comme un "intermediaire". A l'appui de l'idee que le loaded-theme est un role preeminent, elle fait remarquer qu'il y a une difference de qualite entre ses exemples (56a-b) et (56c-d), nos (27a-b) et (27c-d) ci-dessous : (27) a ?Pat loaded the wagon yesterday with hay. b. ?Pat adorned the tree yesterday with lights. c. Pat hit the wall yesterday with a stick. d. Pat broke the window yesterday with a hammer. On peut considerer que le systeme est tres riche descriptivement, et fait appel librement a des stipulations lexicales. Malgre cela, divers aspects du systeme elabore par Goldberg ont ete critiques a l'interieur meme du courant 40 constructiviste, notamment par Iwata (2005: Section 6), qui discute une serie de problemes que rencontre l'approche de la caracterisation des constructions standard et croisee proposee par Goldberg. Ainsi il critique la justesse de diverses stipulations lexicales de Goldberg, la possibilite meme de rendre compte, malgre ce qu'elle affirme, du comportement de divers verbes appartenant a la meme sous-classe avec le principe de coherence semantique et le principe de correspondance, et il rejette l'utilite de la notion de preeminence lexicale telle que caracterisee par Goldberg, en considerant que plusieurs de ces problemes sont dus au fait que l'introduction de la notion de roles participants du verbe lui a fait perdre de vue que la caracterisation semantique du verbe doit se faire fondamentalement en termes du role que des participants jouent dans des scenes, et il propose done qu'une consideration attentive des details des scenes evoquees par les verbes permet de rendre compte de maniere plus satisfaisante du phenomene de l'alternance locative. Plutot que d'exposer les divers problemes notes par Iwata (2005), nous renvoyons le lecteur a son article, pour examiner sa contribution de type constructionniste. On retiendra toutefois de Goldberg l'idee programmatique importante qu'une caracterisation interessante de certains phenomenes linguistiques peut ou doit se faire en exploitant l'idee que les representations syntaxiques (parfois deja en partie lexicalisees) et les unites lexicales additionnelles qui y sont introduites contribuent chacune independamment a 1'interpretation, et qu'une interpretation coherente resulte de la possibilite de marier les deux. Cette approche permet d'envisager qu'un verbe monosemique puisse etre utilise dans deux constructions distinctes, s'il est possible de combiner de maniere heureuse la contribution de la construction avec celle du verbe. 2.4.2. Iwata (1998, 2000,2005) S'inspirant clairement a certains egards de Pinker (1989) d'une part, et dans une approche constructionniste de l'autre, Iwata (1998, 2000, 2005) propose un modele base sur la correspondance entre la forme et le sens du verbe. Son approche, dont certaines idees de base rappellent egalement celles d'un ouvrage 41 encore non publie de Lumsden (2002), exploite la richesse de la semantique du verbe pour rendre compte de la flexibilite constructionnelle de certains verbes. Bien qu'inspiree de celle de Pinker, l'approche d'lwata s'en distingue a plusieurs egards, notamment au niveau de la representation du sens du verbe. Premierement, Iwata scinde le sens du verbe en deux niveaux: un niveau lexical Lexical Head Level Meaning qu'il abrege en L-Meaning, ou sens-L, et un niveau phrastique Phrasal Level Meaning, qu'il abrege en P-Meaning, ou sens-P. Le sens-L se rapporte au verbe en tant qu'unite lexicale, independamment de toute realisation syntaxique. Ce sens-L englobe toutes les interpretations suggerees par les contextes syntaxiques particuliers d'emploi. Le sens-P, en revanche, represente 1'interpretation associee a un contexte syntaxique particulier. Chaque sens-P correspond a une mise en perspective distincte du meme evenement, ce qui rappelle directement le Gestalt shift de Pinker, qu'il cite (Iwata 2005 :370) a propos de la caracterisation de load de celui-ci: "Basically, it is a gestalt shift: one can interpret loading as moving a theme (e.g. hay) to a location (e.g. a wagon), but one can also interpret the same act in terms of changing the state of a theme (the wagon), in this case from empty to full, by means of moving something (the hay) into it." (Pinker 1989:79) La difference essentielle entre les deux est qu'Iwata concoit les deux perspectives comme inscrites dans le sens-L, alors que Pinker concoit qu'il y a un sens de base (d'un type sous-tendant un emploi croise dans le cas de to load) et que 1'information conceptuelle attachee au verbe contient des informations permettant a celui-ci de se voir appliquer une regie lexicale produisant un nouveau verbe en transformant sa structure semantique ou lexico-semantique, pour reprendre les termes de Pinker (1989:71), la nouvelle etant typique de celle des verbes standards en general. Pour Pinker, Pequivalent de chaque sens-P de Iwata serait un sens L-distinct, un verbe alternant etant vu par consequent comme polysemique, mais 1'information rendant possible le deuxieme sens est deja disponible dans 1'information encyclopedique attachee au verbe dans son sens de base. Si la perspective est done effectivement differente, on voit toutefois 42 qu'Iwata reprend a Pinker l'idee que la possibilite d'alternance decoule du fait que 1'information conceptuelle associee au verbe rend possible d'envisager un 90 evenement sous deux perspectives distinctes. Le point de vue d'lwata distinguant deux niveaux de sens rappelle celui de Goldberg (1992, 1995) dans la mesure ou cette derniere suggere que le sens du verbe fusionne avec une ou deux constructions tout en demeurant le merae. La distinction entre le sens-L et le sens-P permet a Iwata (2005 : 10) de rendre compte des differentes interpretations considerees comme associees au meme verbe en fonction des constructions au sein desquelles il apparait. Ainsi, le verbe n'a pas plusieurs sens mais un seul. En definitive, le sens-L n'est rien d'autre que la collection ou l'union des sens P. L'idee selon laquelle les differentes interpretations contextuelles d'un verbe, les sens-P, sont rattachees au meme sens-L permet d'etablir une correspondance entre le sens et la forme. Lorsqu'un verbe, en tant qu'entree lexicale, est insere dans une forme syntaxique, le sens-L se restreint a un sens-P, celui qui en 1'occurrence est vehicule par la construction en question. Dans le cas de l'alternance locative, les differentes constructions disponibles pour un verbe surviennent lorsque le sens-L est assez riche, voire complexe, pour permettre plus d'un sens-P, plus d'une mise en perspective. Un sens-P est obtenu lorsque le sens-L (c.-a-dire la scene conventionnellement attachee au verbe) est interprete en mettant en relief ou en saillance dans la scene soit le Locatum, soit le Lieu, le reste du sens-L du verbe ne disparaissant pas mais restant confine a Parriere plan. Ainsi, selon Iwata (2005 :361-362), un verbe comme to spray 'vaporiser, pulveriser', par exemple, aura un sens-L qu'il caracterise par la scene 29 Dans les faits, Pinker est tres proche d'une perspective constructionniste (au niveau lexical), puisqu'il dit: "If the combination of the inherent meaning of the verb and the meaning components forced by the new argument structure is inadmissible (in a sense to be discussed later), the verb cannot undergo the alternation." (Pinker, p. 69-70). Comme "argument structure" fait reference a la syntaxe ("I will use the term "argument structure" to refer to a strictly syntactic entity, namely the information that specifies how a verb's arguments are encoded in the syntax." (Pinker 1989 :71). Ainsi, on voit bien que la forme est porteuse de sens, comme dans les grammaires de construction, et que la possibility pour un verbe d'apparaitre associe a une certaine structure argumentale ou construction depend de la possibility de concilier le sens associe" a la construction et des aspects du sens inherent du verbe. 30 Notre traduction du mot anglais profiling utilise par Iwata (2005). 43 en (28a) ci-dessous. Dans cette scene "evolutive", la fieche avec deux pointes decrit le mouvement de va-et-vient implique dans Taction. La scene inclut a la fois une caracterisation du Locatum, la forme sous laquelle ou la maniere selon laquelle il se deplace, et I'effet sur le Lieu, ou Ton voit un transfert progressif du liquide sur une surface. Ce sens-L du verbe, la scene mentale complexe representee de maniere schematique, peut etre interpretee de deux facons, selon que la preeminence ou la mise en relief porte sur le transfert (changement de lieu) ou sur I'effet que l'activite produit sur le lieu (changement d'etat). Dans le premier cas, le verbe pourra apparaitre dans la structure [V NP onto NP] ; dans le second cas, il pourra apparaitre dans la structure [V NP with NP]. Iwata (2005 :361-362, "Figures" 2 a 5) illustre ce qui est implique dans l'existence de l'alternance de construction d'un verbe comme to spray a l'aide d'une serie de schemas donnes en (28) ci-dessous. Le schema (28a) represente le fait que dans une scene conventionnelle de "spraying", 1'agent envoie la substance dans une certaine configuration configuration ("in a mist") avec un mouvement de va-et- vient. Ceci amene la substance a progressivement occuper une bonne partie de la surface sur laquelle elle est envoyee. La representation (28b) est la schematisation du sens-L, les fleches avec deux pointes visant a exprimer le mouvement de va-et- vient implique dans l'application de la substance. Cette schematisation detaille simultanement le mouvement de va-et-vient et l'occupation progressive de la surface par la substance, et le schema en haut de (28c) et de (28d) est aussi la representation de ce sens-L. La scene en (28b) peut faire l'objet de deux interpretations. Selon l'une, en (28c), le Locatum est mis en relief, ce qu'exprime le rectangle ajoute par rapport au schema precedant autour du dessin evoquant la substance se deplacant dans l'espace. Cette mise en relief donne lieu au sens-Pi, a un evenement ou le Locatum est projete dans l'espace dans une certaine configuration ("in a mist"), interpretation qui va pouvoir etre en harmonie avec le type d'evenement (le "thematic core") exprime par la construction standard (en gros, "X acts upon Y, thereby causing y to go Z", p. 364). Enfin, la deuxieme interpretation met en relief le Lieu, ce qui est interprete comme un evenement ou le Lieu vient a etre couvert par la substance, comme en (28d), ou le rectangle 44 ajoute encadre cette fois le Lieu. Avec cette mise en relief, le verbe pourra etre place dans la construction en with, pour laquelle il propose 1'interpretation associee (le Thematic Core) "X acts upon Y by exerting force to a significantly large portion of Y with Z" (Iwata 2005:361). (28) a. c) E) Figure2. Mouvement durant une scene conventionnelle de spraying b. La scene de spraying. (Le verbe spray dans son sens-L) E } •=> Figure 3. L'application de la substance application Durant la scene de spraying. c. "E7 Sens-Pl de spray 'Spraypaint onto the wall': ' To send a liquid in a mist or fine droplets'' Figure4. Interpretation de la scene de spraying avec emphase sur la substance. Sens-P2 de spray 45 ^N^» " = > * c^> 1 spray the wall with paint': ' To cover a surface with an even coat of deposited liquid adhering to it' Figure5. Interpretation de la scene de spraying avec emphase sur le Lieu. Ainsi, dans sa perspective, et comme Iwata (2005:362) le dit lui meme, "... spray means to send a liquid in a mist or fine droplets AND to cover a surface with an even coat of deposited liquid adhering to it." L'analyse proposee par Iwata distingue les verbes locatifs alternants comme to spray 'vaporiser, pulveriser' decrits plus haut, des verbes locatifs non alternants comme to pour 'verser' et to fill 'remplir' tres simplement. Le verbe pour est decrit comme ayant un sens-L qui specifie uniquement la maniere dont se fait le mouvement, il ne se prete qu'a une seule interpretation; un seul sens-P est done associe au sens-L de ce verbe. De meme, le verbe fill a un sens-L specifiant seulement l'effet sur la cible, ce qui ne donne lieu qu'a un seul sens-P, celui qui peut convenir au sens vehicule par la construction croisee. Dans cette approche, il n'y a pas de difference entre les verbes qui alternent et ceux qui n'alternent pas du point de vue de la correspondance forme-sens : ils peuvent etre employes dans les constructions en harmonie avec le ou les sens-P deja inscrits dans le sens-L. Iwata ne suppose done pas qu'il existe un sens de base et un sens derive (ou second), les deux perspectives etant encodees dans le sens-L, contrairement a Pinker (1989) qui considere que le verbe contient d'abord un sens de base, a partir duquel l'autre sens est derive. II est a noter, en anticipant un peu sur la section consacree a Levin & Rappaport Hovav (2003) dans la section suivante, que l'idee de base d'lwata, ou 46 le sens-L inclut l'ensemble des sens-P, prend le contre-pied de celles-ci. En effet, elles considerent que les verbes qui alternent exprimant au depart des evenements simples (typiquement des activites), qui ne sont pas specifies semantiquement pour apparaitre au depart dans des constructions standards ou croisees, mais qui sont susceptibles de voir leur representation semantique enrichie par un processus d'Augmentation Lexicale ajoutant un resultat a l'activite, celui-ci specifiant tantot l'existence d'un Lieu final pour le Locatum, tantot un etat final pour le Lieu. Le modele d'lwata est par contre plus proche de celui de Pinker (1989), nous l'avons vu. Ce dernier estime egalement que le verbe apparait dans la structure syntaxique Figure/standard lorsqu'il comporte des informations sur/ou permettant de predire la maniere dont le theme se deplace ou sa nature. Parallelement, Iwata estime que le verbe apparait dans la structure syntaxique Ground/croisee lorsqu'il comporte des informations (ou permet de faire des inferences) sur la maniere dont le lieu est affecte. La difference entre les deux approches reside dans le fait que, contrairement a Iwata, Pinker ne distingue pas entre sens lexical et le sens en construction. Pour Pinker 1'entree lexicale du verbe est dedoublee lorsque le verbe peut alterner, et le dedoublement peut etre vu comme dynamique, puisqu'il est attribue a l'existence d'un processus semantique qui produit un type de Noyau Thematique a partir de 1'autre, sous certaines conditions, ou meme par un processus lexical libre, dont le resultat est licite si les informations inherentes au sens du verbe sont du type de celles typiquement trouvees avec les verbes non alternants pouvant apparaitre dans la construction considered. Notons aussi que l'approche d'lwata a un aspect quelque peu circulaire, en ce sens qu'il est difficile de trouver des criteres independants pour les sens-L que propose Iwata. En effet, les constructions standards et croisees se voient attribuer chacune un sens-P, et done, si un verbe apparait dans les deux, on en deduit que ce verbe reunit ces deux sens dans un sens-L. L'autre source pour attribuer un sens-L, e'est 1'intuition semantique naive que Ton peut avoir. II serait souhaitable de trouver des facons de retrouver le sens-L des verbes alternants qui ne soient pas uniquement basees sur 1'intuition et sur le fait que le verbe apparait dans les deux constructions considerees. Ceci ne veut pas dire que l'idee fondamentale d'lwata (que Ton 47 retrouve aussi chez Lumsden (2002, non publie) et sous une autre forme chez Pinker (1989)) soit incorrecte. Enfin, certaines des questions soulevees par le choix de Pinker de considerer, entre autres, des verbes de la classe regroupant to pile, to stack, to heap ("Vertical arrangement on a horizontal surface") comme ayant les caracteristiques de sens les rendant aptes a s'accorder non seulement a la construction standard mais aussi a la construction croisee, peuvent s'appliquer a propos d'lwata, qui suit de pres Pinker. II semble que Iwata soit en fait conscient de la possibilite d'un probleme avec les verbes de cette classe, vu ce qu'il en dit: "With pile-class verbs the objects are arranged vertically, rather than horizontally over a surface. But since the objects thus arranged come to occupy a large portion of the relevant surface, it is not unreasonable to suppose that the with variant of this class is also licensed as a covering activity." (Iwata 2005 :367) II n'est pas clair du tout que le sens-L des verbes de cette classe, la scene conventionnellement associee a ce type de verbe, inclut une representation de l'occupation extensive de la surface. Dans un esprit constructionniste, il serait peut-etre plus adequat de penser que 1'insertion de ces verbes en construction croisee impose naturellement une interpretation evenementielle d'occupation, et que l'anglais, contrairement a des langues comme le francais ou, nous le verrons, l'arabe, permet, pour une raison qui n'est pas claire et demanderait a etre exploree, une reconciliation entre le sens de la construction et 1'information semantique vehiculee par le verbe. 2.5. Approche projectionniste flexible : Levin & Rappaport Hovav (2003) Nous avons rappele dans § 2.4.3 le point de vue projectionniste de Rappaport & Levin (1988), ou celles-ci consideraient que seul le sens du verbe tel qu'il apparait dans l'entree lexicale determinant l'expression syntaxique des arguments. Dans les travaux posterieurs (notamment Levin et Rappaport Hovav 1996, 1999, 2003 ; Rappaport Hovav et Levin 1998a, b; Levin 2003) ont elabore leur point de vue purement projectionniste initial, qui considerait les entrees lexicales enregistrees dans le dictionnaire comme source unique de projection des arguments, en faveur 48 d'un modele qui partage certains points avec les modeles constructionniste tout en restant projectionniste (cf. Levin 2004 pour une discussion des deux approches). Partant de verbes dont la representation lexicale primitive est celle d'une structure evenementielle simple d'activite, elles proposent qu'il est possible dans certains cas de construire, ou de deriver, par un processus d'Augmentation Lexicale, de nouvelles representations lexicales, complexes cette fois, c'est-a-dire contenant deux sous-evenements (une activite —Vevenement simple de I'entree primitive— et un resultat en decoulant—Vevenement ajoute par le processus d'augmentation lexicale). Chaque representation lexicale complexe de type distinct est la source d'une projection distincte des arguments par les regies de realisation canonique des arguments en syntaxe. L'interpretation de la nouvelle entree se fait par la composition de 1'information semantique idiosyncrasique associee au verbe avec la structure evenementielle complexe obtenue par Augmentation Lexicale. Dans ce qui suit, nous rappelons les grandes lignes de l'approche adoptee par ces chercheurs autour de ces deux entites, a savoir la structure evenementielle et l'information semantique idiosyncrasique associee au verbe, sur la base de Levin & Rappaport Hovav (2003), desormais L&RH, ce travail touchant largement aux verbes locatifs. 2.5.1. La structure evenementielle et la racine L&RH considere que 1'entree lexicale du verbe est composee de deux parties : une partie structurelle, definissant comme chez Pinker (1989) des types d'evenements et done de classes de verbes, et une partie idiosyncrasique, designee comme le Root 'la Racine', distinguant chaque verbe des autres. Cette conception bipartite du sens du verbe est d'autant plus justifiee que le lexique verbal est organise en classes semantiques coherentes et grammaticalement pertinentes. Pour L&RH, la structure evenementielle determine non seulement la classe semantique a laquelle les verbes appartiennent mais aussi les constructions au sein desquelles ils apparaissent. La structure evenementielle est encodee sous une forme abstraite, un schema evenementiel {event template). La representation des schemas evenementiels est basee sur la combinaison de predicats primitifs 49 paraphrases en ACT, BECOME, CAUSE, etc. Ainsi RH&L (1998a: 108) proposent les structures evenementielles suivantes selon le type ou la classe aspectuelle du verbe considered (29) a. [X ACT] (Activite) b. [X ] (Etat) c. [BECOME [X ]] (Achievement) d. [XCAUSE [BECOME [y ]]] (Accomplissement) e. [X ACT] CAUSE [BECOME [y J]\ (Accomplissement) Ce systeme de representations base sur les predicats primitifs illustre en (29) est issu de la decomposition semantique des predicats introduite tout d'abord en Semantique Generative (Lakoff 1965, 1976; McCawley 1968, 1973, entre beaucoup d'autres), et qui est maintenant largement adoptee en semantique lexicale et conceptuelle. D'autre part, les types aspectuels des verbes appeles activite, etat, achevement, et accomplissement correspondent a la classification proposee par Vendler (1957, 1967) . La classification des structures evenementielles des verbes en fonction des types aspectuels des verbes remonte a Dowty (1979)32. La combinaison de predicats primitifs designes par les verbes abstraits ACT, BECOME, CAUSE, STATE en (29) vehicule une partie du sens du verbe et correspond aux differents aspects de 1'interpretation que les constructionnistes attachent aux constructions dans lesquelles les verbes apparaissent. Comme dans l'approche proposee par Golberg (1995), rappelee plus haut, RH&L et L&RH adoptent egalement l'idee selon laquelle une autre partie du sens du verbe est idiosyncrasique, encodee dans l'entree lexicale du verbe lui-meme. Pour RH& L (1998a, b ) ; L&RH (2003), le sens idiosyncrasique d'un verbe constitue la partie du sens qui distingue ce verbe des autres verbes au sein d'une 31 Pour un resume un peu plus approfondi de revolution de ces deux notions, i.e. predicats primitifs et la classe aspectuelle de verbes, voir Achab (2006). 2 Dowty (1979) appelle Structures Logiques ce que L&RH (2003) appellent structures evenementielles. 50 meme classe semantique, sans pour autant qu'il intervienne dans le comportement grammatical du verbe en question. Dans les structures illustrees en (29) plus haut, cette partie idiosyncrasique, que les auteurs designent par Petiquette RACINE (ROOT) , correspond a des categories ontologiques, designees entre crochets dans les representations {, , , etc.). Elle contraint 1'association du verbe avec une structure evenementielle (par exemple, dans le cas de verbes denominaux, "Si N nomme un instrument, V signifie "utiliser cet instrument selon sa fonction" et la structure evenementielle associee sera x ACT" (L&RH 2003 :2)). La distinction que font L&RH n'est pas nouvelle car plusieurs travaux sur la semantique lexicale ont reconnu 1'importance de la bipolarite du sens du verbe, la terminologie adoptee pouvant changer d'un auteur a un autre. Ainsi, Grimshaw (1993) appelle structure semantique et contenu semantique ce que L&RH designent, respectivement, par structure evenementielle et RACINE. L'association entre la partie structurelle et la partie idiosyncrasique se fait via les regies de realisation canonique. Ces regies specifient la structure evenementielle de base associee au verbe sur la base du type ontologique de la racine qui lui est associee (L&RH 2003). Nous pouvons illustrer cette association entre la structure evenementielle du verbe et la Racine pour le verbe clean avec les schemas semantiques (30a) et (30b) ci-dessous, (30a) correspondant au type evenementiel general et (30b) a la representation de clean: (30). Clean a. [x ACT] CAUSE [BECOME [y ]]] b. [[x ACT] CAUSE [BECOME [y ]]] Les racines sont integrees dans le schema de structure evenementielle en tant qu'arguments d'un predicat, comme dans (30b) (CLEAN est argument de BECOME), Dans leurs travaux anterieurs, ce sens idiosyncrasique est appele 'constante' {constant) et 'sens de base' {core meaning). 51 ou bien en tant que modifieurs du predicat, comme dans (31b) et (3Id) ci-dessous, ou ceux-ci sont introduits sous forme d'indices.34 (31) a. John sprayed water on the flowers b. [x ACT yj CAUSE [BECOME [y AT ]] c. John sprayed the flowers with water d. [x ACT yj CAUSE [BECOME [z ]] Les racines contribuent a determiner le nombre et le statut des arguments/participants. Le fait qu'un verbe comme courir introduit un seul argument est considere comme un trait inherent ou idiosyncrasique de ce verbe. II en est de meme pour la relation thematique entre ce verbe et son argument. II en va de meme pour un verbe comme pound, qui selectionne deux participants (la personne qui frappe et la surface frappee), ou bien spray qui en selectionne trois (l'agent, le Locatum, et le Lieu). Pour ce qui de la realisation syntaxique des participants, c'est-a-dire en tant que Sujet, Objet direct, etc., une distinction est faite entre les participants qui realisent une position dans la structure evenementielle (arguments "structuraux" ou "evenementiels", correspondants aux variables individuelles non soulignees dans les structures evenementielles), et les arguments qui ne realisent pas une telle position. Les arguments evenementiels doivent obligatoirement recevoir une realisation syntaxique, un fait qu'elles attribuent a la Condition de realisation des arguments ('Argument realization Condition', p. 8), qui stipule qu'il doit y avoir un argument XP en syntaxe pour chaque participant evenementiel (structurel) de la structure evenementielle; les participants qui realisent une position dans la structure evenementielle sont ainsi legitimes par la structure evenementielle elle-meme. Les autres participants sont legitimes uniquement en tant que participants racines, et ce sont done de purs 34 La distinction entre les deux semble terminologique a premiere vue. CLEAN est une instance particuliere de STATE, tout comme SPRAY en est une de ACT. Inversement, si SPRAYest vu comme modifieur de ACT, CLEAN pourrait etre vu de maniere analogue comme modifieur de STATE. Comme plusieurs auteurs l'ont montre, notamment Hale & Keyser (2002), le contenu idiosyncratique de spray caracterise Pentite qui se deplace plutot que l'acte lui-meme, alors que celui de smear caracterise Facte (il s'agit d'une maniere d'agir de l'agent). Hale & Keyser exploitent cette difference pour expliquer le fait que spray a un emploi inaccusatif (il ne requiert pas d'agent) alors que smear n'en a pas. 52 arguments racines. Ces derniers correspondent aux variables soulignees dans (31b) et (3Id) plus haut. La realisation eventuelle des participants racines purs ne repose pas sur la necessite de legitimer structurellement P evenement, et il n'y a egalement pas d'exigence structurelle a leur realisation; ils peuvent en principe ne pas etre realises (c'est-a-dire rester implicites) ou etre realises de diverses manieres, selon les ressources lexicales et grammaticales offertes par la langue. 2.5.2. Evenement simple et evenement complexe RH&L (1998a, b) et L&RH (2002, 2003) distinguent entre deux types de structures evenementielles, les evenements simples et les evenements complexes. La structure evenementielle simple contient un seul evenement et un seul argument evenementiel; tout autre argument est legitime par la racine. La structure evenementielle complexe contient deux sous-evenements, chacun avec un argument evenementiel, dont le premier est realise comme sujet, et le second comme objet direct. Ces types de structures simple et complexes sont illustrees en (32a) et (32b) respectivement ((6) dans L&RH 2003:4)35. (32) a. Structure evenementielle simple : [X ACT (y_H b. Structure evenementielle complexe: [[X ACT] CAUSE [BECOME [Y ]]]) Dans l'approche de L&RH, cette distinction entre deux types de structures joue un role important dans le phenomene d'alternance. Les verbes dont la structure evenementielle de base est simple ont le potentiel pour alterner, tandis que ceux dont la structure evenementielle de base est complexe n'ont pas le potentiel d'alterner. La raison pour laquelle ces derniers n'ont pas ce potentiel reside dans le fait que le second sous-evenement, qui introduit un resultat, est impose lexicalement et ne peut etre remplace par un autre sous-evenement, le seul processus de modification reconnu des entrees lexicales etant celui de 1'Augmentation Lexicale. Ainsi, d'apres L&RH, l'alternance devient possible Ce schema simplifie certaines choses, puisque Pevenement peut avoir plus qu'un participant Racine pur, comme dans le cas de smear. 53 grace a 'Taugmentation de la structure evenementielle". Une entree lexicale d'evenement simple peut etre transformee en entree d'evenement complexe en l'augmentant d'un second sous-evenement resultatif, qui peut etre non verbal. Ce processus lexical d'augmentation est illustre ci-dessous en (33): ( 3 3 ) R u n = X ACT "> [x ACT] CAUSE [y ] Run his shoes threadbare = [x ACT CAUSE [his shoes ] Les verbes qui alternent sont ceux dont le sens est compatible avec deux types distincts d'augmentation: un type dont le resultat porte sur le Lieu final d'une entite (interpretation de transfert d'une entite), et un autre type dont le resultat porte sur l'etat du lieu final occupe par 1'entite situee. L&RH illustrent cela avec plusieurs classes de verbes, notamment ceux appeles 'verbes d'enlevement' (Removing verbs), qui expriment une activite dont le resultat typique est d'enlever quelque chose de l'endroit ou cette chose se trouvait. Parmi les verbes de ce type ont trouve un sous-ensemble des verbes de contact, comme wipe 'essuyer, effacer, nettoyer'. Une autre illustration est fournie par des verbes comme spray 'vaporiser, pulveriser' qui expriment une activite dont le resultat typique est au contraire l'addition d'une entite/substance a un objet, un lieu. Le verbe wipe n'a pas de composante de resultat, il a deux participants Racine dont Pun correspond a l'Agent et l'autre au Lieu selon L&RH. Cependant, seul le participant Agent est considere comme un argument evenementiel, qui doit obligatoirement etre realise, tandis que l'autre participant indiquant le Lieu peut en principe ne pas etre realise (la realisation de certains arguments racine est cependant parfois requise pour que le message soit informatif). Lorsque la structure evenementielle simple est augmentee par composition avec un autre predicat, ce dernier peut eventuellement legitimer un troisieme argument , comme le montre l'exemple (34b), avec sa structure evenementielle donnee en (35b), a contraster avec l'exemple (34a) et sa structure evenementielle simple representee en (35 a) : (34) a. John wiped the table clean II convient de noter que l'evenement complexe n'introduit pas necessairement un nouvel argument. Ce detail n'est cependant pas pertinent ici. 54 b. John wiped the crumbs off the table (35) a. Kelley wiped the table [X ACT Y] b. 'Kelly wiped the crumbs off the table [[X ACT Y]] CAUSE [BECOME [Z not at ]]]31 A partir du moment ou un verbe introduit trois arguments, dont deux sont necessairement non-acteurs, il y a une possibilite de flexibilite dans la realisation de Pobjet direct, et les deux arguments racine purs pourront en principe etre realises simultanement si la langue dispose des moyens linguistiques permettant l'expression de chacun. Ainsi, dans le cas de (35b), la preposition o^requiert la realisation du Locatum comme argument evenementiel du second sous-evenement (et done comme objet direct), le Lieu etant son complement (et argument racine pur). De maniere similaire, avec un verbe comme to smear (enduire, barbouiller), qui introduit trois participants, dont deux, ceux indiquant le Locatum et le Lieu, sont des arguments racine purs, la possibilite de realisation simultanee des deux arguments racine avec alternance dans la realisation de l'objet direct est assuree par l'existence de deux types de prepositions differentes associees au processus d'augmentation lexicale, soit une preposition de lieu, comme on (36a), qui prend le Locatum comme argument evenementiel et le Lieu comme complement, soit la preposition with (36b), qui prend le Lieu comme argument evenementiel et le Locatum comme complement . (36) a. John smeared mud on his face, b. John smeared his face with mud. Selon L&RH (2003 : 9), le verbe smear renseigne, fournit une information, sur la nature de la substance manipulee dans Pevenement, et sur la maniere dont l'agent la manipule mais pas sur le Lieu. Le resultat de l'activite denotee par ce verbe peut etre envisage sous deux perspectives, l'une presentant le Locatum etale Pour des raisons de coherence, Place devra etre interprets comme realisant Y, l'endroit essuye. 38 En fait, dans ce cas-ci, il n'est pas clair que l'on se trouve devant un cas d'augmentation de type resultatif au sens telique. 55 sur un Lieu , l'autre l'occupation du Lieu par le Locatum, qui est une consequence naturelle de cet etalement. On peut voir ici comment les idees de Pinker (1989) concernant la possibility de "Gestalt shift" et la capacite de predire les consequences de certaines actions peuvent se combiner avec celles de L&RH : Taction d'etaler quelque chose quelque part permet de predire que ce quelque part va etre couvert par l'entite etalee. Cette approche peut s'appliquer egalement au verbe spray bien qu'il ne soit pas clair si ce verbe est associe a trois arguments, puisqu'il est aussi utilise sans Agent (inaccusatif) comme dans 'water sprayed on me\ ou seul le Locatum peut etre argument direct. II faut dire que si la discussion de L&RH sur l'augmentation est tres claire dans le cas du verbe wipe, elle est moins detaillee dans le cas de verbes comme spray. Selon L&RH les verbes indiquant le moyen ou la maniere ont generalement une structure evenementielle simple, comme les verbes denominaux derives de noms d'instruments, alors que les verbes de resultat ont une structure evenementielle complexe. Pour resumer, L&RH insistent sur le fait que ce sont les proprietes de la racine qui determinent si l'augmentation de la structure evenementielle va dormer lieu a des alternances de construction. Les verbes dont la racine denote un moyen ou une maniere et qui designent des proces pouvant etre concus comme menant a plusieurs types de resultats, en particulier le deplacement d'un Locatum ou un changement d'etat du Lieu du fait de la presence d'un Locatum situe par rapport a lui {'smear, spray'), ont le potentiel pour eventuellement alterner. Un autre de leurs exemples ici est celui du verbe sew. Le verbe sew a une racine qui permet de multiples alternances puisqu'il peut etre utilise pour designer des proces permettant la creation d'un objet, de couvrir une surface, d'attacher des choses, etc. Par ailleurs, un verbe dont la racine decrit un moyenlxme, maniere mais qui est utilise pour obtenir un resultat tres specifique comme le verbe to vacuum (aspirer) ne va pas montrer une gamme d'alternances d'objet. L&RH concluent done que e'est 1'association (heureuse) entre la racine avec plus d'une structure evenementielle qui produit l'alternance: en ce sens, l'approche est 39 Et ce, peu imports si le Locatum se trouvait deja sur le Lieu en question. 56 constructionniste, au niveau lexical. Cependant, cette association ne se fait pas arbitrairement, dans la mesure ou elle reflete des regies cognitives generates. En somme, 1'augmentation du schema de la structure evenementielle ouvre non seulement une possibilite pour Palternance mais aussi permet d'expliquer le sens apparemment multiple du verbe. Cependant, bien que la simplicite de la structure evenementielle simple soit necessaire pour l'alternance, elle n'est toutefois pas suffisante, puisqu'il existe des verbes qui ont une structure evenementielle simple mais qui n'alternent pas (to read et to push). De tels verbes n'alternent pas car ils ne menent pas a une variete de resultats conventionnellement associes a l'activite causatrice (L&RH 2003:10). Pour resumer, L&RH proposent une approche de Falternance d'objet qui se veut unifiee. Elles suggerent que l'alternance est une consequence du fait qu'une structure evenementielle simple, qui n'impose pas structurellement la realisation de la position d'objet direct, peut eventuellement etre sujette a un processus d'Augmentation Lexicale. Le verbe participe aussi de facon active a l'alternance dans la mesure ou les differentes alternances possibles refletent la variabilite des types de resultats qui decoulent de l'activite exprimee par le verbe. 2.6. Conclusion Toutes les approches que nous avons examinees essayent de rendre compte du phenomene d'alternance de construction, en particulier de 1'alternance locative, en etablissant un lien entre l'information semantique du verbe et la structure au sein de laquelle celui-ci apparait. Dans ce qui suit, nous presenterons une discussion breve des diverses approches que nous avons resumees et que nous allons adopter dans le cadre de ce travail pour 1'analyse du phenomene d'alternance en arabe marocain et en arabe standard dans les chapitres ulterieurs Les approches presentees peuvent etre vues comme complementaires dans la mesure ou, mises ensemble, elles permettent un discernement des differents aspects impliques dans ce phenomene d'alternance locative. L'hypothese de Levin et Rappaport Hovav basee sur l'idee selon laquelle les verbes alternants ont une structure evenementielle simple rend possible, si elle se confirmait, de deriver 57 des structures plus complexes par 1'addition d'un resultat. De son cote, Pinker (1989) propose une vision qui permet, dans beaucoup de cas, de prevoir si le verbe peut alterner si Ton peut predire un resultat specifique typiquement associe a l'activite, au type de deplacement. Enfin, retenons aussi l'idee generate des grammaires de construction qui nous parait interessante a explorer car elle restreint les entrees lexicales. Considered sous un certain angle, l'approche de L&RH peut etre qualifiee de constructionniste car elle fait une distinction entre une structure evenementielle, laquelle, dans les faits, correspond a la representation semantique que les constructionnistes tels que Goldberg, entre autres, associent a la representation syntaxique, et a l'information semantique idiosyncrasique du verbe qui doit pouvoir etre integree a la structure evenementielle, et etre compatible avec 1' interpretation des autres arguments realises syntaxiquement. 58 Chapitre 3 Verbes Locatifs en arabe marocain et en arabe standard 3.0. Introduction Le present chapitre est consacre aux verbes locatifs en arabe marocain (AM dorenavant) et en arabe standard (AS dorenavant). Nous allons identifier, classer et examiner le comportement syntaxique et semantique de ces verbes en comparaison avec l'anglais dans le but d'avoir une idee preliminaire sur la gamme des differences mais aussi des similarites interlinguistiques entre ces trois langues. Nous degagerons ainsi les verbes ayant la possibilite d'alterner et ceux qui sont d6pourvus d'une telle possibilite, done restreints a la variante standard ou croisee. Ce faisant, nous essaierons de degager les affinites ainsi que les differences syntaxiques et semantiques entre l'anglais et l'arabe d'une part et entre les deux variantes de l'arabe d'autre part. Bien que la discussion soit basee sur un echantillon de verbes pour chaque classe semantique pertinente, une liste de verbes est donnee en appendice (1, 2, 3, 4, 5 et 6). Ces verbes sont classes en fonction des proprietes semantiques degagees lors de la discussion. Sur le plan semantique, les verbes locatifs peuvent etre classes en deux groupes. Ainsi, en anglais par exemple, nous avons d'une part des verbes comme to spray 'vaporiser, pulveriser', to load 'charger', et to smear 'barbouiller', qui indiquent l'ajout ou le deplacement de quelque chose. D'autre part, nous avons des verbes comme to empty 'vider', to wipe 'essuyer', qui indiquent Penlevement d'un contenu ou d'une substance d'un contenant, d'un lieu. Nous restreignons la presente etude a la premiere classe de verbes, que nous appelons desormais verbes d'ajout. Dans ce qui suit, nous tentons de cerner les similitudes et les differences entre les langues considerees, en prenant toujours comme point de depart les verbes anglais qui servent d'exemple et qui font l'objet de comparaison. L'anglais est la principale langue de comparaison, car ce sont les donnees de cette langue 59 qui ont fait Pobjet des observations les plus detaillees. La ou la comparaison avec le fran9ais est fructueuse, des exemples de cette langue sont egalement introduits. L'organisation du present chapitre est comme suit. Dans la Section 3.1., nous contrastons certains verbes en anglais et dans les deux variantes de Parabe. Ces donnees seront exploiters plus tard, dans la Section 3.5., en vue d'isoler les proprietes semantiques et syntaxiques specifiques a l'AM et a l'AS. Dans la Section 3.4., nous presentons les etudes ayant traite des verbes locatifs en arabe. Dans la Section 3.4 nous presenterons certaines conclusions que l'examen semantique et syntaxique de l'echantillon de verbes aura permises. 3.1. Les verbes locatifs en anglais et dans les deux variantes de l'arabe (AM et AS) Dans cette section, nous contrastons certains verbes anglais et leurs equivalents dans les deux variantes de l'arabe. Les donnees seront presentees de facon a mettre en relief les affinites ainsi que les differences entre les langues considerees. Nous commencons d'abord par les verbes non-alternants (§ 3.1.1.) Les verbes restreints a la construction standard sont traites dans §3.1.1.1, tandis que ceux qui sont restreints a la construction croisee sont traites dans § 3.1.1.2. Finalement, les verbes qui alternent seront presenter dans § 3.1.2. 3.1.1. Les verbes non-alternants 3.1.1.1. Les verbes non-alternants Figure (standard) Les verbes locatifs anglais restreints a la variante standard sont exemplifies a l'aide des verbes to place 'placer, deposer' (1) et to pour 'verser' (2) ci-dessous : (1) a. John placed the books on the shelf b. * John placed the shelf with books (2) a. John poured the water into the cup b. * John poured the cup with water 60 Les equivalents en AM des verbes anglais to place et to pour sont, respectivement, hett et keb1. Comme en anglais, ces verbes n'alternent pas en AM comme le montrent les exemples suivants : (3) a. Ibrahim hett 1-hwayej ,?,la r-reff Ibrahim a depose les vetements sur b. *Ibrahim hett r-ref Ibrahim a depose Petagere 'Ibrahim a depose/place les vetements sur l'etagere.' (4) a. Ibrahim keb 1-ma Ibrahim a verse l'eau 'Ibrahim a verse l'eau dans le verre.' b. * Ibrahim keb 1-kas Ibrahim a verse le verre Les equivalent en AS des verbes anglais to place et to pour sont, respectivement, Wadaia et §abba. A Pinstar de PAM et de Panglais, ces equivalents n'alternent pas non plus, comme le montrent les exemples suivants : (5) a. Wadaia Ibrahim-o 1-malabis-a ^ala r-raff-i A depose Ibrahim les vetements sur l'etagere 'Ibrahim a depose les vetements sur l'etagere.' b. * Wadaia Ibrahim r-raff-a bi- 1-malabis-i A depose Ibrahim Petagere de vetements 'Ibrahim a depose l'etagere de vetements.' (6) a. sabba Ibrahim-u 1 -maaa-a fi 1 -kuub-i A verse Ibrahim l'eau dans le verre 'Ibrahim a verse l'eau dans le verre.' fa­ de Petagere 1-hwayej les vetements ' ' f- dans fa­ de 1-kas le verre 1-ma l'eau Suivant la tradition chez les arabisants, les verbes en arabe sont presentes a l'aspect accompli car il n'existe pas de forme infinitive dans cette langue. Pour les exemples ou il n'y a pas de traduction equivalente appropriee en bon francais nous nous sommes contente de la glose. 61 b. *sabba Ibrahim-u 1-ukuub-a bi- 1- maaa-i Averse Ibrahim leverre de l'eau A l'instar des donnees de l'anglais (1) et (2) et de l'AM (3) et (4), les verbes wadaia/§abba en AS peuvent seulement avoir Pargument Figure (Correlat du Lieu) en position d'objet direct. Une liste de verbes se comportant comme wadaia/§abba est donnee en appendice 1 et 2. 3.1.1.2. Les verbes non-alternants Ground (croises) En anglais, les verbes restreints a la variante croisee sont exemplifies en (7) et en (8) a l'aide des verbes to cover 'couvrir' et to adorn 'orner', respectivement: (7) a. John covered the hay with a tarpaulin b. * John covered a tarpaulin on the hay (8) a. They adorned the theatre with lights, b. "They adorned lights in the theatre. Les equivalents en AM des verbes anglais to fill et to adorn sont, respectivement, geta et zewweq, exemplifies en (9) et en (10) ci-dessous: (9) a. geta Rayan s-srir bi- 1-izar A couvert Rayan le lit de le drap 'Rayan a couvert le lit d'un drap.' b. *geta Rayan 1-izar fewq s-srir A couvert Rayan le drap sur le lit (10) a. Zewq-u s-sala b- d-dow (lis) ont embelli le salon de les lumieres 'lis ont embelli le salon de lumieres.' b. *Zweq-u d-dow f- s-§ala (lis) ont embelli les lumieres dans le salon A l'instar des donnees de l'anglais (7) et (8) les verbes geta et zewweq en AM ont la construction Ground (1 lb), mais pas la construction Figure (10a). Une liste de verbes se comportant comme geta/zweq est donnee en appendice 3 et 4. Les equivalents des verbes anglais to cover et to adorn en AS sont, respectivement, gataa et zayana, exemplifies en (11) et en (12) ci-dessous: 62 (11) a. gattaa Rayan a s-sarirbi- 1-lihaf A couvert Rayan le lit de une couverture 'Rayan a couvert le lit d'un drap.' b. * gattaa Rayan 1-lihaf-a fawqa as-sarir-i A couvert Rayan la couverture sur le lit (12) a. *Zayyan-u 1-adwaa-a fi- 1-masrah-i (lis) ont embelli les lumieres dans le theatre b. Zayyan-u 1-masrah-a bi 1-adwas-i (lis) ont embelli le theatre de les lumieres 'lis ont embelli le theatre de lumieres.' Comme dans la situation precedente, les verbes gataa 'couvrir' et zayyana 'embellir' en AS permettent seulement la construction croisee ((lib) et (12b)), mais pas la construction standard ((11a) et (12a)), a l'instar des donnees de Panglais (7) et (8) et de l'AM (9) et (10). Une liste de verbes en AS se comportant comme gataa/zayyana est donnee en appendice 3 et 4. 3.1.2. Les verbes alternants Figure/Ground Dans cette section nous presentons les verbes alternants. A titre de rappel, les verbes alternant sont des verbes pouvant apparaitre dans deux constructions, a savoir la construction standard et la construction croisee. Pour l'anglais, nous illustrons cette classe a l'aide des verbes to spray 'vaporiser, pulveriser', to load 'charger' et to spread 'etaler, propager' exemplifies en (13), (14) et (15), respectivement, ci-dessous (les exemples anglais proviennent de Pinker (1989)). (13) a. Irv sprayed water onto the flowers b. Irv sprayed the flowers with water (14) a. John loaded the hay into the wagon b. John loaded the wagon with hay (15) a. John spread rugs on the floor b. John spread the floor with rugs Les exemples (13a), (14a) et (15a), represented la variante Figure, tandis que les exemples (13b), (14b) et (15b), represented la variante croisee. Les 63 equivalents en AM des verbes anglais to spray, to load, et to spread sont, respectivement, ress 'vaporiser', charja 'charger', Q\ ferres 'etendre' exemplifies respectivement en (16), (17) et (18): (16) a. Ibrahim ress 1-ma <<,la- z-zre^, Ibrahim a vaporise l'eau sur/dans lesplantes 'Ibrahim a vaporise l'eau sur les plantes.' b. Ibrahim ress z-zre£ b- 1-ma Ibrahim a vaporise les plantes de l'eau 'Ibrahim a vaporise les plantes d'eau.' (17) a. Ibrahim sarja t-tben ^la-1-keroossa Ibrahim a charge le foin sur le chariot 'Ibrahim a charge le foin dans le chariot.' b. Ibrahim sarja l-keroossa Ibrahim a charge le chariot 'Ibrahim a charge le chariot de foin.: (18) a. Rayan ferres 1-moket Rayan a etendu le tapis 'Rayan a etendu le tapis sur le plancher.' b. Rayan ferres 1-ard Rayan a etendu le plancher de 'Rayan a couvert le plancher avec / d'un tapis.' Ces exemples montrent que les equivalents en AM des verbes anglais to spray, to load, et to spread alternent; ils entrent dans la construction standard et la construction croisee. Une liste de verbes alternants en arabe est donnee en appendice 5 et 6. b- de 0* sur / I . b- t-ben le foin 1-ard le plancher 1-moket la moquette Le verbe sarja est un emprunt au francais, morphologiquement integre a l'arabe marocain. En AS Pequivalent au verbe 'load' est hammal qui est utilise en AM de facon marginale. 64 Les equivalents en AS des verbes anglais to load, to spray, to spread, et to stuff sont rassa 'vaporiser, arroser', hammala 'charger' eX farrasa 'etendre' tels qu'exemplifies en (19), (20) et (21) ci-dessous, respectivement: (19) a. Rassa Ibrahim-o l-maas-e (II) a vaporise Ibrahim l'eau 'Ibrahim a vaporise l'eau sur les plantes.' fawqa z-zar^-I sur les plantes b. Rassa Ibrahim-o z-zaraa-a (II) a vaporise Ibrahim les plantes 'Ibrahim a vaporise les plantes d'eau.' (20) a. hammala Ibrahim-o 1-qass-a (II) a charge Ibrahim le foin 'Ibrahim a charge le foin sur le camion.' b. hammala Ibrahim-o 1-^araba-ta (II) a charge Ibrahim le camion 'Ibrahim a charge le camion de foin.' (21) a. Farrasa4 Rayan 1-hasira-ta (II) a etendu Rayan le tapis 'Rayan a etendu le tapis sur le plancher. b. Farrasa Rayan 1-ard-a (II) a etendu Rayan le plancher 'Rayan a couvert le plancher d'un tapis.' Comme leurs equivalents en anglais et en AM vus plus haut, les verbes, rassa 'vaporiser, arroser', hammala 'charger' et farrasa 'etendre' en AS alternent entre bi de fawq-a sur bi de £ala sur bi­ de 1-maaa-i l'eau l-,?,araba-ti le camion 1-qass-i le foin 1-ard-i le plancher 1-hasira-ti le tapis Le verbe farasa ou farrasa est traduit en francais par le verbe etendre dans la construction standard et par couvrir dans la construction pour rendre compte des differents sens de ce verbe en arabe ainsi que sa possibility d'alterner avec la construction standard contrairement au verbe francais etendre. Le dictionnaire arabe francais (T2: 570) donne les traductions suivantes. Faras : 1. Etendre quelque chose par terre comme un tapis, etendre un tapis, une narte ou un matelas pour quelqu'un, 2. couvrir le sol de quelque chose, tapisser ou paver le sol, le plancher, de quelque chose, du sol (bi-) de la ch. 3. Aplanir (...). 65 les deux constructions standard et croisee. Une liste de verbes se comportant comme ces verbes est donnee en appendice 5 et 6. Nous venons de voir un echantillon de verbes locatifs alternant (§ 3.1.1.2.) et non alternants (§ 3.1.1.1.) en AM et en AS, se comportant de la meme facon que leurs equivalents anglais eu egard a Palternance locative. Dans les trois langues, les verbes ainsi considered affichent la meme permutation argumentale, les memes fonctions grammaticales, a l'exception du cas morphologique, qui est une caracteristique de l'AS mais pas de l'AM. Ces verbes ont trois arguments : un argument externe (sujet), qui cause le deplacement ou le changement de l'etat du lieu, et deux arguments internes, dont l'un est objet direct et 1'autre objet oblique introduit par une preposition. Les deux arguments internes apparaissent alternativement dans la position d'objet direct et dans la position d'objet oblique. Dans la construction standard (22), c'est l'argument direct (Theme, Locatum) qui apparait dans la position objet. Inversement, c'est l'argument oblique (Lieu, But) qui apparait dans la position objet dans la construction croisee (23) (cf. Mahmoud 1999 : ex. (8), (9)). Argument 1 Sujet (Agent) Argument 1 Sujet (Agent) Argument 2 Obj direct (Theme) Argument 2 Obj direct (Lieu) Argument 3 Obj de Prep (Lieu) Argument 3 Obj de Prep (Theme) Cependant, ceci ne signifie aucunement que tous les verbes appartenant a la meme classe semantique se comportent de facon similaire dans les trois langues. Bien au contraire, il existe des verbes appartenant a la meme classe semantique, mais qui se comportent differemment dans ces trois langues. Ces verbes ne revelent pas seulement des differences entre l'anglais et Parabe (AS et AM), mais aussi celles entre l'AM et l'AS. C'est ce que nous allons voir dans la section qui suit. 66 3.2. Variations interlinguistiques. Dans cette section, nous considerons les differences entre ces trois langues concernant des verbes appartenant a la meme classe semantique. Nous commencons d'abord par considerer les differences entre l'anglais et les deux variantes de l'arabe (§ 3.2.1) avant de passer aux differences interdialectales entre l'AM et l'AS (§ 3.2.2). 3.2.1. Variation entre l'anglais et l'arabe (AM et AS) Dans cette section, consacree aux differences entre l'anglais et l'arabe, nous allons considerer les verbes qui alternent en anglais mais pas en arabe (§ 3.2.1.1), et, inversement, les verbes qui alternent en arabe mais pas en anglais (§ 3.2.1.2). Les variations entre AM et l'AS seront presentees dans (§ 3.2.1.3). 3.2.1.1. Verbes alternant en anglais mais pas en arabe Parmi les verbes locatifs qui alternent en anglais mais pas en arabe (AS et AM confondu), nous pouvons mentionner les verbes comme to pile 'empiler' (exemples (24) ci-dessous, de Pinker 1989:38)5 et to scatter 'eparpiller, dispersed (exemples (25) ci-dessous)6 : 5 Les exemples avec la variante Ground ne sont pas des cas isol6s, ils sont courants dans des phrases du style (i)-(iii), dont la source est donnee a la fin de chaque exemple: (i) I love baked potatoes piled with salsa! (http://www.vegsource. com/talk/fatfree/messages/216.html) (ii) Verena brought some scrambled eggs, and he piled his plate with them. (www.worldwideschool.org/library/books/lit/romance/Summer/chap7.html) (iii) He piled the wagon with ruined electronics: a stack of VCRs, about a dozen cordless phones; two or three boom boxes; thousands of knobs, wires, ...( www.elizabethsims.com/LSchapterl.shtml) 6 Meme chose avec le verbe to scatter dont nous trouvons les exemples suivants: (i) Then pour the sauce all over the chicken and scatter with the sprigs of tarragon. (http://www.resto.lu/ recettes.cfm?displayYear=2005&displayMonth=l&id=l 986) (ii) Take: one supermodel, Pandora; a Bedouin Sheikh, Faisal; a flash but fashionable editorial team slowly freaking behind their dark Gucci sun glasses; stir them together in a bowl of oily Russian mafia intrigue; cook slowly under the Syrian Desert sun for a fortnight; scatter with emeralds, and serve. Promotional. N° de ref. du libraire 003246 (http://www.amazon.co.uk/Sand-Slingbacks-Georgina-Newbery/dp/0751528218) (iii) Green's description of England's complicated legal system is clear and concise, and he scatters it with quaint excerpts from actual legal documents. (faculty.goucher.edu/eng330/ annotated_chaucer_bibliographies.htm - 513k) 67 (24) a. John piled books on the table, b. John piled the table with books. (25) a. The farmer scattered seeds onto the field, b. The farmer scattered the field with seeds. Les equivalents en AM des verbes to pile et to scatter sont, respectivement, lerrem 'empiler' et derra 'semer.' Contrairement a 1'anglais, ces verbes ont seulement la construction Figure comme les montrent les exemples (26) et (27), respectivement: (26) a. ^errem 1-hwayej «<,el 1-ard (II) a entasse les vetements sur le plancher 'II a entasse les vetements sur le plancher.' b. *£errem 1-ard b- 1-lhwayej (II) a entasse le plancher de les vetements 'II a couvert le plancher de vetements.' (27) a. L-felaah derra 1-hebb ^la 1-ard Le fermier a eparpille les graines sur la terre 'Le fermier a seme les graines dans le champ.' b. *L-felaah derra 1-ard b- 1-hebb Le fermier eparpille la terre de les graines 'Le fermier a seme le champ de graines.' Les equivalents en AS des verbes to pile et to scatter sont, respectivement, kaddasa 'empiler' et nadara 'eparpiller.' Contrairement a l'anglais, et comme en AM, ces verbes ont seulement la construction standard comme les montrent les exemples (28) et (29), respectivement: (28) a. kaddasa 1-malabis-a ^ala 1-ard-i (II) a entasse les vetements sur le plancher 'II a entasse les vetements sur le plancher.' b. *kaddassa 1-ard-a bi- 1-malaabis (II) a entasse le plancher de les vetements 'II a couvert le plancher de vetements.' 68 (29) a. NaGara 1-falaah-o 1-habb-a fi- 1-haql-i (II) a eparpille le fermier les graines dans le champ 'Le fermier a seme les graines dans le champ.' b. *Na9ara 1-falaah-o 1-haqla bi- 1-habb (II) a eparpille le fermier le champ de les graines 'Le fermier a seme le champ de graines.' Notons que les equivalents de to pile et to scatter en francais, soit emptier, entasser, amonceler pour le premier, et eparpiller, disperser pour le second, ne permettent egalement que la construction standard. On peut done conjecturer que l'anglais temoigne de plus de liberte que l'arabe et le francais (et les autres langues romanes en fait). Nous reviendrons sur ces differences avec plus de details dans la section (3.5). 3.2.1.2. Verbes alternant en arabe mais pas en anglais Parmi les verbes qui alternent en arabe mais normalement pas en anglais nous pouvons citer les verbes to fill, et to coil/to wind. En anglais, ces verbes sont restreints a la variante croisee comme le montrent les exemples ci-dessous. (30) a. *He filled the water into the glass b He filled the glass with water (31) a. He coiled the chain around the pole b. *He coiled the pole with the chain L'equivalent du verbe to fill en AM est lemmer, qui alterne dans certains cas seulement, comme dans Pexemple ci-dessous . (32) a. ^emmer 1-ma f- 1-kas (II) a rempli l'eau dans le verre 'II a verse (litt. rempli) l'eau dans le verre.' Nous reviendrons aux verbes de type to fill en AM, en AS dans le Chapitre 4 avec plus de details. 69 b. ^emmer 1-kas b- 1-ma (II) a rempli le verre de l'eau 'II a rempli le verre d'eau.' L'equivalent du verbe to coil/to wind en AM semble etre le verbe /ej^lequel, contrairement au premier, permet aussi bien la construction standard que la construction croisee comme le montrent les exemples ci-dessous. (33) a. leff 1-hbel ,^la kersu (II) a entoure la corde autour sa taille 'II a entoure la corde autour de sa taille.' b. leff kersu b 1-hbel (II) a entoure sa taille de la corde 'II a entoure sa taille d'une corde.' L'equivalent du verbe to fill en AS est malada. Contrairement a lemmer en AM, ce verbe est restreint a la variante croisee en AS comme le montrent les exemples suivants : (34) a. *Malaaa Ibrahim-o 1-maas-a fi- 1-kass-i A rempli Ibrahim l'eau dans le verre 'Ibrahim a rempli le verre d'eau.' b. Malasa Ibrahim-o 1-kaas-a bi -1 maas-i A rempli Ibrahim le verre de l'eau 'Ibrahim a rempli le verre d'eau.' L'equivalent du verbe to coil en AS est lajfa. Comme pour l'AM leff, et contrairement a 1'anglais to coil, ce verbe est utilise dans les deux variantes comme le montrent les exemples suivants : (35) a. laffa 1-habl-a hawla xa§ira-tih (II) a entoure la corde autour sa taille 'II a mis la corde autour de sa taille.' b. laffa xasira-ta-hu bi 1-habl-i (II) a entoure sa taille de la corde 'II a entoure sa taille d'une corde.' 70 Rappelons que les verbes du type lemmer seront traites de facon plus approfondie dans le Chapitre suivant. 3.2.2. Variations entre l'AM et l'AS Dans cette sous-section, nous presentons les verbes alternant en AM mais pas en AS, et vice versa. 3.2.2.1. Verbes alternants en AM mais pas en AS Outre le verbe lemmer qui alterne en AM et non en AS, les verbes dhen 'graisser', et tla 'enduire' alternent en AM comme le montrent les exemples (36), et (37) ci-dessous, respectivement: (36) a. Lbent dhen-at z-zit f- t-tawa La fille a enduit Phuile dans le plat de four 'La fille a mis l'huile sur le plat.' b. Lbent dhen-at t-tawa b- z-zit La fille a enduit le plat de four de l'huile 'La fille a enduit le plat d'huile/a graisse le plat avec de l'huile.' (37) a. Lbent tla -t 1-henna f- s-s^er-ha La fille a enduit le henne dans les cheveux 'La fille s'est mis du henne sur les cheveux.' b. L-bent tla-t s-s^er-ha b- 1-henna La fille a enduit les cheveux de henne 'La fille a enduit ses cheveux de henne.' Les equivalents en AS des verbes marocains dhen 'graisser', et tla 'enduire' exemplifies plus haut sont, respectivement, dahana, et tola. Contrairement a la situation en AM, ces verbes n'alternent pas en AS comme le montrent les exemples donnes en (38), et (39) ci-dessous, respectivement: (38) a. * Dahana z-zayt-a ^ala s-sa^r-ih (II) a enduit l'huile sur ses cheveux 'II a mis (litt. graisse, enduit) l'huile sur ses cheveux.' 71 b. Dahana ssa^r-aho bi- z-zayt-i (II) a enduit ses cheveux de l'huile 'II s'est enduit les cheveux d'huile.' (39) a. *talaa 1-hinas-a <<,ala l-ba<<,iir-u8 (II) a enduit onguent9 sur 1'animal 'II a enduit la graisse sur 1'animal.' b. talaa al ba<<,iir-a bi- 1-hinas-i (II) a enduit 1'animal de le onguent 'II a enduit 1'animal (chameau) de goudron.' Comme nous avons pu le constater, les verbes dahana, et tola en AS sont restreints a la variante croisee contrairement a la situation pour les verbes dhen 'graisser', et tla 'enduire' en AM illustres plus haut. 3.2.2.2. Verbes alternants en AS mais pas en AM Sauf erreur de notre part, il n'y a pas de verbes alternants en AS qui n'alternent pas en AM. Ceci peut suggerer que 1'alternance locative en AM, est plus liberate qu'en AS. 3.3. Conclusion Dans cette section nous avons distingue entre trois grandes classes de verbes locatifs, a savoir les verbes alternants, les verbes non-alternants Figure, et les verbes non-alternants Ground, distinction qui est commune aux trois langues. Nous avons pu constater que certains verbes locatifs ont le meme comportement vis-a-vis de 1'alternance locative dans les trois langues considerees, tandis que d'autres manifestent des divergences de comportement. Ce qu'il faut retenir, c'est que les differences ne sont pas limitees a la comparaison entre 1'anglais et l'arabe mais aussi entre les deux variantes de l'arabe. Ces divergences sont neanmoins plus importantes dans le premier cas que dans le second. Nous recapitulons ces °AEL: 1875 Le hinae est une sorte d'onguent avec lequel on enduit la peau de chameau (goudron vegetal, a base de feuilles d'arbres et de racines. 72 differences de comportement dans le tableau ci-dessous, base sur la classification etablie par Pinker (1989): 3.3.1. Les verbes qui alternent (en anglais mais pas necessairement en arabe) Les sous-classes 1. smear 2.Pile 3. Spray 4. Scatter 5. Stuff 6. Load English Figure Figure Figure Figure Figure Figure Ground Ground Ground Ground Ground Ground AM Figure Figure Figure Figure Figure Figure Ground Ground Ground Ground Ground Ground AS Figure Figure Figure Figure Figure Figure Ground Ground Ground Ground Ground Ground 3.3.2. Les verbes non alternants Figure: 7. Pour 8. Coil 9. excrete Figure Figure Figure Ground Ground Ground Figure Figure Figure Ground Ground Ground Figure Figure Figure Ground Ground Ground 3.3.3. Les verbes non alternants Ground: 10. Fill 11. Adorn 12. Soak 13. Block 14. Riddle Figure Figure Figure Figure Figure Ground Ground Ground Ground Ground Figure Figure Figure Figure Figure Ground Ground Ground Ground Ground Figure Figure Figure Figure Figure Ground Ground Ground Ground Ground 3.4. Les etudes sur l'arabe Dans cette section nous resumons les etudes faites sur l'arabe, pour les differents types de verbes locatifs vus precedemment. Signalons d'emblee que, malheureusement, ces donnees en arabe n'ont pas ete suffisamment explorees comparativement aux langues romanes ou germaniques par exemple. Nous avons repertorie 3 etudes, que nous rappellerons, et qui sont Mahmoud (1999), Fareh & Hamdan (2000), et Ennamsaoui (2003). 73 3.4.1. Mahmoud (1999) Mahmoud (1999) propose une etude comparee des verbes locatifs d'ajout en anglais et en AS. Parmi les objectifs de l'auteur, celui de mettre en evidence les criteres conditionnant la realisation syntaxique des verbes locatifs en vue de cerner les differences entre les langues examinees est central. Ces criteres, selon l'auteur, pourront contribuer a faciliter le choix des verbes dans la traduction de l'anglais vers l'arabe. En se basant sur deux criteres qui sont l'optionalite de SP (syntagme prepositionnel) et la formation du gerondif, il fait une classification regroupant les verbes locatifs anglais et leur equivalents en AS en trois classes : (i) les verbes alternant comme le verbe anglais to spray 'vaporiser, pulveriser'; (ii) les verbes restreints a la variante standard comme to pour 'verser'; et, enfin, (iii) les verbes restreints a la variante croisee comme to fill 'remplir.' Dans ce qui suit, nous essayons de resumer les arguments avances par l'auteur pour justifier la classification qu'il propose sur la base des deux criteres mentionnes, a savoir l'optionalite de SP (syntagme prepositionnel) et la formation du gerondif. Comme cela a ete rappele par Mahmoud, les deux variantes locatives des verbes alternants (voir § 3.1. plus haut) se distinguent sur le plan semantique. La variante croise/Ground implique que Taction affecte l'argument objet direct {location) dans son integralite, ce qui ne veut pas dire que chaque point du Lieu est occupe, comme l'a bien montre Jackendoff (1990). Cette interpretation, dite holistique, n'est pas disponible avec la variante standard/Figure. Dans ce dernier cas, Taction peut affecter Tobjet direct (Locatum) que partiellement. Traditionnellement, on appelle partitive cette interpretation partielle, par opposition a T interpretation holistique associee a la variante croisee/Ground. Partant de cette distinction, Mahmoud (1999) voit un lien entre la possibilite pour un verbe d'avoir la variante croisee avec bi-NP d'une part, et la disponibilite de Tinterpretation holistique d'autre part. Ainsi, tandis que les verbes alternants ((40) et (41) ci-dessous), tout comme les verbes non-alternants restreints a la variante with-NP ((42) et (43) ci-dessous) ont Tinterpretation holistique (dans la construction croisee, evidemment), les verbes non-alternants restreints a la 74 variante a preposition locative on/into-NP ((44) et (45) ci-dessous) ne permettent pas cette interpretation. (40) a. John sprayed water on the wall, b. John sprayed the wall with water (41) a. John loaded the hay on the cart b. John loaded the cart with hay (42) a. John covered the body with a blanket b. * John covered the blanket over the body (43) a. John filled the cup with water b. * John filled the water into the cup (44) a. John put the books on the shelf b. * John put the shelf with books (45) a. John poured the water into the cup b. * John poured the cup with water Mahmoud souligne le fait que les equivalents en AS des verbes anglais exemplifies en (40)-(45) plus haut se component de la meme facon qu'en anglais par rapport a l'alternance, et encodent egalement l'opposition holistique / partitive. Les equivalents en AS des exemples (40)-(45) plus haut sont donnes en (46-51) ci-dessous a partir de Mahmoud (1999)). (46) a. Rassa ahmad-u 1-maa? -a ala al-haa?it-i Sprayed Ahmad-Nom the-water-Acc on the-wall-Gen 'Ahmad sprayed water on the wall ' b. Rassa ahmad-u al-haa?i-a bi-l-maa?-i Sprayed Ahmad-Nom the-wall -Ace with-the -water-Gen 'Ahmad sprayed the wall with water.' (47) a. hammala ahmad-u 1-qass-a ala-1-arabat-i loaded Ahmad-Nom the-hay -Ace on the-cart -Gen 'Ahmad loaded the hay on the cart.' b. hammala ahmad-u 1- arabat-a bi-1 -qass -i Loaded Ahmad-Nom the-cart -Ace with- the -hay -Gen 'Ahmad loaded the cart with hay.' 75 (48) a. atta ahmad-u t-tifl -a bi-1 -battaniyyat-i Covered Ahmad-Nom. the-child-Acc. with-the-blanket-Gen. 'Ahmad covered the child with the blanket.' b. *atta ahmad-u 1-battaniyyat-a fawqa t- tifl-i Covered Ahmad-Nom. the-blanket-Acc. over the-child-Gen. *'Ahmad covered the blanket over the child.' (49) a. mala a ahmad-u 1 -kuuba bi -1 -maa - i . Filled Ahmad-Nom the-cup with-the-water-Gen. 'Ahmad filled the cup with water.' b. *mala a ahmad-u 1-maa -a fi 1 -kuub-i Filled Ahmad-Nom. the-water in the -cup -Gen. *'Ahmad filled the water in the cup.' (50) a. wada^a ahmad-u 1-kutub-a alar-raff-i Put Ahmad-Nom. the-books-Acc. on the-shelf-Gen. 'Ahmad put the books on the shelf.' b. *wada^a Ahmad-u r-raff-a bi-1-kutaub-i Put Ahmad-Nom. the-shelf-Acc. with-the-books-Gen. *' Ahmad placed the shelf with books.' (51) a. sabba Ahmad-u 1-maa-a fi 1-kuub-i Poured/dripped Ahmad-Nom. the-water-Ace. in the-cup-Gen. 'Ahmad poured/dripped the water into the cup.' b. * sabba Ahmad-u 1-ukuub-a bi- 1 -maa -i Poured/dripped Ahmad-Nom. the- cup-Ace. with the-water-Gen. *'Ahmad poured/dripped the cup with water.' Mahmoud estime qu'il est necessaire d'adopter une autre classification rassemblant les verbes alternants et non-alternants ayant la variante with-NP d'une part, et les verbes non-alternants n'ayant pas cette variante d'autre part. La distinction alternant / non-alternant ne capte pas cette classification. Sur la base de cette relation entre la variante with-NP et 1'interpretation holistique que celle-ci implique, Mahmoud propose une classification en trois classes, a savoir : (i) les verbes du type to spraylrassa (ii) les verbes du type to pour/sabba, et enfin (iii) 76 les verbes du type to fill/mala?a. Pour etayer la classification qu'il propose, Mahmoud fait appel a deux autres criteres de differentiation, a savoir l'omission des arguments (direct et oblique), et la formation du gerondif, que nous allons resumer dans ce qui suit. Comme nous le verrons plus loin, les deux arguments retenus sont inappropries. 3.4.1.1. Omission du syntagme prepositionnel Concernant le premier critere, Mahmoud (1999 :8) souligne le fait qu'en arabe comme en anglais les verbes alternants comme spray/rassa ou load/hammala permettent aussi bien l'omission de Pargument representant la Substance (c.-a-d. le Locatum) que celle de 1'argument representant le Lieu comme le montrent les exemples (52) et (53) ci-dessous, ou le signe 0 indique l'omission d'un argument: (52) a. John sprayed the water on the plants b. John sprayed the water 0 John sprayed the plant 0 . (53) a. rassa ahmadu Imaa-a ala nnabaataat-i 'Ahmad sprayed water on the wall.' b. rassa ahmadu lmaa-a 0 'Ahmad sprayed water.' c. rassa ahmadu nnabaataati 0 'Ahmad sprayed the wall.' Contrairement aux verbes alternants, les verbes non-alternants permettent l'omission d'un seul argument seulement. Ainsi, tandis que les verbes non- alternants croises comme fil/mala?a restreints a la variante with-NP, permettent l'omission de l'argument locatum comme le montrent les exemples (54)-(55), les verbes non-alternants standards comme pour/sabba, restreints a la variante on- /into-NP, permettent seulement l'omission de l'argument Lieu comme le montrent les exemples (56)-(57) ci-dessous (le signe 0 indique l'omission d'un argument, correspondant au Lieu ou au Locatum, selon que c'est le Locatum ou le Lieu qui est present). 77 (54) a. John filled the cup with water b. John filled the cup 0 c. * John filled the water 0 (55) a. mala?a ahmadu 1-kuuba bi 1-maa? 'Ahmad filled the cup with water.' b. mala?a ahmadu lkuuba 0 'Ahmad filled the cup.' c. *mala?a ahmadu lmaa?a 0 'Ahmad filled water.' (56) a. John poured water into the cup b. John poured water 0 * John poured the cup 0 (57) a. Sabba ahmadu lmaa?a fi lkuubi 'Ahmad poured water in the cup.' b. sabba ahmadu lmaa?a 0 'Ahmad poured water.' c. *sabba ahmadu lkubba0 'Ahmad poured the cup.' Cependant, ce test d'omission tel que propose par Mahmoud est biaise a la base, etant donne que les exemples (54c) et (57c) ne sont pas pertinents. Dans ces exemples, ce n'est pas l'omission des SP qui rend les exemples en question agrammaticaux : l'addition du SP into the cup a (54c) n'ameliore pas l'exemple, et il en est de meme si on ajoute le SP with water a (57c). La meme critique est valable pour les exemples equivalents en arabe, (55) et (57), respectivement. Tout ce que ces exemples montrent, c'est qu'avec les verbes croises, i.e. (54c) et (55c), le Locatum ne peut pas etre objet direct, tandis qu'avec les verbes standards, i.e. (56c) et (57c) c'est le Lieu qui ne peut pas etre objet direct, ce que Ton sait deja des le depart. 78 3.4.1.2. Formation du gerondif Mahmoud fait remarquer que le meme constat s'impose quant au comportement de ces verbes vis-a-vis de la formation du gerondif anglais et d'une construction proche de l'arabe appelee 'Idafa', son autre critere de distinction. Autrement dit, les verbes alternants comme spray/rassa permettent la construction avec gerondif avec Pun ou 1'autre des deux arguments (interne ou oblique) comme le montrent les exemples donnes en (58)-(59): (58) a. John sprayed water on the plants b. The spraying of water c. The spraying of the plants (59) a. rassa ahmadu lmaa?a ala nnabaataati Sprayed Ahmad water on plants b. rassu n-nabaataat-i 'Spraying of plants.' c. rassu l-maa?i 'Spraying of water.' Contrairement aux verbes alternants, les verbes non-alternants permettent la formation du gerondif seulement avec l'un ou l'autre des deux arguments. Ainsi, tandis que les verbes non-alternants croises comme fill/malasa, restreints a la variante with/bi-NP, permettent la construction gerondive avec 1'argument Lieu comme complement seulement (60)-(61), les verbes non-alternants standards comme pour/sabba, i.e. restreints a la variante on-/into-NP, permettent seulement le gerondif avec Pargument Locatum comme complement, comme on peut le voir en (62)-(63) ci-dessous. (60) a. John filled the cup with water b. The filling of the cup c. *The filling of water (61) a. mala?a ahmadu 1-kuuba bi l-maa?i 'Ahmad filled the cup with water.' b. mal?u 1-kuubi 'The filling of the cup.' 79 c. *mal?u l-maa?i 'The filling of the water.' (62) a. John poured water into the cup b. The pouring of water c. T h e pouring of the cup (63) a. sabba ahmadu 1-maa a fi 1-kuubi 'Ahmad filled the water in the cup' b. sabbu l-maa?i 'The filling of water.' c. * sabbu 1-kuubi 'The filling of the cup.' Comme pour ce qui est de 1'argument de 1'omission, le test base sur le gerondif ne revele rien de tres particulier. Dans les gerondifs de ce type, le complement de la tete de la construction est introduit par la preposition of ou marque du cas genitif, ce qui est la facon d'exprimer l'equivalent de Pobjet direct dans les constructions de caractere nominal. Les exemples agrammaticaux le sont simplement parce que le complement d'objet direct au genitif est inapproprie semantiquement: le verbe croise fill/mala?a, qu'il soit au gerondif ou non, demande un objet direct Lieu, mais dans (60c)-(61c) cet objet correspond au Locatum, alors que dans le cas des verbes standards pour/sabba, l'objet demande doit etre un Locatum, alors que dans (62c)-(63c), cet objet correspond au Lieu. Le fait que le verbe soit au gerondif n'ajoute rien par rapport au fait de base qu'un verbe croise doit avoir un objet direct Lieu et un verbe standard un objet direct Locatum. Ceci ne veut evidemment pas dire que du point de vue descriptif, la classification de Mahmoud soit inappropriee : effectivement, une classification en deux etapes est possible : 1) il faut distinguer les verbes alternants (qui entrent done aussi bien dans la construction standard que dans la construction croisee) et les non-alternants ; 2) quand on considere les verbes non-alternants, il faut y reconnaitre l'existence de deux sous-classes : ceux que nous appelons verbes standards, qui n'entrent que dans la construction standard, et ceux que nous 80 appelons croises, qui n'entrent que dans la construction croisee. La classification est essentiellement celle de Pinker (1989) et RH&L (1988) avant lui. 3.4.1.3. Les differences entre 1'anglais et l'arabe Mahmoud (1999) fait observer que, nonobstant les similarites observees entre les deux langues que nous venons de rappeler, il existe neanmoins des verbes appartenant a la meme classe semantique et qui se comportent differemment en anglais et en arabe. Ainsi, l'auteur donne comme exemples les verbes comme to hang et to plaster, qui alternent en anglais comme le montrent les exemples (64) et (65) et dont les equivalents en AS allaqa et ?alsaqa, respectivement, sont restreints a la variante Figure comme le montrent les exemples (66) et (67): (64) a. John hung the poster on the wall b. John hung the wall with posters (65) a. John plastered the posters on the wall b. John plastered the wall with posters (66) a. allaqa ahmad-u l-?i laanaat-a ala l-haa?it-i Hung Ahmad-Nom. the-poster-Acc. on the-wall-Gen. 'Ahmad hung the posters on the wall.' b. * allaqa ahmad-u l-haa?it-a bi l-?i laanaat-i. Hung Ahmad-Nom. the-wall-Acc. with the-poster-Gen. 'Ahmad hung the wall with posters.' (67) a. ?alsaqa ahmad-u l-?i laanaat-a ala l-haa?it-i Plastered Ahmad-Nom. the-posters-Acc. on the-wall-Gen. 'Ahmad plastered the posters on the wall.' b. *?alsaqa ahmad-u l-haa?it-a bi-l-?i laanaat-i plastered Ahmad-Nom. the-wall-Acc. with-the-posters-Gen. 'Ahmad plastered the wall with posters.' Mahmoud explique cette difference en termes de disponibilite lexicale en AS. Autrement dit, le lexique de l'AS met a la disposition de ses locuteurs d'autres verbes, differents de ceux utilises uniquement dans la construction standard comme allaqa 'pendre' et lalsaqa 'coller' (il traduit ce verbe par 'platrer' to 81 plaster, qui est une fausse traduction), avec des proprietes semantiques compatibles avec 1'interpretation holistique, et qui sont par consequent mieux a meme de rendre 1'interpretation holistique associee a la construction croisee. Ainsi, comme alternative en AS aux verbes allaqa 'pendre' et ?alsaqa 'coller' dans les constructions croisees agrammaticales donnees en (66b) et (67b), nous aurons des verbes comme atta 'couvrir' (au lieu de allaqa dans (68b)), et mala ?a 'remplir' (au lieu de ?aslaqa dans (69b)). (68) a. * allaqa rrajul ul-haa?ita bil- i laanaat-i Hung the man the wall with posters b. atta rrajul ul-haa?ita bil?i laanaati Covered the man the wall with posters 'The man covered the wall with posters.' (69) a. *?alsaqa rrajulu lhaa?ita bil?i aanaati Plastered the man-Nom. the wall-Ace. With the posters-Gen. b. atta rrajulu lhaa?ita bil?i laanaati Covered the man the wall with the posters 'The man covered the wall with posters.' Ainsi, tandis que les verbes anglais to hung et to plaster appartiennent a la classe des verbes alternants, leurs equivalents en arabe appartiennent a la classe des non-alternants de type standard. Mahmoud (p. 12) fait la remarque suivante: "A possible explanation of this difference between English and Arabic could be attributed to the inherent lexical semantic properties of these verbs. On the one hand, the information incorporated in the lexical semantic properties of the English verbs such as hang and plaster is sufficient for expressing the meaning of both alternations. Hence, these English 'substance-adding' verbs can participate in both alternations. By contrast, the lexical semantic properties of the Arabic counterparts of these verbs (i.e. allaqa and alsaqa) enable them to participate in the 'locative preposition' alternation only. Therefore, to express the meaning of the 'with/hi' alternation, one has to resort to verbs such as atta or mala?a whose lexical semantic properties are compatible with the meaning conveyed by this alternation." II ajoute aussi que 82 "This claim concerning the lexical semantic properties of these verbs and their ability to participate in the locative alternations could be supported by the following observation. It is noticed that English seems to be more productive than Arabic with respect to the 'substance-adding' verbs that can participate in both alternations." II avance a l'appui les verbes to pack, to pile, to stock, to heap, qui alternent en anglais mais dont les equivalents de l'AS n'apparaissent que dans la construction croisee, et dont nous avons deja vu que les equivalents francais n'alternent egalement pas. D'apres ce qu'il dit, il faut en conclure que pour cette classe de verbes anglais aussi, d'apres Mahmoud, leur semantique contient des informations qui les rendent compatibles avec 1'interpretation de type holistique attachee a la construction croisee. Nous prenons note de ceci et reviendrons a cet aspect plus tard. 3.4.1.4. Conclusion Bien que Panalyse proposee par Mahmoud essaye d'expliquer les faits presentes, quelques reserves s'imposent quant a la fiabilite de certaines des explications. Dans le cas du test d'omission, il distingue entre les verbes alternants et les non- alternants tres souvent, mais nous avons vu que la maniere dont les faits concernant les verbes non alternants sont presentes est inappropriee. Par ailleurs, bien qu'il soit pertinent pour certains verbes, ceci ne semble pas etre le cas avec d'autres. Ainsi, suivant ce test, on doit s'attendre a ce que l'omission de 1'argument Locatum oblique ou Lieu oblique des verbes alternants comme to pile 'empiler' et to stuff 'farcir' soit possible. Or ceci n'est pas le cas comme le montrent les exemples (70) et (71), respectivement, ci-dessous (donnes par Pinker 1989:36): (70) a. John piled books on the table b. John piled the table with books c. John piled the books 0 Omission du Lieu oblique d. *John piled the table 0 *Omission du Locatum oblique 83 (71) a. John stuffed feathers into the pillow b. John stuffed the pillow with feathers c. *John stuffed the feathers 0 *Omission du Lieu oblique d. John stuffed the pillow 0 Omission du Locatum oblique Les exemples ci-dessus montrent bien que seul le Lieu oblique est omissible avec pile, alors que seul le Locatum oblique est omissible avec stuff. Par consequent, la relation directe entre l'omission et la possibilite d'entrer en alternance — qui avait par ailleurs ete discutee par Randall (1987, citee par Pinker 1989:36) — n'est pas aussi vraie. En dehors de ce test, il convient de souligner que Mahmoud ne discute pas les proprietes semantiques des classes de verbes qu'il a propose. Nous reviendrons aux contrastes que nous venons d'observer plus tard. 3.4.2. Fareh & Hamdan (2000) Un deuxieme travail sur 1'alternance locative en arabe est celui de Fareh et Hamdan (2000). Dans leur article, les auteurs comparent les verbes locatifs en anglais et en arabe jordanien (AJ dorenavant) en se basant sur la classification des verbes proposee par Pinker (1989). Les auteurs tentent d'etablir un inventaire des verbes locatifs en AJ en les classifiant en fonction de leur possibilite ou pas a alterner d'une part, et de degager des criteres semantiques pouvant rendre compte de l'alternance sur la base des regies 'Broad range' et 'Narrow range'' de Pinker (1989)10. Les verbes locatifs examines incluent aussi bien les verbes d'ajout que les verbes d'enlevement. La liste des verbes classifies comprend en tout 137 verbes locatifs, en AJ, dont 67 alternent. A cet egard, le travail a une utilite descriptive certaine. Apres avoir examine certaines sous-classes semantiques des verbes locatifs anglais et le comportement de leurs equivalents en AJ, les auteurs concluent que les contraintes de Pinker expliquent la majorite des verbes locatifs en AJ. Concernant les differences observees entre les deux langues comparees, ils Voir Chapitre 2. 84 concluent que ce sont des subtilites de nature semantique, et par consequent encodees dans la structure semantique de ces verbes. II en est ainsi, par exemple, des verbes to pile en anglais et de son equivalent kawwam en AJ, ce qui n'est pas une surprise. Les auteurs soutiennent que tandis que le premier denote un arrangement vertical sur une surface, le second n'implique pas une forme specifique de rangement aussi ordonnee mais plutot un placement sous la forme d'un amas. Cette difference de sens expliquerait pourquoi le verbe to pile alterne contrairement a son equivalent kawwam en AJ qui n'alterne pas. 3.4.3. Ennamsaoui (2003) Dans ce travail (Ennamsaoui 2003) je fais une description detaillee des verbes locatifs en AM et en AS, en me basant sur les analyses proposees par Pinker (1989) et Labelle (1992, 2000). Je montre que les verbes de l'arabe se pretent bien a la classification de Pinker en regroupant les verbes locatifs en quatre classes principales, a savoir (i) les verbes Figure alternants, (ii) les verbes Figure non- alternants, (iii) les verbe Ground alternants, et enfin (iv) les verbes Ground non- alternants. Ces quatre grandes classes de verbes sont ensuite classees en sous- classes semantiques, comme ceux determines par Pinker. A cette classification, j'ajoute trois nouvelles sous-classes (semantiques) pour l'arabe, dont deux pour les verbes Figure et une pour les verbes Ground. En exploitant les similarites et des differences entre les verbes anglais et en arabe, je montre que si les differences au niveau de la structure semantique des verbes (autrement dit, le sens du verbe) expliquent parfois les differences syntaxiques, cette relation reste neanmoins insuffisante pour expliquer le comportement de certains verbes locatifs. C'est par exemple le cas des equivalents des verbes to fill, to smear, et to pile, entre autres, que nous aurons l'occasion d'aborder dans la Section 5. Je montre egalement que le changement de perspective (Gestalt shift) auquel fait reference Pinker (1989 : 210), mais aussi Labelle (1992), ne peut etre effectue que si le verbe a deux facettes de sens. Nous y reviendrons avec plus de details dans la Section 3 et dans les chapitres 4 et 5 sur les equivalents des verbes to fill et to smear. 85 3.5. Les verbes Locatifs revisites. Dans les sections precedentes, nous avons presente un echantillon de verbes d'ajout de l'AS et de l'AM que nous avons compares avec leurs equivalents anglais. Nous avons vu que certains verbes se comportent de la meme facon en arabe et en anglais (AS et AM) eu egard a Palternance locative, tandis que d'autres se comportent differemment. Mahmoud (1999) explique ces differences en termes de disponibilite dans la langue de deux verbes distincts dont un exprime la variante croisee tandis que l'autre exprime la variante Figure. Ainsi, l'AS par exemple utilise deux verbes la ou 1'anglais utilise un verbe pour rendre compte des deux variantes locatives. Comme nous 1'avons vu dans la section 3, Mahmoud ne discute pas du tout les proprietes semantiques des verbes en question. Nous trouvons une telle explication assez simpliste comme nous restons convaincu que les raisons faisant qu'un verbe alterne ou n'alterne pas resident dans les proprietes semantiques du verbe en question. Dans la presente section, nous nous proposons d'isoler ces proprietes. 3.5.1. La sous-classe to spray Comme nous l'avons deja souligne dans la section 2, les verbes anglais de type to spray 'vaporiser' alternent entre les deux variantes locatives comme le montrent les exemples (72) ci-dessous. (72) a. he sprayed paint on the wall b. he sprayed the wall with paint Le verbe to spray signifie qu'un liquide est distribue dans l'espace suivant une configuration, une distribution specifique (un nuage de gouttelettes) (suite a une pression). En arabe les equivalents les plus proches de ces verbes sont rassal rasasa (AS), et ress (AM). Ces derniers sont derives du nom rass (AS), qui signifie pluie tres legere ou bien eau eclaboussee. Bien que ce nom n'existe pas en AM, il existe les formes resas/resasa, qui designent un vaporisateur ou tout autre outil servant a vaporiser. Dans le dictionnaire Al Wasit (AS), plusieurs exemples illustrant le verbe rassa sont donnees dans la forme standard et ce n'est que plusieurs lignes plus loin qu'un exemple est donne dans la forme croisee. 86 Ceci peut suggerer que ce verbe est utilise de facon beaucoup plus naturelle dans la variante standard que dans la variante croisee. (73) a. rassa 1-maas-a <-,ala z-zar^-i (AS) II a vaporise l'eau sur les plantes 'II a vaporise l'eau sur les plantes.' b. rassa z-zar^-a bi- l-maaa-i II a vaporise les plantes de l'eau 'II a arrose les plantes d'eau.' (74) a. ress 1-ma ^la z-zre^, (AM) II a vaporise l'eau sur les plantes 'II a vaporise l'eau sur les plantes.' b. ress z-re^ b- 1-ma II a vaporise les plantes de l'eau 'II a arrose les plantes d'eau.' Un autre verbe que Pinker inclut dans la sous-classe spray est to inject, qu'il definit comme un verbe indiquant une action par laquelle on exerce une force sur une masse la propulsant le long d'une trajectoire pour la distribuer dans un espace donne . En AS, le verbe utilise pour rendre le verbe anglais inject est haqana. Ce verbe alterne en AS a l'instar de son equivalent anglais comme le montrent les exemples suivants : (75) a. haqana 1-modad 1-hayawey fi- (II) a injecte l'antibiotique dans 'II a injecte des antibiotiques au malade.' b. haqana deraa^-a 1-marid bi- (II) a injecte le bras du malade de 'II a injecte des antibiotiques au malade.' Le dictionnaire Al Wasit donne plusieurs usages du verbe haqana en AS qu'il illustre a l'aide des exemples suivants : 11 "Force is imparted to a mass, causing ballistic motion in a specified spatial distribution along a trajectory" deraa ,^ al marid le bras du malade 1-modad 1-hayawey les antibiotiques 87 (76) haqana 1-maas-a fi 1-qirba-ti (II) a injecte l'eau dans 1'outre 'II a injecte l'eau dans l'outre.' (77) haqana 1-qirba-ta bi- 1-mas-i (II) a rempli l'outre de l'eau 'II a injecte l'outre d'eau.' (78) haqana dam-a folan (II) a maintenu le sang quelqu'un 'Sauver la vie de quelqu'un en empechant que son sang soit ecoule.' (79) haqana 1-marid-a (II) a injecte le malade (80) haqana d-dawas-a (II) il a injecte un medicament Ce qui est commun a ces constructions c'est le fait de faire parvenir un liquide a un contenant ou remplir ce contenant de liquide. Dans toutes ces constructions, y compris celles qui n'expriment pas une relation locative comme (78), ce verbe met en evidence le contenu (liquide), done le Locatum, qui emprunte une trajectoire sous la forme d'un flot. En AM, les verbes utilises pour rendre l'idee vehiculee par le verbe anglais to inject sont degg 'piquer' et dreb 'taper, frapper.' L'usage de ces verbes n'est cependant pas specifique aux actions indiquees par le verbe anglais to inject tel que defini plus haut. Autrement dit, bien que les deux verbes degg et dreb permettent aussi bien la construction standard que la construction croisee, seule la variante standard exprime le sens de to inject tel que vehicule par son equivalent anglais. La construction croisee, quant a elle, a plutot le sens de 'piquer.' Dans le premier cas, la construction standard, il s'agit bien d'une relation locative, tandis que dans le second cas, la construction croisee, 1'argument oblique est un instrument et non pas un Theme/Locatum. Ces nuances sont illustrees a l'aide des exemples ci-dessous. 88 (81) a. t-tbib degg lib. 1-piniciline f dra^o (degg= injecter) Le medecin a injecte lui penicilline dans le bras 'Le medecin lui a injecte de la penicilline dans le bras.' b. *t-tbib degg lih dra^o b- 1-piniciline Le medecin a injecte lui le bras de penicilline c. Karim degg seb^o b- 1-ibra (degg= piquer) Karim a pique sondoigt avec l'aiguille/seringue 'Le medecin s'est pique avec une aiguille.' Comme nous pouvons le constater, l'emploi de degg dans le sens d'injecter n'est possible que dans la construction standard—(81a) par opposition a (81b)—, alors qu'avec le sens de 'piquer' la construction croisee est aussi possible, comme en temoigne (83c). Cependant, dans ce dernier cas l'objet oblique n'est pas un Theme/Locatum, mais un Instrument. Dans certains cas, le role thematique Instrument prend facilement Pallure d'un Locatum comme le montre l'exemple (82a) ci-dessous, par opposition a (82b) ou le role Instrument est plus evident. (82) a. Karim degg rejlu b- (1-ibra) d-1-penicilline Karim a pique son pied avec-(seringue) de penicilline 'Karim s'est pique le pied avec une seringue de penicilline.' b. Karim degg-a-tu sh-shouka d-akrani Karim a pique (lui) l'epine de cactus 'Karim s'est pique avec une epine de cactus.' Par consequent, contrairement au verbe ihaqand' en AS qui alterne, le verbe 'degg' en AM dans son sens locatif est un verbe non-alternant. Son comportement est de ce fait similaire a celui du francais, le verbe injecter est un verbe qui n'entre que dans la construction standard. Certaines variantes de l'AM utilisent le verbe dreb pour rendre ce qui est exprime en francais par le verbe injecter. Ce verbe, qui signifie aussi frapper / taper, est utilise dans le sens de injecter lorsque le Locatum est l'objet direct, et dans le sens de piquet-/blesser lorsque le Lieu/le but est l'objet direct. Ce sens, cependant, depend principalement du type d'arguments associes au verbe. 89 (83) a. dreb 1-penicilline /1-ibra f- rjlo (II) a injecte la penicilline /seringue dans sa cuisse 'II s'est injecte une seringue (de medicament) dans la cuisse.' b. dreb rejlo b- 1-ibra (II) a injecte son pied avec la seringue/1'aiguille 'II s'est pique le pied avec une seringue.' II faut preciser que dans le contexte marocain le mot ibra peut aussi bien referer a une seringue remplie de medicaments qu'a une simple aiguille. Dans Pexemple (83a) ci-dessus le mot seringue est utilise pour le contenu (injection de penicilline). Dans les deux cas, le sens est predictible a partir du type de construction dans laquelle ce mot est insere, mais aussi a partir du type d'argument qui l'accompagne. Dans les exemples de type (83a) (construction standard) le mot ibra est un Locatum alors que dans les constructions croisees (83b), il est Instrument. Pour revenir a to spray, rassa et ress, Pinker (1989) argumente qu'a partir du sens de base associe a un verbe locatif dans sa construction standard par exemple, le locuteur peut predire la maniere dont le Lieu sera affecte, et par consequent le changement d'etat qui en resulte. Sous-jacente a cette affirmation est la deduction du locuteur qu'un tel verbe alterne. Ainsi, dans le cas du verbe anglais spray par exemple, la maniere dont le liquide vaporise se deplace, c'est-a-dire sous forme de gouttelettes, renseigne deja le locuteur sur la facon dont ces gouttelettes atterrissent sur la surface ou le lieu vise. Pinker conclut que ces verbes sont a la base des verbes standard. Pour etayer cette conclusion, il s'appuie sur le test d'omission, qui indique que certains verbes, a l'instar de Panglais to pile, requierent necessairement la presence du Locatum ; tandis que d'autres, comme to stuff, requierent le lieu. Mahmoud conclut que les verbes de type to pile sont des verbes fondamentalement standard, tandis que les verbes de type to stuff sont des verbes fondamentalement croises. Lorsque le lieu ou le Locatum peut etre omis de la fonction oblique, la portion omise sonne souvent elliptique, ce qui suggere que l'omission revele si le verbe est fondamentalement standard ou croise. Autrement dit, si, par exemple, c'est la version avec le Lieu qui sonne elliptique (comme 90 avec to load, dans he loaded the bullets, p. 125), alors le verbe est fondamentalement un verbe croise. II ne teste evidemment pas tous les verbes de base, mais il semble que ce test indiquerait qu'un verbe comme to spray est fondamentalement standard s'il se confirme que l'omission du Locatum est plus marquee que celle du Lieu avec ce verbe (cf (84) versus (85) plus bas). Ceci est suggere par le fait que lorsque Ton cherche sur Google des suites comme ["spray the wall" -with] et ["spray paint" -on], on trouve beaucoup plus d'exemples du second type que du premier (il faudrait evidemment une etude plus approfondie des donnees et du test pour arriver a une conclusion plus ferme). (84) a. He sprayed paint on the wall b. He sprayed paint (85) a. He sprayed the wall with paint b. He sprayed the wall Nous nous demarquons ici de l'idee de Pinker selon laquelle le type de verbe est inferable a partir de la possibilite d'omission de l'un ou l'autre argument comme oblique. La difference constatee entre les phrases (84b) et (85b) peut s'expliquer par le fait que 1'information vehiculee par ce verbe concernant la maniere est plus proeminente que celle concernant le changement de l'etat du lieu, un fait deja souligne par Pinker lui-meme. C'est en raison de la proeminence du composant de maniere que Futilisation des verbes comme to spray est plus naturelle dans la construction standard que dans la construction croisee. Goldberg (1995) fait le lien entre le caractere obligatoire d'un argument et la possibilite d'alternance. Pour rappel, Goldberg represente le sens du verbe en termes de roles participants (cf. 2.2.1.1). Elle propose que les deux variantes (construction standard et croisee) s'expliquent par le fait que les roles participants target et liquid sont proeminents (profiled). A titre d'exemple, le verbe spray aura la representation illustree ci-dessous, ou les crochets droits indiquent le caractere facultatif. (86) spray (Goldberg 1995 :178) 91 Seuls les roles participants target et liquid sont proeminents. Le fait que le role participant target est preeminent implique qu'il peut etre construit comme un patient, et, par consequent, le verbe peut fusionner avec la construction croisee. Inversement, le fait que le role participant liquide est proeminent implique qu'il peut etre construit comme un theme et done permettre au verbe de fusionner avec la construction standard. Le role participant sprayer n'est pas proeminent dans la mesure ou l'agent est facultatif avec ce verbe, ce qui explique la construction intransitive comme en (87) : (87) Water sprayed onto the lawn (intransitive) Les deux constructions, standard et croisee, se trouvent done legitimees puisque les roles participants proeminents sont compatibles avec les roles argumentaux. La fusion avec les deux types de constructions est done possible puisque e'est en accord avec le principe de correspondance : 'Each participant role that is lexically profiled and expressed must be fused with a profiled argument role of the construction. If a verb has three participant roles, then one of them may be fused with a nonprofiled argument role of a construction.'' (Goldberg 1995:50). Goldberg explique que des verbes de type to spray marquent leur role liquid comme optionnellement facultatif meme s'il est proeminent dans la mesure ou il recoit une interpretation definie a partir du contexte. En d'autres termes, e'est parce qu'il est possible pour les locuteurs de recouvrer 1'argument en question a partir du contexte. Or, selon Pinker e'est plutot le lieu target qui peut etre omis et non le liquide. Plus encore, un verbe comme to splash, qui est un verbe du meme type que to spray, ne permet aucun des arguments d'etre omis comme le montre (88) et Ton se demande pourquoi le liquide recoit une interpretation definie avec to spray mais pas avec to splash}2 Si l'agent est omis, le Locatum peut etre sujet (dans un emploi inaccusatif du verbe), mais pas le Lieu, ce qui suggere que 1'omission du Locatum est impossible, mais pas celle du Lieu: (i) a. Water splashed onto the floor b. The floor splashed with water Les faits sont semblables au verbe to spray. 92 (88) a. *Chris splashed the water b. * Chris splashed the floor En arabe, l'omission de Tun ou de l'autre argument reste possible comme le montrent les exemples (89) et (90) ci-dessous, ce qui suggere, d'une part, que le test d'omission de Pinker ne peut determiner, du moins pour ce verbe, qu'une des deux variantes est associee au sens de base. D'autre part, ceci souleve aussi des questions a propos de Phypothese de Goldberg pour lesquelles nous n'avons pas pour le moment de reponse. En fait, dire qu'un argument est preeminent, done obligatoire, tout en etant 'facultativement optionneP dans les termes meme de Goldberg, est contradictoire. Par ailleurs, elle n'a pas mentionne des cas ou plus qu'un role peuvent etre omis comme les exemples dones en (89) et (90) ci- dessous : (89) a. 'Ibrahim ress l-ma0 (AM) Ibrahim a vaporise l'eau 'Ibrahim a vaporise l'eau.' b. Ibrahim ress 1-ard 0 ' Ibrahim a vaporise la terre 'Ibrahim a arrose les plantes.' (90) a. rassa Ibrahim-o lmaas-a 0 (AS) A vaporise Ibrahim l'eau 'Ibrahim a vaporise l'eau.' b. rassa Ibrahim-o n-nabaataat-i 0 ' A vaporise Ibrahim les plantes 'Ibrahim a arrose les plantes.' Ceci dit, le fait que les verbes se comportent differemment face a l'omission peut soulever la question de savoir si la preeminence de roles associes a un verbe explique ou revele vraiment quelque chose sur l'alternance. Comme nous l'avons mentionne dans la section 2.2.2 du chapitre 2, Iwata (2005 :361-362) considere que le sens du verbe to spray correspond a une scene, dans laquelle une substance est envoyee sous forme de gouttelettes (mist) dans un mouvement de va-et-vient, et dont le resultat est que la substance vient a occuper 93 une grande partie de la surface (voir (9a) plus bas). II s'agit done a la fois d'une caracterisation du Locatum, de la maniere selon laquelle il se deplace, et de l'effet sur le Lieu. Cette scene correspond a ce qu'elle appelle sens lexical ou Sens-L. Ce Sens-L du verbe, ayant deux facettes de sens, peut etre interprete de deux facons, selon que la preeminence ou la mise en emphase porte sur le transfert (changement de lieu) ou sur l'effet que Pactivite produit sur le lieu (changement d'etat). Lorsque l'attention est portee sur la substance, le verbe apparait dans la construction standard et lorsque l'attention est portee sur le lieu, le verbe apparait dans la construction croisee. Iwata (2005 :361-362, "Figures" 2 a 5) illustre ceci a l'aide d'une serie de schemas (que nous avons deja donne en (2.24) repris ici en (91a)ci-dessous : (91) a. c) c) c) Figure 1. Le mouvement dans une scene conventionnelle d'arrosage spraying. b. spraying scene. (Le verbe to spray dans son sens-L) •=> Figure 2: L'application de la substance Durant la scene d'arrosage svrayins. c. Sens-Pi de spray 94 s** £ • • • ^ T^ 'Spray paint onto the wall': 'To send a liquid in a mist or fine droplets' Figure 3: Interpretation de la scene de to spray avec emphase mis sur la substance. d. Sens-P2 de spray 'spray the wall with paint': ' To cover a surface with an even coat of deposited liquid adhering, to it' Figure 4: Interpretation de la scene de to spray avec emphase mis sur la substance. Le schema ci-dessus illustre que dans la scene de spraying 'pulverisation', l'agent envoie la substance dans une certaine configuration en gouttelettes avec un mouvement de va-et-vient. Le resultat de ce va-et-vient est que la substance vient a occuper, progressivement, une grande partie de la surface (les fleches avec deux pointes visent a exprimer le mouvement de va-et-vient implique dans 1'application de la substance). Dans (91b) il schematise le sens-L qui peut faire l'objet de deux interpretations, soit (93c); la mise en emphase du mouvement du liquide, soit (9d); l'effet du liquide sur la surface. Chaque mise en emphase donne lieu a un sens-P, exprime par la construction standard ou la construction 95 croisee. Pour resumer Tidee de Iwata, l'alternance se produit lorsque le sens-L du verbe contient deux perspectives dans la mesure ou chaque facette peut etre associee a un seul sens phrastique (sens-P). Cependant, cette facon de voir les choses en termes de scene a la Iwata pose probleme dans la mesure ou, considerant les verbes en arabe rassa/ress, il n'est pas tout a fait necessaire d'avoir le mouvement de va-et-vient pour faire Taction indiquee par ces verbes. Un verbe comme haqana 'injecter' par exemple n'implique nullement l'idee de va-et-vient et pourtant il fait partie de la meme sous-classe des verbes alternants. Un verbe comme nadaha 'sprinkle' n'implique pas non plus le va-et-vient dans la mesure ou le sens du verbe implique une eclaboussure tres legere et tres breve aussi (le temps de Taction est bref comparativement a to spray). Pourtant, selon Iwata, un resultat de ce mouvement de va-et-vient est que Ton peut voir que la substance vient a occuper une grande partie de la surface, ce qui explique la facette du sens mettant en lumiere Teffet de la substance sur la surface et du coup explique la construction croisee. D'autre part, il n'est pas clair que la scene associee avec ce type de verbe, inclut une representation de T occupation extensive de la surface. Dans ce cas, il serait peut- etre plus adequat de penser que Tinsertion de ces verbes dans une construction croisee impose naturellement une interpretation evenementielle d'occupation (cf. Hirschbuhler et Labelle 2006). Pour cette raison, un modele comme celui de RH&L (1998a, b) et L&RH (2002, 2003) semble plus approprie. Leur idee fait le contre-pied de celle d'Iwata. En effet, elles considerent que les verbes qui alternent expriment au depart des evenements simples (typiquement des activites), qui ne sont pas specifies semantiquement pour apparaitre au depart dans des constructions standards ou croisees, mais qui sont susceptibles de voir leur representation semantique enrichie par un processus d'Augmentation Lexicale ajoutant un resultat a Tactivite, celui-ci specifiant tantot Texistence d'un Lieu final pour le Locatum, tantot un etat final pour le Lieu. Le verbe rassa/ress', comme to spray, est associe a une racine specifiant la maniere comme en (92). Or, tous les verbes dont la racine specifie une maniere sont associes a une structure evenementielle simple ce qui offre la possibilite de Taugmentation dans 96 deux directions (93et 94). La racine est introduite dans le schema de la structure evenementielle en tant que modifieur du predicat. (92) [X ACT (y)] (93) a. Ibrahim rassa 1-ma-a ^ ala z-zahr-i b. [x ACT< RaSSa > yj CAUSE [BECOME [y AT ]] (94) a. Ibrahim rassa-a z-zahr-i bi-1-maa-i b. [x ACT< Ra55a > y] CAUSE [BECOME [z ]] En adoptant cette representation, il est possible non seulement de rendre compte de Palternance du verbe rassa/ress mais aussi d'eviter de postuler deux structures semantiques pour le meme verbe, comme le propose Pinker, ou de postuler 1'equivalent de deux sens differents pour le verbe, comme le suggere la scene de Iwata. II reste, neanmoins, a voir si dans les autres sous-classes ce modele permet de rendre compte de l'alternance mais surtout des differences inter-linguistiques. II faut rappeler, cependant que le but du travail est avant tout descriptif plutot que theorique, etant donne le peu de travail fait sur le sujet en arabe. 3.5.2. La sous-classe to pile Pinker (1989) distingue une autre sous-classe de verbes de type to pile ou to heap 'empiler', 'entasser', 'amonceler.' (95) a. John piled books on the table b. John piled the table with books D'apres Pinker, suivant son analyse rappelee dans la Section 2, ces verbes peuvent entrer dans la construction croisee. Une condition qu'il propose pour qu'un verbe entre en alternance c'est qu'a partir d'une utilisation il est possible de predire une autre : une maniere d'agir ou un type de changement d'etat. Dans ce cadre, un verbe comme to pile peut alterner parce qu'il est possible de predire le changement d'etat du Lieu engendre par Taction indiquee par le verbe. Pinker explique l'emploi croise pour ces verbes (to pile) par le fait que la construction standard permet de concevoir comment le lieu est affecte. Ce qui est predit a partir d'une phrase comme I piled (up) the books on the table, est qu'il ne s'agit 97 pas d'une seule pile. En general, une telle phrase est utilisee pour faire reference a une situation ou les livres ont ete mis les uns sur les autres, eventuellement en plusieurs amoncellements, ce qui permet de concevoir qu'une grande partie de la surface, sinon toute la surface, est occupee, et des lors l'emploi croise est possible. Or, Pinker ne prete pas une attention detaillee a ces verbes, etant donne qu'il n'est pas clair que la situation decrite par le verbe dans la construction standard permette de faire une prediction quant a l'effet de Taction sur le lieu ou que le Lieu soit couvert par le Locatum ou non. Par consequent, la construction standard ne semble pas permettre de predire le caractere grammatical de la construction croisee. Tout ce qu'on peut predire, c'est qu'a la fin de Paction il y a une pile, un amas, un amoncellement quelque part sur le Lieu. A priori, la construction croisee est quelque peu inattendue. Labelle (1992, 2000) conteste cette facon de voir ces verbes. Plutot que de decrire Pentite indiquee par 1'argument Theme (Figure) comme etant dans Petat d'etre situe dans le Lieu, Labelle propose de les voir comme decrivant la configuration finale des differents elements qui composent P argument Theme (Locatum) les uns par rapport aux autres. Labelle argumente que ces verbes sont morphologiquement derives comme incorporant un nom denotant un resultat ('former une pile') a une tete verbale. En AM, les verbes equivalents appartenant a cette sous-classe sont kewem 'empiler', aarem 'entasser', et kedes 'empiler.' Ces verbes ne permettent que la variante standard comme le montrent les exemples ci-dessous : (96) a. ^errem t-tmer ^el 1-mida (II) a entasse les dattes sur la table Tl a entasse les dattes sur la table.' b. *<,errem 1-mida b- t-tmer (II) a entasse la table de dattes En AS, les equivalents des verbes de type de to pile sont les verbes tels que kawama et kaddasa (empiler, entasser). A Pinstar de PAM, ces verbes sont restreints a la variante standard comme le montrent les exemples suivants. 98 (97) a. kaddasa 1-malabis-a <*,ala 1-ard-i (II) a entasse les vetements sur la terre 'II a entasse les vetements par terre.' b. *kaddasa 1-ard-a bi- 1-malabis-i (II) a entasse la terre de les vetements Ces verbes sont semblables aux verbes francais empiler, entasser, aligner, etc., qui incorporent un nom et qui decrivent la configuration finale des entites. II en est ainsi du verbe kawwama, relie a kawma 'monticule, colline, tertre, tas de decombres, tas de graines, e t c ' ; de kadasa, relie a kods 'tas de cereales en gerbes' ; et de larem, qui est relie a lerram 'tas de grains, de decombres, e t c ' Comme le suggere Labelle (1992, 2000) pour les verbes francais empiler et aligner, ces verbes en AM et AS decrivent non pas le Lieu final des entites deplacees mais la configuration d'un ensemble d'objets qui prennent une certaine forme, la configuration finale. II est des lors attendu que la position d'objet direct soit occupee par l'entite dont le verbe decrit la configuration finale. Pour Labelle, ce qui est determine par l'element incorpore c'est le choix de l'entite qui sera projetee dans la position de l'objet direct et non le fait que le verbe apparaisse dans une construction standard ou croisee. Quand le nom incorpore designe un resultat de faction, l'entite projetee dans l'objet direct correspond a l'entite affectee, l'entite dont un etat resultant est predique. Ainsi, le verbe fragmenter, qui incorpore le N fragment, signifie selon Labelle (1992) 'mettre quelque chose en fragments' ou [CAUSER [INCH [EN FRAGMENTS(X)]]], et l'objet direct sera la chose mise en fragments; comme le fait remarquer Labelle, le N incorpore peut etre repris par un PP qui precise la nature des fragments, ici, ce sont les episodes produits. (98) Jacques a fragmente son roman en episodes C'est exactement ce qui se passe en (98) aussi, ou le N incorpore dans le V indique l'etat resultant du pain (precise par 'en miettes minuscules') ou la configuration des pions, ils sont 'en ligne' dans (99c). (99) a. Eve a emiette son pain en miettes minuscules. (Labelle 2000, ex. 21b, de Guillet & Leclere 1992) 99 b. Eve a emiette son pain en miettes minuscules sur la table c. Eva a aligne les pions sur la table Done, ces verbes disent quelque chose de la configuration finale du Locatum (Correlat du Lieu), ils n'informent pas sur le Lieu. Dans cette configuration, le lieu importe peu et il n'est meme pas necessaire a la comprehension du processus et du resultat. Vu sous cet angle, il est tout a fait attendu que ces verbes soient restreints a la construction standard, que la seule information additionnelle qui puisse etre introduite, sans deranger la predication faite par le verbe sur le Locatum, e'est l'addition d'un complement qui indique le Lieu final du Locatum, ce qui donne la construction standard, comme en (99b-c). Ceci etant dit, le verbe kaddasa en arabe standard, ainsi que les autres verbes du meme type en AM et en AS, semble se conformer aux generalisations theoriques de Labelle, mais surtout aux contraintes posees par la semantique du verbe, a savoir le fait que 1'information contenu dans le verbe selectionne le Locatum comme objet directe. Si on pense a l'approche de L&RH (2003), il semble que le resultat introduit par des verbes comme fragmenter, emietter, aligner, eparpiller, kaddas et i errem et bien d'autres, doive etre considere comme un trait de maniere associe au Locatum, de facon identique a 1'information donnee par to spray qui informe sur la configuration du Locatum. Comme spray, ces verbes devraient etre traites comme denotant des activites, done ayant une structure evenementielle simple. Ceci est normal, puisque les evenements denotes par ces verbes n'ont pas de fin intrinseque : tant qu'on a du pain, on peut emietter le pain, tant qu'on a des pions, Taction d'aligner peut se poursuivre, de meme, tant qu'on a des grains on peut continuer Taction de takdiis 'amassement.' Cependant, bien que T analyse proposee par Labelle explique la restriction qui fait que le Locatum doit etre Tobjet direct de ces verbes, elle n'explique pas certains faits observes en anglais, a savoir pourquoi certains des verbes apparemment equivalents par le sens rentrent dans la construction croisee dans cette langue. D'abord il faut noter que meme dans le modele de Pinker, le verbe to pile pose un probleme, car il n'est pas clair que ce verbe ait les caracteristiques 100 semantiques permettant de predire comment le Lieu change. Rappelons-le, ce verbe implique que des objets sont arranges verticalement, les objets forment une pile, amas, un amoncellement, sans que cela permette de predire que tout le Lieu ou il y a l'amas est necessairement occupe (la configuration du Locatum n'impose pas cet effet sur le Lieu, bien qu'elle soit compatible avec 1'occupation to tale du Lieu), des lors on s'attend que la construction croisee ne soit pas possible. On notera en passant que ces verbes en anglais pourraient a premiere vue poser un probleme pour L&RH (2003) s'ils sont considered comme representant des evenements complexes (une activite plus un resultat, la configuration finale du Locatum). Comme nous l'avons signale plusieurs fois, une des proprietes des verbes ayant une structure evenementielle complexe, selon L&RH, est qu'ils ne sont pas sujets au processus de d'augmentation lexicale, qui dans le cas present devrait etre responsable de l'existence de la construction standard par 1'introduction, sous forme oblique, du lieu final occupe par le Locatum. Par ailleurs, il semble qu'il ne faille pas considerer la configuration finale du Locatum dans les verbes locatifs comme un resultat pertinent pour le processus d'Augmentation Lexicale envisagee par L&RH, puisque la configuration du Locatum est egalement incluse dans la caracterisation de verbes comme to spray ou la Racine, l'information semantique idiosyncrasique du verbe, caracterise la configuration prise par le Locatum durant le proces ; c'est-a-dire avant que le Locatum n'ait atteint le Lieu. Evidemment, il y a certaines differences entre le verbe to pile et le verbe to spray : dans le cas de to pile, la configuration existe lorsque (suffisamment d'entites constituant le Locatum sont sur le Lieu). La question qui se pose maintenant est pourquoi to pile et les verbe du raeme type en anglais peuvent etre peuvent etre augmentes pour inclure un resultat, qui est l'occupation de l'espace. La reponse est loin d'etre simple mais il peut y avoir un nombre d'hypotheses. Celle qui nous parait la plus valable, de notre point de vue, est que les conditions semantiques a satisfaire pour qu'il y ait alternance sont differentes dans les deux langues. Nous avons propose que la notion de prediction semble pertinente, dans la mesure ou elle permet de determiner la direction que peut prendre l'augmentation semantique. II est possible que dans le cas de 101 l'anglais, le fait que les verbes impliquent une configuration finale du theme et qu'il est possible de predire un Lieu final suffit pour permettre un changement d'etat de ce Lieu resultant de Paccumulation du theme sur le lieu. Ce qui temoigne bien sur, d'une liberte de la part de l'anglais. Iwata semble favoriser ce point de vue en soulignant que: 'since the objects thus arranged come to occupy a large portion of the relevant surface, it is not unreasonable to suppose that the with variant of this class is also licensed as a covering activity.' (Iwata 2005:367). L'arabe de son cote temoigne de plus de restriction. Puisque le verbe ne permet pas de predire que toute la surface est couverte, l'arabe, ne permet pas la construction croisee. 3.5.3. La sous-classe to scatter Pour Pinker (1989) les verbes de type to scatter indiquent qu'une masse est distribute sur une grande surface d'une facon non dirigee. En anglais, ces verbes entrent dans deux constructions ; la construction standard et la construction croisee, comme le montrent les exemples suivants : (100) a. The farmer scattered seeds onto the field b. The farmer scattered the field with seeds La definition proposee par Pinker peut s'appliquer aussi verbe anglais to disperse. To scatter et to disperse sont souvent presentes comme synonymes et souvent comme interchangeables. Cependant, contrairement au verbe to scatter, le verbe to disperse n'alterne pas en anglais. Cette difference de comportement s'explique par les differences semantiques subtiles inherentes a chacun d'eux. Avec to scatter l'accent est mis sur la distribution de quelque chose sur une ere vaste, tandis qu'avec le verbe to disperse l'accent est davantage mis sur la separation d'entites lesquelles, au depart, etaient rassemblees13. D'apres cette definition, la difference entre les verbes to scatter et to disperse reside dans la 13 Cf. la definition suivante, dont nous ne retrouvons malheureusement pas la source: 'scatter emphasizes the random distribution of something over a wide area'; 'disperse emphasizes the parting and the spreading out of people or things that were originally packed closely together.' 102 nature de l'entite deplacee d'une part, et dans la maniere du deplacement d'autre part. 'Scatter' indique que le lieu est occupe, de distance en distance, par ce qui a ete mis, ce qui explique la capacite de ce verbe a apparaitre dans la construction croisee, tandis que disperse met l'accent sur le fait que les choses qui etaient ensemble sont eloignees les uns des autres ; en renseignant juste sur le contenu, le Locatum, la construction croisee devient impossible. Une autre explication de la difference dans le comportement de ces deux verbes est possible en considerant l'etymologie du verbe to disperse. En effet, celle-ci indique que ce verbe est forme du prefixe latin dis- qui indique la separation, la negation et la privation. Selon Boons (1984) seuls les verbes a polarite finale sont compatibles avec le prefixe de-14. Un verbe de polarite finale decrit l'etat final des choses alors qu'un verbe de polarite initiale decrit l'etat initial des choses. Les verbes locatifs sont de polarite finale s'ils etablissent une relation locative entre un Locatum et un Lieu, ils sont par contre de polarite initiale s'il y a negation de cette relation. Si Panalyse de Boons est correcte, le verbe to disperse serait de polarite initiale, puisqu'il est prefixe avec le prefixe dis- (de-), qui indique que l'etat initial est defait, ce qui explique que seule la construction standard est possible ; le prefixe dis- bloque l'emploi croise qui indique l'etat final. Les dictionnaires bilingues consultes donnent tous aux verbes to scatter et to disperse les equivalents ba^Oara, naOara, sattata, nasara, wazza^a, baddada et farraqa. Ces verbes litteralement peuvent etre traduits aussi bien par to scatter que par to disperse. Cependant, contrairement a 'scatter', ces derniers n'alternent pas. (101) a. naOara 1-habb-a fi- 1-haql-i II a eparpille les graines dans le champ 'II a disperse les graines dans le champs.' b. *na0ara l-haql-a bi- l-habb-i II a eparpille le champ de les graines Le prefixe de- est issu du latin dis-, et il a conserve la valeur privative. 103 (102) a. ba^Bara mlaabisa-ho fi 1-gorfa-ti (II) a disperse ses vetements dans la chambre 'II a disperse ses vetements dans la chambre.' b. *ba£0ara l-gorfa-ta bi- malaabis-ih (II) a disperse la chambre de ses vetements Les equivalents en AM des verbes to scatter et to disperse sont, respectivement, settet 'eparpiller', seyeb (jeter en eparpillant, dispersant), 'zellei 'eparpiller', derder 'repandre, saupoudrer', derra 'disseminer, eparpiller.' A Pinstar de l'AS, ces verbes ne rentrent pas dans la construction standard comme le montrent les exemples suivants : (103) a. settet 1-wraq ^la 1-ard (II) a eparpille les papiers sur le plancher 'II a eparpille les papiers sur le plancher.' b. * settet 1-ard b 1-wraq II a eparpille la terre de les papiers (104) a. seyyeb 1-hwayej f- z-zenqa II a disperse les vetements dans la rue 'II a disperse les vetements dans la rue.' b. * seyyeb z-zenqa b- 1-hwayej II a disperse la rue de les vetements Que ce soit en AS ou en AM, ces verbes indiquent qu'une substance composee, voir un ensemble d'objets, lesquelles au depart etaient ensemble, sont jetes dans une direction avec comme resultat le fait qu'ils ne sont plus ensemble ; ils sont eparpilles. S'il est indique de considerer ces verbes comme des equivalents de to scatter, il y a une difference fondamentale entre les deux en terme de polarite. Les verbes de type to scatter sont de polarite finale alors que les verbes considered ici sont de polarite initiale, centres sur le processus et le changement de l'etat initial de la substance. II sont de ce fait plus proches de to disperse et de ce fait la these de polarite est tout a fait indiquee pour expliquer leur comportement. En fait 1'absence de la reference au lieu, ne permet done pas de predire un resultat par rapport a l'etat de ce lieu. La seule chose possible pour 104 ces verbes c'est une prediction que les objets disperses atterrissent eventuellement sur une surface, et des lors la structure evenementielle simple peut etre augmente vers une specification du lieu, la construction standard. Parmi les verbes que Pinker inclut dans la sous-classe to scatter, le verbe to sow. L'equivalent le plus proche a ce verbe en AS comme en AM est le verbe zaraa et bad or a (AS) zreaa (AM). Ces deux verbes ne font pas partie de la meme sous-classe que les verbes mentionnes ci-dessus etant donne leur comportement et leur sens. II semble en fait que ces deux verbes sont les plus proches semantiquement des verbes francais de type semer. Contrairement au premier ensemble de verbes cites plus hauts, ces verbes sont de polarite finale dans la mesure ou ils sont centres sur le fait que des choses sont jetees, avec comme resultat 1'occupation de la surface par la substance. Le fait qu'ils permettent de predire un changement de l'etat du lieu explique le fait qu'ils alternent. (105) a. Bad'ara 1-habb-a fi- 1-haql-i (AS) (II) a seme les graines dans le champ 'II a seme les graines dans le champ.' b. Bad'ara 1-haql-a bi- 1-habb-i (II) a seme le champ de les graines 'II a seme le champ de graines.' (106) a. zara^a 1-qamha fi- 1-haql-i (II) a seme le ble dans le champ 'II a seme le ble dans le champ.' b. zara^a 1-haql bi- 1-qamh '(II) a seme le champ de leble.' 'II a seme le champ de ble.' (107) a. zre^ 1-gemh f- j-jnan (AM) (II) a seme le ble dans le champ 'II a seme le ble dans le champ.' b. zre£ j-jnan b- 1-gemh (II) a seme le champ de le ble 'II a seme le champ de ble.' 105 Dependamment des contextes, le verbe zaraia/zrei peut etre interprete comme denotant le sens de planter. Dans ce sens le verbe alterne sous la condition que le theme est un objet comptable. Pour la construction croisee l'objet doit etre non seulement comptable mais aussi pluriel comme le montre Pexemple suivant. (108) a. Zre<, sh-shejra / sh-shjer f- j-jerda Ilaplante l'arbre/des arbres dans lejardin 'II aplante l'/des arbre (s) dans lejardin.' b. Zre^ j-jerda b- (*sh-shejra) sh-shjer Ilaplante lejardin de (* 1'arbre) les arbres 'II a plante lejardin d'arbres.' Fareh & Hamdan (2000 :82) ont souligne la meme condition pour l'arabe jordanien. (109) a. Muusa zara<, ishshajara/ishahajar fi- 1-hagil Muusa a plante l'arbre/les arbres dans le champ b. Muusa zara<, 1-hagil hi- * ishshajara/ishahajar Muusa a plante le champ de ("T arbre) les arbres Dans l'exemple (108a) la construction standard est compatible avec 1'argument Theme que celui-ci soit au singulier ou au pluriel. L'exemple (108b) en revanche, montre que dans la construction croisee seul 1'argument Theme pluriel est possible, le singulier etant exclu. Nous interpretons ceci en termes de lien entre la construction croisee et la necessite de couvrir Lieu en entier conformement a l'effet holistique, inherent a la construction croisee. Un arbre unique (Locatum) ne peut en aucun saturer le jardin (Lieu). 3.5.4. La sous-classe to block Pinker (1989 :127) distingue egalement une sous-classe de type to block15, qu'il exemplifie avec le verbe clog: Les autres verbes appartenant a cette sous-classe comprennent, entre autres, to choke, to clog, to dam, to plug, to stop up, to bind, to chain, to entangle, to lash, to lasso, to rope. etc. 106 (110) a. I clogged the sink with a cloth b. *I clogged a cloth into the sink Selon Pinker, ces verbes indiquent un lieu ou un contenant bloque, obstrue par un autre objet, empechant ainsi tout mouvement vers, a partir de, a travers ou a l'interieur de ce contenant16. Cette sous-classe de verbes constitue en fait un probleme pour 1'analyse de Pinker dans la mesure ou le constituant oblique semble etre un instrument ou un moyen et non pas un Locatum. Le contraste entre argument locatif versus instrument/moyen est loin d'etre evident en anglais du fait que la meme preposition est utilisee pour introduire les deux types. Le francais, par contre possede deux prepositions differentes, de vs avec, et chacune sert a introduire un type de complement, de introduisant le Locatum et avec l'instrument ou le moyen, ce qui rend la differentiation plus facile, (cf. Hirschbuhler et Labelle (2006) pour une explication plus etendue des differences entre de et avec). Si nous admettions que le verbe bloquer en francais est un equivalent approprie du verbe anglais to block, qui peut remplacer clog dans les exemples en (110), il serait alors possible de voir que ce verbe implique non pas un Locatum mais bien un instrument ou moyen introduit par la preposition avec. L'un des tests qui permettent de souligner sa nature est l'impossibilite de substituer avec par de qui sert normalement a introduire des arguments du verbe (cf. Hirschbuhler et Labelle 2006). (111) a. J'ai bloque laporte avec une chaise b. * J'ai bloque la porte d'une chaise En arabe marocain, les equivalents du verbe anglais to block sont sedd, rbet et hbes. Comme en anglais et en francais, ces verbes ne permettent que la construction croisee comme le montrent les exemples suivants : (112) a. sedd 1-mejra b- 1-hejjra AM II a obstrue le conduit d'eau avec une pierre 'II a obstrue le conduit d'eau avec une pierre.' 'An object or mass impedes the free movement of, from, or through the object in which it is put' (Pinker 1989 :127) 107 b. *sedd 1-hejra f- 1-mejra II a obstrue une pierre dans le conduit d'eau (113) a. rbet 1-^ awed b- 1-hbel II a confine/attache le cheval avec la corde 'II a attache le cheval avec une corde.' b. *rbet 1-hbel f- l-^awed II a attache la corde dans le cheval 'II a attache la corde autour cheval.' II en est de meme en AS, ou les equivalents de ces verbes, sadda, rabata, et hazama, ne rentrent pas dans la construction croisee comme le montrent les exemples suivants : (114) a. sadda majra l-maas-i bi- 1-hajar AS II a obstrue passage l'eau avec des pierres 'II a obstrue le passage d'eau avec des pierres.' b. *sadda 1-hajar-a fi- majra 1-maaa-i II a obstrue la pierre dans passage l'eau (114) a. hazama 1-faras-a bi- habl-i AS II a attache le cheval avec une corde 'II a attache le cheval avec une corde.' b. *hazama 1-habl-a fi/hawla- 1-faras-i II a attache la corde dans/autour le cheval 'II a attache la corde autour cheval.' La question qui se pose maintenant est de savoir si en arabe les constituants qui apparaissent dans la position oblique avec les verbes du meme type sont des instruments ou des Locatums. Etant donne qu'une seule preposition introduit les deux types en arabe, le test de substitution de la preposition n'est pas possible. Par ailleurs, il existe d'autres tests qui permettent de souligner la difference entre les deux. Un test comme l'effacement du VP et son remplacement par une expression anaphorique permet, du moins en francais, de souligner la difference entre les constituants introduits par avec, qui sont des adjoints, et des constituants introduits par de, qui sont des arguments du verbe dans la mesure ou un 108 complement en de ne peut apparaitre apres un substitut de VP. Ainsi, considerons les exemples suivants ((115) repris a Hirschbiihler et Labelle (2006): (115) a. Luc a charge le camion de briques/avec des briques b. *Luc a charge le camion de briques alors que je voulais qu'il le fasse de gravier c. Luc a charge le camion avec des briques alors que je voulais qu'il le fasse avec du gravier (116) a. Luc a bloque la porte avec une/*d'une chaise b. Luc a bloque la porte avec une chaise alors que je voulais qu'il fasse cela avec un bout de bois Dans (115b) le complement en de est impossible apres le substitut de VP alors que la reprise de avec apres apres le substitut de VP est possible dans (115c). La difference entre les deux constructions est que dans le premier cas, (115b), il s'agit d'un Locatum qui fait partie du VP, tandis que dans le second cas, (116c), il s'agit d'un moyen. On voit que la reprise par avec est possible en (115b). II s'agit done d'un adjoint de VP, un instrument ou moyen. En arabe, ce test permet de souligner le contraste entre le complement oblique d'un verbe comme hammala 'charger' et celui d'un verbe comme sadda (AS) et sedd (AM) 'bloquer' exemplifies ci-dessous. (117) * hammala 1-^ araba bi 1-maekoolaat wa kaanyajiban *(I1) a charge le camion de la nourriture et il fallait qu'il yaf^ala hada bi- 1-masroobaat (AS) fasse cela de boissons II a charge le camion de nourriture alors qu'il fallait qu'il fasse cela de boissons'. (118) sadda 1-majra bi- r-raml wa kanyajiban II a bloque le passage d'eau avec le sable et il fallait que yf^ala hada bi- 1-hasa (AS) il fasse cela avec les cailloux 'II a bloque le passage d'eau avec du sable alors qu'il fallait qu'il fasse cela avec des cailloux.' 109 (119) sedd 1-mejra b- r-remla w kan xe§sou ydir hadsi b-lhjer II a bloque le passage d'eau avec le sable et il fallait qu'il fasse cela avec les cailloux (AM) 'II a bloque le passage d'eau avec du sable alors qu'il fallait qu'il fasse cela avec les cailloux.' Dans les exemples ci-dessus, il est possible de voir un contraste entre le PP des verbes sadda (118) et sedd(\ 19) d'une part, et le PP du verbe hammala (117). Ce contraste suggere que le PP dans (118) et (119) est instrument ou moyen, tandis que dans (117) le PP en question est un locatum. Ces donnees, combinees avec celles du francais, suggerent que la decision de Pinker de traiter ces verbes comme faisant partie des verbes locatifs est une erreur puisqu'ils n'impliquent pas un locatum mais un instrument 3.5.5. La sous-classe to coil Enfin, une autre sous-classe distinguee par Pinker (1989 :127,232) que nous considerons dans le present chapitre est celle comprenant les verbes comme to coil 'enrouler (sur soi-meme)', to spin 'tourner sur soi-meme, tournoyer', to twist 'tourner, tordre', to whirl 'faire tournoyer, tourner', et to wind '(s') enrouler.' Pinker definit ces verbes comme indiquant qu' 'un objet flexible dont l'axe principal est mis, en suivant un parcours, autour d'un autre objet' ; il indique que ces verbes ne rentrent pas dans la construction croisee, mais il n'offre pas d'exemple pour illustrer. Le contraste en (121) indique qu'au moins pour certains de ces verbes, la construction croisee n'est pas exclue, ce qui n'est pas surprenant, puisque la predication principale faite par le verbe concerne la configuration finale du Locatum: (120) a. he coiled the chain around the pole b. *he coiled the pole with the chain Cependant, Lumsden (2002 :160) fait remarquer qu'en fait, le verbe wind peut alterner, ce qu'il illustre avec la pake suivante ((19a-b) dans son texte) : (121) a. John wound the fencepost with rope (to prevent her horse from getting splinters) 110 b. Jennifer wound her rope around the fencepost, (to prevent the horse from pulling it through her hands Selon Lumsden (2002 :161), 'le concept substantif17 wind decrit une Gestalt qui inclut un element locatif (un objet), un Locatum (un objet long et fin) et un processus particulier qui relie ces deux entites pour dormer lieu a une certaine configuration.' Dans la variante croisee, le concept substantif est centre notamment sur Petat du lieu une fois que le processus a eu lieu : le lieu est entouree par le Locatum. Dans la variante standard, ce concept est centre par contre sur les traits predominants decrivant l'etat du Locatum a la fin du processus : il forme un circuit autour du lieu. A la difference de wind, le concept substantif de coil implique un Locatum, un element de nature locative, abstrait, non-specifie (une configuration en spirale) avec un processus reliant les deux, le processus permettant d'obtenir la configuration. II developpe l'idee que pour le verbe to wind, la configuration du Locatum est vue comme reposant sur le Lieu autour duquel le Locatum est enroule (done on peut prendre la perspective du lieu Lumsden (2002, chap. 1 :14-15) caracterise cette notion ainsi: "Substantive concepts are complex, idiosyncratic notions that describe entities, properties, gestures, or situations, etc., in quite eclectic representations that are generated by various different cognitive faculties. These are the concepts that permit the infinite variations in meaning that are characteristic of both noun and verb inventories in the languages of the world. ... Substantive concepts are simply names for things or abstractions or collections of things or abstractions and since we can give a name to any thing or collection of things that we fancy, the inventory of substantive concepts is infinitely extensible. More specifically, it will be argued in this book that substantive concepts are Gestalt notions; collections of various informations that have a unitary interpretation only through the application of a cognitive process that has been called centering (cf. Wertheimer 1938). The centering process selects some predominant features of the Gestalt notion to serve as a central point of perspective from which the whole Gestalt can be seen as a unit. Moreover, some substantive concepts have more than one set of predominant features, so that the same Gestalt notion can be interpreted from one or another perspective in different derivations, thus undergoing a Gestalt shift." I l l affecte), alors que pour to coil, la configuration n'est pas vue comme dependant de Pentite autour de laquelle le Locatum est place ; il fait d'ailleurs remarquer qu'il peut ne pas y avoir d'entite autour de laquelle le Locatum est place, comme dans le cas d'un serpent ''coiled in the grass.' La perspective est uniquement celle de la configuration assumee par le Locatum. Cette facon de presenter le sens du verbe est tres similaire a celle d'lwata (voir Chapitre 2). Le concept substantif de Lumsden a des affinites avec le concept de scene d'lwata. Comme nous l'avons deja rappele, Iwata argumente qu'une composante du sens du verbe est mise en relief tandis que l'autre composante est releguee a Parriere-plan, dependamment de Tangle selon lequel la scene est consideree. Soulignons que le verbe to wind peut aussi apparaitre avec la preposition up qui, selon d'autres linguistes comme Rosen (1996), doit etre presente pour que la construction croisee soit possible, comme dans les exemples suivants (Rosen 1996: 206-207 (exemples 37a, 37b, 42b, ):18 (122) a. Bill wound (the) tape around the pencil (son exemple (37a, 42b)) b. *Bill wound the pencil with tape (son exemple (37b)) (123) a. *Bill wound up the tape around the pencil (son exemple (42a)) b. Bill wound up the pencil with tape. (son exemple (38c)) Une telle particule ne pourrait permettre au verbe to coil, par exemple, d'apparaitre dans une construction croisee. To coil up implique exactement la meme chose que to coil sans la particule. Les definitions donnees par le dictionnaire a ce verbe ne mentionnent pas la reference au Lieu comme un aspect central, contrairement a la definition donnee par Pinker (1989 :126) pour la classe de verbes dans laquelle il l'inclut et qui predit cette reference au Lieu: 'Flexible object extended in one dimension is put around another object (preposition is around).' En fait, le sens de to coil indique seulement la configuration finale du Theme lui-meme, il n'indique rien sur un Lieu eventuellement affecte, 'If you coil something, you wind it into a series of loops or into the shape of a ring. If it coils Pinker (1989:126) classe egalement to wind dans la classe des verbes alternants contenant to coil. 112 around something, it forms loops or a ring.' (Collins Cobuild Advanced Learner's English Dictionary, coil, p. 261). Comme Pemploi de base du verbe to coil fait reference au fait que le Locatum est enroule sur soi-meme, les emplois ou le Locatum est enroule autour d'un objet de reference ne sont que des cas particuliers de ce premier sens et dans les deux cas ce qui importe c'est le type de configuration du Locatum (etre enroule). Par ailleurs, la definition du verbe to wind est differente en ce sens que celui-ci indique une composante additionnelle, la reference a un lieu, ' When you wind something flexible around something else, you wrap it around it several times.' (Collins, ibid., p. 1667). Tous les dictionnaires bilingues anglais-arabe/arabe-anglais donnent au verbe to coil la traduction laffa. En AM et en AS, les verbes leff (AM) et laffa (AS) sont, par contre plus proches semantiquement de to wind que de to coil. Par ailleurs, laffa et leff son\ conformes a la definition de Pinker, a savoir le fait qu'il y a une reference a un lieu: si on laff/leffun objet etendu c'est par rapport a un autre objet. Ceci dit, ces verbes en arabe permettent d'exprimer deux points de vue en s'inserant dans deux constructions; la construction standard et la construction croisee. Pour comprendre pourquoi les verbes de cette sous-classe en AM et en AS permettent la construction croisee, il faut voir une reciprocite entre les deux utilisations du verbe, un effet de miroir qui fait que la configuration du produit final ne peut etre imaginee qu'en relation avec un Lieu, ce qui permet de predire et d'indiquer comment le Lieu est affecte. Lorsqu'un objet est mis autour d'un Lieu, celui-ci est alors entoure par 1'objet en question. (124) a. leff 1-hbel £la kerso (AM) (II) a entoure la corde autour sa taille 'II a mis la corde autour de sa taille.' b. leff kers bi 1-hbel' (II) a entoure sa taille de la corde 'II a entoure sa taille d'une corde.' (125) a. laffa 1-habla hawla xaasira-tih (AS) (II) a entoure la corde autour sa taille 'II a mis la corde autour de sa taille.' 113 b. laffa xaa§ira-tahu bi 1-habl (II) a entoure" sa taille de la corde 'II a entoure sa taille d'une corde.' Dans P esprit de Lumsden, laffa/leff peut etre vu comme une 'gestalt' qui denote la configuration du contenu tout en faisant reference au Lieu. Contrairement a to coil, il ne s'agit pas seulement de decrire la configuration de Pobjet mais d'associer cet objet a un lieu qui sert d'appui et qui, de ce fait, peut- etre concu comme changeant d'etat, ce qui explique la possibility d'alternance entre deux construction, chacune associee a une perspective distincte. II existe, par ailleurs, des verbes comme, dewwer, lewwaa (AM) et adaara, lawwaa (AS) qui correspondent non a la definition de Pinker mais a la definition semantique de verbes comme to twist et meme to coil dans la mesure ou leur sens implique que le Locatum est enroule sur soi-meme comme dans : lewwa wejho 'il a tourne la tete' (AM) et adaara wajhaho il l-hadt 'il a tourne sa tete vers le mur' (AS). II existe des emplois particuliers, un peu forces ou le Locatum est enroule autour d'un objet de reference mais dans les deux cas ce qui importe c'est le type de configuration du Locatum (etre enroule). Comme pour to coil, ces verbes n'alternent pas comme le montre les exemples suivants : (126) a. dewwer r-rezza ^la raso (AM) (II) a entoure le turban autour sa tete 'II a entoure le turban autour de sa tete.' b. *dewwer rass-o b- r-rezza (II) a entoure sa tete de le turban 'II a entoure sa tete d'un turban.' (127) a. adaara 1-^imaama-ta hawla raas-ih (AS) (II) a entoure le turban autour sa tete 'II a entoure le turban autour de sa tete.' b. * adaara rass-a-ho bi- 1-^imaama-ti (II) a entoure sa tete de le turban 'II a entoure sa tete d'un turban.' 114 Le comportement de ces verbes est tout a fait conforme au fait qu'ils ne permettent pas de predire un changement d'etat du lieu dans la mesure ou une reference au lieu ne fait pas partie du sens du verbe. II est possible, par ailleurs d'augmenter le sens en faisant reference a un lieu autour duquel est mis le Locatum, ce qui explique la construction standard. La conclusion que nous pouvons tirer des verbes mentionnes dans cette sous- section est que d'une part, en cherchant des equivalents dans d'autres langues, la classification de Pinker doit etre prise avec caution pour ne pas classer des verbes qui ont des differences semantiques subtiles. Ces differences, aussi subtiles soient-elles expliquent des comportements differents. D'autre part, la classification de Pinker elle-meme, que ce soit pour l'anglais ou pour d'autres langues doit etre retravaillee et affinee pour eviter des sous-classes regroupant des verbes qui n'ont pas necessairement le meme sens ni le meme comportement comme c'est le cas pour la sous-classe to coil. 3.6. Conclusion Dans ce chapitre nous avons compare la distribution des verbes locatifs en AM, en AS, et en anglais. Nous avons souligne trois grandes classes de verbes, nommement les verbes alternants, les verbes non-alternants standards, et les verbes non-alternants croises. Les trois types de verbes sont attestes dans les trois langues considerees. Nous avons vu que certains verbes locatifs dans ces trois langues se comportent de la meme facon vis-a-vis de l'alternance locative, tandis que d'autres manifestent un comportement different en arabe et en anglais. Nous nous sommes inspires des contraintes semantiques appelees 'Narrow Range Rules' proposees par Pinker (1989) puisqu'ils permettent de faire une comparsion systematiques entre les sous-classes de verbes de chaque langue. A la difference de Pinker nous n'avons pas fait de distinction en termes de sens de base ou ce qu'il appelle Broad Range Rules etant donne que nous adoptons un point de vue monosemique du sens du verbe et nous n'adherens pas a l'idee selon laquelle un verbe peut avoir un sens de base et un sens derive. Parmi les tests utilises par Pinker pour determiner le sens de base, celui de l'omission de 115 l'objet oblique. Or, nous avons cru demontrer, a travers certains exemples, que ce test a" omission ne peut etre pertinent puisque le PP est souvent omissible en arabe, du moins le comportement des verbes locatifs en arabe n'est pas consistant face a 1'omission. L'optionalite est aussi un des arguments que Goldberg utilise pour determiner les arguments semantiques selectionnes (profiled) par le verbe et ceux qui ne le sont pas. Nous avons montre combien il est difficile de generaliser son analyse proposee pour le verbe comme to spray a leurs equivalents en arabe (AS et AM). Le fait que les objets obliques peuvent etre omis avec les verbes locatifs, est un argument contre l'idee de profiled arguments de Goldberg qui pose de serieux problemes en arabe. Plusieurs conclusions s'imposent au terme de Pexamen de la distribution des verbes locatifs dans les trois langues que nous venons de considerer, notamment l'examen semantique approfondi de certaines sous-classes de verbes, representatives des similarites et des differences entre les langues en question. Une premiere conclusion porte sur le fait que les differences en termes d'alternance concernent non seulement l'anglais et l'arabe mais aussi les deux variantes de l'arabe. Nous avons par ailleurs montre que, dans la plupart des cas, l'alternance locative depend davantage de la semantique du verbe. Autrement dit, le contraste manifeste par des verbes equivalents dans des langues differentes depend du sens du verbe. Une deuxieme observation descriptive que nous pouvons degager de ce chapitre concerne la hierarchisation des verbes : souvent, la possibilite pour certains verbes a entrer en alternance, ou dans une construction donnee, peut aisement se generaliser aux verbes appartenant a la meme sous-classe semantique. Evidemment, il existe des exceptions ou des verbes appartenant a la meme sous- classe se comportent differemment vis-a-vis de l'alternance locative. II en est ainsi meme des verbes anglais comme to wind vs to coil, et to disperse vs to scatter. 116 Ceci etant dit, nous avons observe que l'alternance locative est plus flexible en anglais qu'en AM et en AS. Des verbes comme to pile et to scatter altement en anglais mais pas leurs equivalents en AS et en AM. Une autre conclusion permise par l'examen semantique des verbes est d'ordre theorique. En fait, il s'avere que le modele de RH&L (1998a, b), L&RH (2003) est assez explicatif du comportement des verbes locatifs en arabe. L&RH font une distinction entre verbes exprimant un resultat et verbes exprimant une activite. Nous avons pu confirmer que ces derniers ont le potentiel d'etre augmente, afin d'exprimer un changement d'etat ou le deplacement vers un lieu. II existe, neanmoins, une condition necessaire pour qu'un verbe d'activite puisse entrer dans une construction donnee; il s'agit de la predictibilite, introduite par Pinker (1989). Nous avons vu a partir de l'examen des verbes que ce qui est commun entre les verbes qui alternent c'est la possibilite de predire, a partir du sens du verbe un changement de lieu ou un changement d'etat, ce qui leur permet d'etre inseres dans une construction donnee; en d'autres termes, la possibilite pour une structure evenementielle simple d'etre augmentee en une structure evenementielle complexe depend de la possibilite de predire un resultat, ou un changement de lieu. La notion de predictibilite permet done de completer le modele de L & RH. La question qui se pose des lors, et de savoir si ce modele permet de rendre compte des differences entre l'AM et de l'AS et des cas exceptionnels. C'est ce que nous allons verifier dans le chapitre qui suit en examinant le cas du verbe to fill 'remplir' en arabe mais aussi le cas du verbe to smear 'enduire' et ses equivalents en arabe. 117 Chapitre IV Le verbe lemmer 'remplir' en AM 4.0 Introduction Dans ce chapitre, nous examinons en profondeur le verbe lemmer qui est l'equivalent en AM du verbe francais remplir ou du verbe anglais to fill. La raison principale pour laquelle nous reservons un chapitre entier a ce verbe est parce qu'il souleve un certain nombre d'interrogations de nature descriptives et theoriques en AM. En fait, ce verbe rentre dans la construction standard en AM mais pas en anglais, ni en francais, ni meme en AS. Plus encore, contrairement a 1'anglais et au francais, le comportement de ce verbe est plus difficile a cerner en AM dans la mesure ou il est utilise dans plusieurs contextes denotant des sens differents. C'est cette variete qui fait que la structure semantique de ce type de verbe n'est pas toujours homogene, et qu'il est parfois difficile de delimiter l'usage qui repond a la definition donnee pour ce verbe. Autrement dit, bien qu'il s'agisse du meme verbe utilise dans une multitude de situations, il n'est pas toujours certain que nous ayons affaire au meme verbe plutot qu'a des polysemes ayant en commun un ou plusieurs aspects de la structure semantique du verbe. Etant donne ces differents constats, nous nous interrogerons sur les raisons qui font que ce verbe peut alterner dans certaines langues, comme en AM, mais pas dans d'autres, notamment en AS, en francais, et en anglais, bien que nous puissions trouver des cas isoles en anglais temoignant de la construction standard de ce verbe (nous y reviendrons). Comme nous allons pouvoir le constater, ces observations nous interpellent quant a l'idee, emise par R&HL (1998) et L&RH (2003), selon laquelle seuls les verbes qui expriment une maniere ont le potentiel d'alterner a la condition, que nous avons adopte a la suite de Pinker (1989), de pouvoir predire so it un changement d'etat soit un changement de lieu. Cela signifie-t-il que l'alternance observee en AM remet en cause cette hypothese que nous avons adoptee tout au long de ce travail ou bien doit-on plutot privilegier la 118 piste selon laquelle la structure lexicale de ce verbe en construction standard est differente de celle en construction croisee ? Le reste du present chapitre est organise comme suit. Dans § 4.1 nous allons parler du comportement du verbe to fill en anglais, et dans d'autres langues en essayant de degager d'eventuelles irregularites quant a la tendance generate pour des verbes exprimant le resultat. Dans § 4.2, nous examinerons l'equivalent du verbe to fill en AS et, surtout, en AM. L'examen, tiendra compte de tous les emplois du verbe lemmer 'remplir' et des contextes qui permettent la construction standard. Dans la derniere section, § 4.2, nous parlerons de la representation du verbe a la lumiere du cadre adopte dans ce travail. Dans ce qui suit, nous allons voir que les verbes du type de to fill ne se comportent pas toujours de la maniere attendue dans certaines langues, la deviation refletant tantot un comportement generalise pour les verbes semantiquement equivalents (au moins en apparence) aux verbes croises de l'anglais, tantot un phenomene relativement limite lexicalement, souvent accompagne de contraintes selectionnelles. 4.1. Les equivalents du verbe to fill en anglais, en AM et en AS 4.1.1. Emploi et definition du verbe to fill Selon Pinker (1989:77-8) les verbes de type to fill en anglais (et dans plusieurs autres langues) specifient un etat particulier d'un lieu a la suite de 1'addition de quelque chose a ce lieu. lis ne specifient pas une maniere de deplacement du theme. La phrase (1) par exemple specifie que le verre doit etre entierement occupe par Veau, sans specifier la facon dont l'eau est arrivee dans le verre. II se peut que John ait verse de l'eau dans le verre, comme il se peut qu'il ait ouvert un robinet et place le verre dessous ou qu'il ait utilise un boyau d'arrosage ou tout autre moyen ou maniere. (1) a. John filled the glass with water b. * John filled water into the glass Outre P emploi causatif exemplifie en (1), le verbe to fill s'emploie egalement de maniere inchoative comme illustre avec les exemples (2) et (3) ci-dessous : 119 (2) The glass filled with water. (3) Water was filling the glass. Dans Pemploi inchoatif (2) et (3), on peut imaginer que le verre se trouve a l'exterieur et est rempli par la pluie qui tombe. L'exemple (3) peut aussi avoir une interpretation statique. Dans ce qui suit, nous nous restreignons a l'emploi causatif exemplifie en (1). Dans leur emploi causatif, les verbes de type to fill sont des verbes de pur effet, ils ne peuvent etre inseres que dans la construction croisee ou le Lieu est objet direct. Ici, a la fois la construction et le verbe vehiculent un sens holistique : La construction croisee est associee a un effet holistique du fait que le lieu occupe la position d'objet direct, affecte par Taction, le verbe to fill, de sa part, a un contenu lexical vehiculant la meme information que l'adjectif/w// (cf. Brinkman (1997) pour une discussion detaillee de 1'effet holistique). Dans de nombreux cas, le verbe ne requiert pas que l'ensemble du Lieu soit completement affecte, au sens strict du terme. Ceci est vrai pour (4) par exemple ou la statue est ruinee, et en ce sens, completement affectee, meme si seule une partie de celle-ci est couverte de peinture. La meme remarque est valable pour les exemples en (5), ou le verbe precise l'apparence du Locatum sur le Lieu. (4) Vandals sprayed the statue with paint (Pinker 1989 :78) (5) a. La rouille a piquete la porte de metal de minuscules taches b. Luc a strie le mur fraichement repeint de grandes lignes rouges c. Luc a balafre le visage de son adversaire d'une belle entaille bien profonde d. Luc a entoure sa propriete d'un grand mur Dans tous les exemples donnes ci-dessus, c'est le Locatum introduit par de qui instancie, cree, et constitue la propriete exprimee par le verbe. Ainsi, dans (5b) par exemple, les lignes rouges constituent ou forment les stries, et le fait d'etre strie est predique du mur, et par consequent, les lignes rouges occupent ou sont sur le mur. Le verbe to fill en anglais est associe semantiquement a l'adjectif 'full.' Le fait que cet adjectif designe un etat d'un lieu occupe au maximum (sature, plein) par quelque chose suggere que le verbe denote un evenement, une situation ou un 120 lieu qui est ou vient a etre occupe jusqu'a la limite par un contenu (le Locatum). Comme cette propriete ne peut etre vraie, et done prediquee, que d'un lieu, il est normal que ce dernier soit realise dans la position d'objet direct (la), repete en (6a) ci-dessous, celle-ci etant reconnue comme la position du syntagme considere comme "linguistiquement affecte" (cf. Labelle 1992, 2000): (6) a. John filled the glass with water b. * John filled water into the glass Dans les situations illustrees en (6) le verbe exerce une restriction sur son argument interne direct, celui-ci doit etre interpretable comme un lieu, ce qui exclut Pexemple (6b), ou la construction impose d'interpreter l'objet direct comme un Locatum place dans un Lieu plutot que comme un Lieu affecte par un Locatum. Cette facon d'expliquer le comportement du verbe '_/?//' et des verbes ayant le meme sens dans d'autres langues est exprimee de differentes manieres dans la plupart des analyses, notamment dans Gropen, J., S. Pinker, M. Hollander, R. Goldberg 1991). Pour Goldberg, les verbes de type to fill specifient la maniere dont le contenant est affecte mais pas celle dont le contenu est affecte . 4.1.1. Emplois standards des verbes de type to fill 'remplir' II existe plusieurs langues2 ou les equivalents du verbe to fill alternent entre la construction Ground et la construction Figure, contrairement a 1'anglais qui se conforme a la definition donnee pour ce verbe plus haut (voir § 1). Hirschbuhler "The meaning of fill specifies the particular way in which the container is affected ... but it does not specify the manner in which the content is affected... The linking rule thus specifies that the container argument, but not the content argument, is encodable as the direct object offilF (Gropen, Hollander et Goldberg (1991:119)). 2 C'est le cas notamment du Japonais ('mitasu', cf. Fukui, Naoki, Shigeru Myagawa, & Carol Tenny 1985; Kageyama 1980, 1997, 2002, Tsujimura 1999, Kishimoto 2002 Iwata 2003), le Coreen ('chaywuta', cf. Lee 1998, Kim 1999, Kim & Landau 1997, Kim, Landau & Collins 1999, Paek 2000), le Chinois 'guarf (Juffs 1993, 1996a, 1996b, 2000; Pao 1996; Rosen 1996, Wang 1998). 121 (2002: 5, 2004: 6), reprenant des observations de plusieurs auteurs3, illustre cette alternance avec des exemples puises dans plusieurs langues comme le montre le tableau ci-dessous (adapte de Hirschbuhler 2002)). Tableau 4.1 : Certains equivalents du verbe to fill dans d'autres langues. Fill Anglais Japonais mitasu Coreen chaywuta Chinois guan CONSTRUCTION STANDARD *John filled water into the bucket Sityoo-wa sakazuki-ni osake-o mitasita The mayor filled/pour sake into his cup Yumi-ka mwul-ul cep-ey chaywu- ess-ta. S-Nom water-Ace cup-Loc fill-Past- Dec Lao Zhang ba shui guan-le pingzi L.Z BA water pour/fill-Perf bottle L.Z. poured the water into the bottle4 CONSTRUCTION CROISEE John filled the bucket with water Sityoo-wa sakazuki-o osake-de mitasita The mayor filled his cup with sake (Ishimoto 2002) Sumi-ka cep-ul mwul-lo chaywu- ess- ta. S.-Nom cup-Ace water-with fill-Past- Dec. (Kim 1999:17) Lao Zhang ba pingzi guan-le shui L.Z BA bottle pour/fill-Perf water L.Z. filled the bottle with water (Wang:174,ex.(33a-b)) Un type d'explication propose pour cette situation dans ces langues est que celles-ci sont des langues qui permettent, soit tres largement, soit avec certaines classes de verbes, des "accomplis inacheves", c'est a dire une forme perfective des verbes ou du syntagme verbal exprimant des situations accomplies comme en francais ou en anglais, mais sans forcer 1'interpretation selon laquelle l'evenement presente a ete mene a terme. Pour expliquer ce fait, Juffs (1993, 1996a) a propose que des langues comme le chinois ne permettent pas que la structure lexicale 3 En particulier Juffs (1993, 1996a, 1996b, 2000) et Kim (1999), qui ont ete les premiers a mettre en evidence le fait que ce phenomene concerne de nombreuses langues. Wang (1998:173-4) donne la variante (i) de la construction standard avec preposition de lieu; il signale que contrairement aux locuteurs de dialectes du nord de la Chine, les locuteurs de dialectes du sud ont de la difficulte a accepter la construction croisee avec BA, mais n'indique pas s'il existe une variante de cette construction sans BA. Lorsque BA est present, Pobjet direct est compris comme fortement affecte. (i) Lao Zhang wang pingzi-li guan -le shui. 'Lao Zhang to bottle-in pour/fill Asp water' 122 d'une racine verbale simple combine une activite et un resultat: ce dernier devrait etre introduit par l'addition d'un predicat resultatif dans la syntaxe. Tsujimura (2003), quant a elle, argumente sur la base du japonais que le resultat est present dans la representation des verbes, mais sous la forme d'une implicature. Kim (1999), de son cote, lie la possibility d'alterner au fait que les langues en question, en particulier le coreen, sont des langues permettant des verbes seriels, c'est-a- dire des combinaisons verbales ou un verbe introduit une activite et l'autre un resultat, ce qui n'est pas sans rappeler Juffs {op. cit.). L'idee que certaines langues n'encoderaient pas grammaticalement le resultat d'une activite (l'aspect telique) au niveau lexical se retrouve dans les travaux de plusieurs auteurs5 qui s'interessent plus generalement a l'aspect. En un mot, dans ces langues, c'est le systeme d'encodage du resultat qui permet systematiquement la construction standard avec les verbes de type fill, ce qui est refiete dans le tableau (9) des correspondances constructionnelles de Kim, dont nous proposons une version legerement modifiee a partir de Hirschbtihler (2004 :6): Tableau 4.2 V. standards Anglais Coreen Japonais Chinois V. alternants Anglais Coreen Japonais Chinois V. croises Anglais Coreen Japonais Chinois Ce tableau fait apparaitre que les verbes croises de l'anglais alternent en general dans les langues du bas du tableau, et que les verbes correspondant aux verbes alternants de l'anglais se divisent en deux groupes, l'un forme de verbes alternants (c'est generalement pour les equivalents de smear), et l'autre de verbes qui ne connaissent que la construction standard (c'est normalement le cas pour les equivalents de spray), comme le fait remarquer Lee (1998). 5 Parmi lesquels Ikegami 1991, Kageyama 2002, Lee 1998, Lin 2004, Singh (1991, 1998). 123 4.1.2 Emplois standards restraints des verbes de type to fill 'remplir' A cote des langues du type mentionne dans la section precedente, Ton note aussi l'existence de langues dans lesquelles les verbes exprimant Pidee de remplir peuvent alterner sans pour autant que ces langues puissent etre caracterisees comme des langues a accomplis inacheves. C'est le cas de l'allemand/w//e« (avec des restrictions selectionnelles plus strictes dans la construction standard) tel qu'exemplifie en (7), et, dans une certaine mesure, des langues scandinaves, notamment l'islandais (Svenonius 2002) tel qu'exemplifie en (8), et le danois (Herslund 1995) (7) a. Siefullteden Weinin/aufFlaschen (Allemand) lit. She filled wine in bottles (8) a. Harm fyllir floskuna me5 vatni (Islandais, Svenonius 2002) He fills the bottle ace with water b. Harm fyllir vatn a floskuna lit. He fills water, ace on the bottle La construction standard est egalement repertoriee dans le Oxford English Dictionary. Selon les exemples fournis dans ce dernier, la construction standard en anglais semble connaitre des restrictions sur le type d'objet direct qui lui est associe. Plus particulierement, celui-ci designe generalement un liquide ou quelque chose qui peut-etre verse comme le montrent la selection d'exemples de l'OED ci-dessous:6 (9) a. Having filled it [Milk] into a clean vessel (OED, 1615 MARKHAM Eng. Housew. II. i. (1668) 12)7 b. Having the long-boat and the shallop, with about six-and-thirty men with them, away they went to fill water. (OED, 1725 DE FOE New Voy (1840)35) Les premieres attestations donnees par le OED avec Locatum objet direct de fill remontent a la fin du 13e siecle. n Cet exemple fait partie des exemples a construction standard donnes dans la section "IV. With the introduced contents as obj", point "13. To put (wine, etc.) into a vessel with the view of filling it." 124 c. Filling powder, taking gunpowder from the casks to fill cartridges (OED, 1867 SMYTH Sailor's Word-bk)8 d. Measured quantities of [oil-seed] meal are filled into woollen bags (OED, 1884 Encycl. Brit. XVII. 742) e. The New Englander curses gold mining. Billions of good, hard New England cash have been filled into those little black holes (OED, 1906 Springfield Weekly Republ. 12 Jan. 13) 9 Les exemples et paraphrases donnes dans 1'Oxford English Dictionary suggerent que la fusion du sens evenementiel de la construction standard et du sens lexical defill donne a 1'ensemble une interpretation canonique, le verbe/?// donnant le resultat envisage de Taction, (la plenitude du contenant). Dans une perspective moins constructionniste, on peut dire que le verbe fill a pris un autre sens lexical proche de celui de verser, voire meme un sens plus specialise, comme 'se ravitailler en eau', 'faire le plein d'eau', a l'instar de l'expression to fill powder, note 9). II semble que dans tous ces cas, l'idee de remplir, ou plutot de mettre dans un contenant la quantite appropriee, soit retenue (par exemple, quand on remplit une tasse de the, on n'y met pas la quantite maximale que la tasse peut contenir). Les exemples de l'emploi defill en construction standard ne sont pas limites a des periodes revolues de la langue ; Ton rencontre la construction standard de facon sporadique dans 1'anglais courant comme en temoigne 1'exemple ci- dessous, trouve dans un livre de cuisine tel que rapporte par RH&L (1985), et cite de maniere recurrente dans la litterature. (10) Take a little of the mixture at a time and fill it into the zucchini Levin (2004) contraste pour sa qualite cet exemple avec les exemples suivants (32a-b dans 1'original): (11) a. The gardener filled the basket with seeds Les exemples b. et c. viennent du point "IV.14. a. To fill a receptacle with (any material); to put or take a load of (corn, water, etc.) on board a ship, to fill powder (see quot. 1867)." Les exemples b. et c. viennent du point "IV. 14. c. To put or throw into (a receptacle) by way of filling it." 125 b. T h e gardener filled seeds into the basket Outre son interet documentaire, Pexemple (10) a l'interet d'etre d'un type que Ton trouve atteste dans le langage des enfants anglophones (Bowerman 1982 ; Pinker 1989 : 25-26; Gropen, J., S. Pinker, M. Hollander, R. Goldberg 1991). Ni RH&L (1985), ni Pinker (1989) ne discutent en detail l'existence sous forme restreinte de la construction standard avec to fill chez des adultes. Pom- Pinker, "une condition necessaire pour qu'un verbe participe a l'alternance locative, c'est qu'il specifie ou permette a quelqu'un de predire a la fois un type de mouvement et un etat final" (Pinker 1989:124). Dans cette perspective, le verbe to fill permettrait d'envisager de maniere exceptionnelle la situation un peu comme dans le cas du verbe load, qui "met en jeu une unite ou un type de substance approprie au contenant et qui est mis dans une partie designee du contenant, lui permettant de remplir une fonction (par ex. une arme a feu, un appareil photo) (Pinker 1989 :124)10. Ou si on envisage un analogue francais de l'exemple (13), peut-etre que dans cet emploi exceptionnel, le verbe to fill est envisage de maniere semblable au verbe inserer, avec en plus la nuance que le Locatum doit remplir completement la courgette et/ou la condition que le Locatum soit envisageable comme subissant un traitement particulier, comme le suggere la premiere partie de l'exemple Take a little of the mixture at a time, ou le Locatum est vu comme le theme, ce dont on parle, et introduit dans le contenant. II reste toutefois que ces raisonnements ne permettent pas, a eux seuls, de comprendre pourquoi de tels exemples ne sont apparemment pas possibles en francais ou les exemples equivalents de (10) sont exclus comme en temoigne (12). (12) *Prenez un peu de farce a la fois et remplissez-la dans la courgette Ceci confirme le point de vue de Pinker (1989: 124) pour qui les Narrow Range Rules associes aux emplois standards ou croises dans l'alternance en anglais doivent etre vues comme des conditions necessaires, pas comme des "Load involves a unit or type of substance appropriate for the containing object that is put in a designated location within the containing object, enabling it to perform some function (e.g. a gun, a camera)." 126 conditions suffisantes , notons au passage que sa discussion du statut des Narrow Range Rules est en general basee sur les emplois croises de verbes considered comme des verbes standards: Une recherche sur Google permet de voir que la construction standard est aussi utilisee dans d'autres types d'exemples, ce qui indique une certaine versatilite dans Pemploi de ce verbe, du moins pour certains locuteurs. Comme nous ne voulons pas faire une etude exhaustive des emplois standards comme ceux de to fill, nous nous contentons de ne donner ici que quelques exemples : (13) a. The article data are filled automatically into the different form fields. The user only needs to enter his personal data like name or email www.pubmedcentral.nih.gov/ articlerender.fcgi?artid=l 187866 b. Otherwise we now have an IP address for this client; fill it into the 'yiaddr'. (your IP address) field, www.ietf.org/rfc/rfc951.txt c. After dispersal, the solution was sterilized using a filter, filled aseptically into vials, and lyophilized. The size of the particles did not change before ... cat.inist.fr/?aModele=afficheN&cpsidt=l6413243 - d. Rose in a heart of ice. I suppose it is not necessary to put the rose into boiling water. One could boil the water first, let it cool (perhaps in the freezer, but this would be very energy consuming) and then put the rose inside. Or boil it in another bowl, and then after cooling fill it into the bowl where the rose is already attached. (But in this case, one has to pour carefully, otherwise we might introduce new air into the water.) http://www.instructables.com/id/EG0CS2NZSGEXCFMHWG/ Pour conclure, il est possible de faire une distinction entre deux types de langues : des verbes ou les equivalents au verbe to fill alternent regulierement et "However, these constraints are not sufficient conditions for the alternation to occur, at least not without begging the question of why some words specify a motion or end state and others do not. For example, it is not convincing to say that the reason that *I dripped water onto the floor is bad is that no end state is specified—why has the verb drip not accumulated a component of meaning specifying that the surface is covered with drops, like sprinkle? " (Pinker 1989: 124) 127 des verbes dont ces verbes n'alternent que de facon restreinte. Les premiers sont des verbes ou le resultat n'est pas encode grammaticalement. Dans le second type de verbes, il n'est pas clair pourquoi ces verbes alternent ni pourquoi Pusage de la construction standard est tres contraint. 4.2 L'equivalent du verbe to fill en arabe Dans cette section nous abordons les equivalents du verbe remplir en AS et en AM, avec les differents sens qu'ils vehiculent. 4.2.1. 'Remplir' en AS : malada En AS 1'equivalent du verbe to fill est malada. II s'agit d'un verbe de pur effet qui denote un changement d'etat du lieu resultant de l'ajout d'une substance. Ce verbe n'a pas vraiment de particularites et se comporte conformement aux predictions que nous pouvons faire a partir de sa representation, selon l'approche de Pinker mais aussi celle de RH&L (1998a) et L&RH (2003). (14) a. Malaa a ahmad-u 1 -kuub-a bi l-maaa-i (II) a rempli Ahmad le verre de l'eau 'Ahmad a rempli le verre d'eau.' b. *Malas a ahmad-u 1-maaa-a fi- 1 -kuub-i (II) a rempli Ahmad l'eau dans le verre 'Ahmad a verse (litt. Rempli) l'eau dans le verre.' 4.2.2. 'Remplir' en AM : lemmer 4.2.2.1. Le verbe to fill, latnara et lemmer En AM, l'equivalent le plus proche defill, remplir' est lemmer qui, comme en anglais, denote un changement d'etat resultant de l'ajout d'une substance a un contenant, le rendant 'plein.' II existe en AC/AS un verbe phonologiquement identique, sauf pour la premiere voyelle, ou on a un 'a' au lieu de 'e ' , mais dont le sens est un peu different, puisque contrairement au verbe de l'AM, celui de l'AS n'inclut pas le sens de 'remplir', pour lequel l'AS recourt au verbe malada, qui n'existe pas en AM. Le dictionnaire arabe-arabe Muhit-Ul-Muhit (1987 : 631 (1867-1870)) de 128 Butros Al Bustani, donne a lammar plusieurs sens dont peupler, habiter, construire une/des habitations, vivre longtemps. Utilise en rapport avec l'argent et les biens, il signifie croitre et grandir. Le meme verbe prend le sens de remplir lorsqu'il est utilise pour indiquer qu'un tissu est bien tisse, ce qui litteralement signifie bien plein ou bien 'dose' de files a tisser. Les dictionnaires Al Wasit et LogatAL Arab donnent pres de 28 mots derives de la racine Umr] dont istaimara 'coloniser', mosta^mara 'terre colonisee', limaara 'bailment', mi^maarr 'une maison habitee par plusieurs personnes et/ou qui a beaucoup d'eau et beaucoup de biens', etc. Ces mots partagent souvent l'idee d'occupation d'un lieu ou d'extension spatiale du Locatum jusqu'a sa completude. Les verbes construits sur la racine [£mr], quant a eux, selectionnent tous un lieu en tant qu'objet direct comme le montrent les exemples donnes en (15): (15) a. ^amara almanzil-o bi-ahlihi (AS) Habite la maison de ses habitants 'La maison est habitee par ses habitants.' b. ^amara folan-o ad-daar-a A construit quelqu'un la maison 'Quelqu'un a construit la maison.' c. ^amara ar-rajolo A vecu l'homme 'L'homme a vecu longtemps.' d. ^ amir a al-maalo S'accroit l'argent 'L'argent s'accroit.' e. <,amara folan rabba-ho A prie l'homme son dieu 'L'homme a prie son dieu.' Dar, Manzil, Bayt sont tous synonymes de maison, le choix est laisse completement au locuteur d'utiliser celle qu'il prefere, l'une d'elles peut etre choisie dans une region mais pas dans une autre. 129 Dans (15c), il faut reconstruire un objet direct implicite denotant un lieu, il faut comprendre lamara al-ard (il a vecu longtemps sur terre, qui vient aussi du sens d'origine dans les ecrits religieux : l'homme est creee pour limaarat al ard 'pour vivre sur terre, peupler la terre.' Dans Pexemple (15d), l'idee d'accroissement a des liens avec l'idee d'occupation (cf. Brachet (2000) sur les divers sens associes a la racine indo-europeenne *phl dans le temps (que Ton retrouve dans le latin plenum 'plein' et populus 'peuple'). L'exemple (22e) n'a par contre plus de lien avec l'idee d'occupation d'un lieu. Comme nous l'avons deja dit, parmi les differents sens exprimes pour le verbe lamara en AS, celui de to fill 'remplir' est absent, sauf si nous considerons que 'peupler' implique ce sens. 4.2.2.2. Le verbe lemmer et 'remplir' La plupart des mots cites plus haut sont aussi utilises en arabe marocain avec le sens donne en arabe standard dans les dictionnaires mentionnes (ex. limaara 'batiment'). L'AM a aussi le mot imaara qui designe tout ce qui sert de garniture 'stuffing', d'ou l'utilisation du verbe dans le sens de 'farcir' (anglais to stuff). Cependant, contrairement au verbe lamara en AS, le verbe lemmer en AM s'apparente a d'autres formes derivees comme m-^emmer (participe passif) et laamer (adjectif), ayant tous les deux le sens de 'plein.' Comme le verbe lemmer, ces deux formes derivees n'existent pas non plus en AS avec le sens de 'plein.' Etant donne que toutes ces trois formes lemmer, laamer et m-lemmer vehiculent le sens de 'plein', on peut conclure que ce sens est encode dans la racine verbale qui leur sert de base de derivation. II s'agit done d'un verbe qui, de par le sens qu'impose sa racine, specifie un etat 'plein.' Cette racine incorporee a la structure du verbe causatif indique done un etat resultant d'une action de mettre quelque chose dans un lieu ou un contenant. Etant donne ce sens de 'plein' encode dans la racine verbale, la structure lexicale du verbe en question ne peut etre que celle decrite en (16a) plutot que (16b): (16) a. b. 130 Dans (16a), le composant (de y) est introduit par la construction. II s'agit d'un verbe qui specifie un etat resultant correspondant a l'etat du lieu sans que le verbe donne des informations sur ce qui a amene cet etat ni la maniere dont cela a ete fait. Le sens predit que le changement est considere du point de vue de ce qui arrive au lieu, pas au Locatum. Des lors, nous nous attendons a ce que le verbe restreigne le lieu a la position d'objet direct et que le Locatum soit exclu de cette position. Or, ce verbe lemmer en AM ne se conforme pas a cette prediction, et son comportement est done inattendu. D'une part parce qu'il permet la construction Figure, comme le montrent les exemples (17), et d'autre part, parce qu'il semble etre utilise pour denoter des sens differents; selon le contexte, il peut avoir le sens de 'remplir', 'farcir', 'charger' ou 'peupler' . (17) a. ^emmer 1-ma f- 1-kas (II) a rempli l'eau dans le verre 'II a mis (litt. rempli) l'eau dans le verre.' b. ^emmer 1-kas b- 1-ma (II) a rempli le verre de l'eau 'II a rempli le verre d'eau.' Les deux exemples impliquent une nuance semantique en ce sens que (17b) impose une interpretation holistique que (17a) n'a pas. Les deux constructions se comportent de la meme facon vis a vis du test d'omission du syntagme prepositionnel propose Mahmoud (1999), rappele dans le Chapitre 3, comme le montrent les exemples suivants. (18) a. ^emmer athay (II) a rempli le the 'II a verse le the.' 13Rappelons-nous, cependant, que le verbe ^emmer est utilise dans plusieurs variantes de l'arabe mais sans avoir le meme sens dans toutes ces variantes. L'arabe egyptien utilise le verbe lammar dans le sens de charger/load en n'acceptant que la construction Ground ; L'arabe irakien utilise aussi le meme verbe mais dans le sens de construire des habitations et dans le sens de reparer, pour ne mentionner que ces deux variantes. 131 b. ^emmer 1-berrad (II) a rempli la theiere 'II a rempli la theiere.' (19) a. athay m-^emmer Le the rempli 'Le the (est) verse.' b. 1-berad m-^emmer La theiere remplie La theiere (est) remplie.' Dans les exemples donnes plus haut, le Locatum est un liquide (boisson), la construction Figure est acceptee par tous les locuteurs. Lorsque le Locatum est autre chose qu'un liquide, comme dans l'exemple donne en (20) plus bas, la construction Figure est tres marginale, jugee acceptable par certains locuteurs seulement. (20) a. (-.ernmer 1-xensa b- t-trab II a rempli le sac de le sable 'II a rempli le sac de sable.' b. ?? ^emmer t-trab f- 1-xensa II a rempli le sable dans le sac Les locuteurs natifs considerent la phrase (20b) comme une erreur, ajoutant que ce type d'erreur est tres frequent chez les enfants ainsi que chez les locuteurs berberophones ne maitrisant pas l'arabe. Cependant, meme les locuteurs qui acceptent la construction Figure (20b) admettent qu'ils ne l'utiliseraient pas necessairement dans le contexte ou le theme n'est pas un liquide. Le test d'omission revele, en fait, une nette distinction entre les deux exemples (20a) et (20b) plus haut. En effet, l'omission n'est possible qu'avec la construction Ground (20a) mais pas avec la construction Figure (20b) comme le montrent les exemples (21a) et (21b), respectivement: (21) a. <-,emmer 1-xensa II a rempli le sac 'II a rempli le sac' 132 b. *£emmer t-trab II a rempli le sable 'II a verse (lit. rempli) le sable.' La question qui se pose maintenant est comment rendre compte de l'alternance dans ce cas et des restrictions sur celles-ci. La reponse a cette question reside dans les differents sens associes au verbe lemmer en arabe marocain comme nous allons le voir dans la section qui suit. 4.2.2.3. Le verbe lemmer et 'charger' Le verbe lemmer en AM peut aussi etre utilise dans le sens de charger, to load, dependamment du contexte argumental. Dans ce cas, seule la construction croisee est possible comme le montrent les exemples suivants : (22) a. ^ernmer 1-camiyo b- s-snadeq II a charge le camion de les boites 'II a charge le camion de boites.' b. *<<,emnier s-snadeq f- 1-camiyo (II) a charge les boites dans le camion 'II a charge les boites sur le camion.' (23) a. ^emmer 1-keroossa b- s-snadeq (II) a charge le chariot de les boites 'II a charge le chariot de boites.' b. *,?,emmer s-snadeq ^el 1-keroosa (II) a charge les boites sur le chariot 'II a charge les boites sur le chariot.' Ce qui est interessant dans ces contextes, ou le verbe lemmer est utilise dans le sens de to load, est qu'il ne se comporte pas comme ce dernier qui est, selon Pinker, est un verbe croise alternant. Une raison possible derriere ce comportement inattendu, compare au comportement du verbe to load est que Pemploi de lemmer dans le sens de 'charger' est un emploi motive par le sens de 'plein, rempli' qu'il vehicule. II faut rappeler, cependant que l'AM possede un verbe hemmel 'charger' mais qui est utilise dans la construction standard 133 seulement. C'est done comme si pour permettre les deux emplois de 'charger' du francais, les verbes hemmel et lemmer se partageaient la tache, lemmer etant utilise pour exprimer l'equivalent de l'emploi croise de 'charger', qui n'est pas pris en charge par hemmel. Considere ainsi, le verbe sarja, qui est un emprunt transparent au fran9ais, done plus recent, englobe les deux emplois standard et croise comme le montrent les exemples ci-dessous : (24) a. Ibrahim hemmel 1-keroosa b- §-§nadeq Ibrahim a charge le chariot de les boites 'Ibrahim a charge le chariot de boites.' b. * Ibrahim hemmel s-snadeq <<,la- 1-keroosa Ibrahim a charge les boites sur le chariot 'Ibrahim a charge les boites sur le chariot' (25) a. Ibrahim sarja §-§nadeq ^la- 1-keroosa Ibrahim a charge les boites sur le chariot 'Ibrahim a charge les boites sur le chariot' b. Ibrahim sarja 1-keroosa b- §-§nadeq Ibrahim a charge le chariot de les boites 'Ibrahim a charge le chariot de boites.' 4.2.2.4. Le verbe lemmer et 'farcir' Utilise dans le sens de farcir, le verbe lemmer est encore une fois restreint a la construction croisee comme le montrent les exemples suivants : (26) a. Rayan ^emmer d-djaja b- r-ruz Rayan a farci le poulet de le riz 'Rayan a farci le poulet de riz.' b. * Rayan ^emmer r-ruz f- d-djaja Rayan a farci le riz dans le poulet II faut aussi noter qu'il existe en AM un verbe Ma ou xsa qui, phonetiquement, ressemble au verbe hasaa 'farcir' de l'AS qui est un verbe alternant. Ma en AM denote 'inserer', 'introduire' mais aussi 'farcir.' Ce dernier entre seulement dans la construction standard. Done encore une fois, c'est comme 134 si pour rendre les deux emplois de hasaa de l'AS, qui tous les deux alternent, les verbes hsa et lemmer en AM se partageaient la tache, lemmer etant utilise pour exprimer l'equivalent de Pemploi croise defarcir, qui n'est pas pris en charge par hsa. (27) a. Rayan ^emmer d-djaja b- r-ruz Rayan a farci le poulet de le riz 'Rayan a farci le poulet de riz.' b. Rayan hsa r-ruz f- d-djaja Rayan a farci le riz dans le poulet Pour conclure cette description, on peut dire que le verbe lemmer en AM est problematique, car ses sens semblent varier selon la construction dans laquelle il se trouve. En conjonction avec le contenu lexical des arguments, ou inversement, le sens qu'on lui accorde determine les constructions qu'il accepte. Nous reviendrons sur Pensemble de ces observations dans les § 4.5 et § 4.6. 4.3. Pinker (1989) II est clair que le cas de lemmer pose un probleme au modele de Pinker (1989) qui ne peut rendre compte de son comportement. D'une part, Pinker explique l'alternance en termes de l'etendue du sens du verbe : lorsqu'il est assez large et renseigne a la fois sur la maniere et sur le changement d'etat, permettant un Gestalt Shift, il a la possibilite d'alterner et permet la construction correspondant a la perspective adoptee. Par contre, lorsqu'il est restreint et ne renseigne que sur une seule perspective, l'alternance est impossible, c'est le cas du francais remplir, et dans ses emplois "ordinaires", de 1'anglais to fill. A premiere vue, lemmer a un sens assez restreint dans la mesure ou il renseigne seulement sur l'etat du lieu. En partant de 1'information contenue dans la representation semantique du verbe, il est impossible, a premiere vue, de predire la maniere dont se fait le deplacement. II s'agit la d'un contre-exemple a la condition de predictibilite de Pinker (1989 : 79-80), condition qu'il considere comme necessaire a l'alternance et que nous avons adopte tout au long de ce travail. 135 II faut, neanmoins, remarquer que dans le sens de 'remplir', le verbe dans la construction standard impose que le Locatum soit un liquide, une restriction qui n'est pas presente dans la construction croisee, ce qui suggere que l'emploi de base au sens de 'remplir' est l'emploi croise et que l'emploi standard, souvent considere comme marginal, serait peut-etre a considerer comme une extension un peu particuliere pour certains locuteurs, tout comme l'emploi standard de to fill anglais. D'autre part, le fait que lemmer peut vehiculer plusieurs sens, et de ce fait apparaitre dans plusieurs sous-classes de verbes, est problematique pour une approche monosemique. Selon Iwata (2005), le probleme de la classification multiple souleve des questions a la fois a un niveau general et a un niveau particulier. Au niveau general, comment est-il possible qu'un seul et meme verbe appartienne a plus d'une sous-classe de verbes, si on considere qu'il est monosemique. Au niveau specifique, comment est-ce qu'un verbe, apparemment le plus representatif de sa sous-classe, apparait dans une autre sous-classe dans laquelle aucun autre verbe de la premiere categorie n'apparait. II est a noter aussi que les autres equivalents des verbes de la sous-classe fill n'alternent pas en AM. 4.4 Goldberg (1995) Une analyse alternative serait celle de considerer comme Goldberg que c'est l'insertion de lemmer dans la construction Figure qui lui confere, en apparence, le sens de la maniere de deplacement, ou au moins un sens de transfert, ce qui semble, de prime abord regler le probleme de Palternance. Neanmoins, une des critiques qui peut etre adressee au modele propose par Goldberg est qu'elle ne dit pas toujours explicitement ce qui fait que l'insertion d'un verbe dans un cadre inattendu est possible, ce qui fait que le verbe peut etre coerce dans une construction qui ne vehicule pas le sens exprime par le verbe. Elle considere que le contenu lexico-semantique du verbe est le meme dans les deux constructions. Dans ce cas, nous nous demanderons ce qui fait que to fill en anglais n'alterne pas de maniere systematique alors que lemmer en AM le fait, du moins lorsque le Locatum fait reference a un liquide, et en fait pourquoi le verbe lemmer a cette 136 capacite de s'adapter a deux cadres structuraux exprimant des perspectives distinctes sur l'evenement, de s'y trouver "a l'aise", si le contenu lexico- semantique est le meme dans les deux emplois et dans les deux langues considerees. Aussi, en adoptant le modele de Goldberg, il n'est pas clair pourquoi la construction Figure est plus attestee avec un certain type de Locatum en AM mais moins avec d'autres ; si le verbe permet une utilisation dans un cadre syntaxique vehiculant le sens de '{manner of) motion', nous nous attendrions a ce que ce soit possible avec tous les types de Locatums qui se retrouvent dans la construction croisee. Goldberg (1995: 120-140) discute des cas ou une construction est possible seulement avec certains verbes mais pas le cas d'une construction possible avec un verbe particulier. Elle donne l'exemple des constructions ditransitives ou la productivite en termes d'alternance est limitee pour certains verbes comme to give vs to donate, to tell vs to whisper, to bake vs to ice. Par ailleurs, elle explique ces irregularites en termes de productivite de certaines constructions, et non en termes de differences semantiques entre les verbes14 (citation en note). En admettant, comme le fait Pinker, et en quelque sorte Goldberg, que le sens du verbe determine si la combinaison est possible ou pas, nous nous retrouvons au point de depart a savoir ce qui fait que lemmer en AM permet la construction Figure alors qu'il n'a rien, a priori, dans son sens qui suggere la possibilite d'insertion dans la construction standard. Avant d'essayer de comprendre pourquoi le verbe lemmer alterne, il faut d'abord comprendre le sens exact du verbe ainsi que ses differents usages. 4.5 Idiosyncrasies du verbe Comme mentionne plus haut, lemmer peut etre utilise dans le sens de 'charger' et 'farcir.' Dans les deux cas, il est utilise pour exprimer 1'equivalent de l'emploi croise qui ne sont pas pris en charge par les deux verbes (hsa et hemmel), verbes 14 'It is claimed here that what is stored is the knowledge that a particular verb with its inherent meaning can be used in a particular construction. This is equivalent to saying that the composite fused structure involving both verb and construction is stored in memory.' (Goldberg 1995:40) 137 dont les equivalents sont alternants en AS {hasaa et hammala). Neanmoins, lemmer se differencie de charger ou hemmel dans la mesure ou il ne peut apparaitre dans les memes contextes que celui-ci, comme le montrent les exemples ci-dessous. (28) Francois doit charger quelqu'un de cette mission (29) 1-aabb hemmel weldoo 1-kbeer l-mesaooliya dyal xxootoo s-sgar Le pere a charge son fils aine la responsabilite de ses freres petits 'Le pere a charge son fils aine de la responsabilite de ses petits freres.' (30) *l-aabb ^emmer weldou lkbeer lmesouliya dyal xoutou ssgar Le pere a charge/*rempli son fils aine la responsabilite de freres petits 'Le pere a charge son fils aine de la responsabilite de ses petits freres.' (31) a. hemmel (II) charge 'II a charge b. *hemmel (II) charge 'II a charge (32) a. *^emmer (II) charge 'II a charge b. * ,^emmer (II) charge 'II a charge fessa £el 1-hmar e foin sur Pane e foin sur Pane.' •hmaar b- 1-fessa ane de le foin ane de foin.' •fessa ^el 1-hmaar e foin sur Pane e foin sur Pane.' hmar b- 1-fessa ane de le foin 'ane de foin.' Comme le montrent les exemples (28) et (29) ci-dessus, lemmer ne peut apparaitre dans les memes contextes ni avoir les memes complements que hemmel ou meme charger en fran?ais. Plus encore, meme la construction croisee n'est pas possible dans ce sens, lorsque le l'objet direct n'est pas un contenant (32b). Le verbe lemmer garde done des traits, comme la selection d'un contenant, comme dans le sens de 'remplir.' Ce qui suggere encore une fois que lemmer n'a pas en realite le sens de 'charger' et confirme notre hypothese que son utilisation est motivee seulement par le trait 'plein' qu'il vehicule. 138 Considerons maintenant lemmer dans le sens de 'farcir/stuff ? Implique t-il vraiment ce sens ou juste un sens de remplissage (plein)? En francais, farcir accepte seulement la construction croisee (33), et l'anglais stuff a ce sens particulier dans la construction croisee seulement (34a) (dans la construction standard il a plutot le sens de 'mettre dans un contenant en exercant de la pression". Dans ce sens, ce sont done des verbes qui expriment exclusivement le changement d'etat, e'est aussi le cas de lemmer en AM. (33) Jean a farci le poulet de riz * Jean a farci le riz dans le poulet (34) John stuffed the chicken with rice #John stuffed the rice into the chicken Nous avons souligne plus haut que hsa en AM a plus le sens d'inserer, introduire et mettre que celui de farcir. Cependant, il semble que lemmer et Ma sont utilises dans deux constructions differentes comme pour permettre Palternance du sens de 'farcir/garnir'. Alternance qui est possible en AS avec le verbe hasaa, comme e'est le cas avec lemmer et hemmel. Par ailleurs, contrairement a ces derniers, il existe en AM un nom imaara 'farce/garniture.' Etant donne cette forme nominale, il est possible d'imaginer qu'il existe en fait un verbe lemmer 'farcir.' Selon la generalisation de Labelle (1992, 2000) mais aussi celles de Kiparsky (1997) et Arad (2003), un verbe incorporant un Locatum selectionne le Lieu comme objet direct ce qu explique la construction croisee dans ce cas, pour le verbe lemmer. II faut noter en passant que Guerssel (1986) aussi cite le verbe 'lemmer' comme faisant partie de la classe 'stuff' en berbere. La conclusion que nous pouvons tirer des donnees ci-dessus est que dans le sens de 'charger' l'utilisation du verbe lemmer est motivee par le sens de remplissage qu'il denote, motive aussi par la similitude que permet le sens de charger, celle qu'un lieu est rempli a sa capacite. Pour ce qui est du sens de farcir, 1'existence de la forme nominale qui correspond a 'farce/garniture' fait penser au fait qu'il existe en fait un verbe qui a ce sens (l'utilisation de farce/garniture). Des lors, en traduisant le verbe lemmer, il faut se mefier de ne pas le traduire dans tous les contextes par le meme verbe francais. 139 Pour revenir au cas qui nous interesse, a savoir lemmer dans le sens de 'remplir', nous avons deja mentionne que la construction Figure est plus attestee avec un liquide comme l'eau et le the et que meme sans le PP Lieu la construction est acceptable (35) et (36). (35) a. ^emmer lma (II) a rempli l'eau 'II a verse (lit. rempli) l'eau.' b. ^emmer 1-kas (II) a rempli le verre 'Ilaremplileverre.' (36) a. atay m-^emmer Le the remplit 'Le the remplit ((est) rempli).' b. 1-kas m-^emmer Le verre rempli 'Le verre (est) rempli.' Le fait que la construction Figure soit acceptable dans le cas des liquides peut etre explique par ce que Goldberg (1995) appelle 'determined motion1 dans la mesure ou le passage qu'un liquide decrit dans son deplacement vers un contenant est determine. Selon Goldberg la trajectoire ('path of motion)' doit etre completement determinee par la force causante pour qu'une phrase soit acceptable dans la construction 'caused-motion'; elle donne l'exemple 'Sam frightened Bob out of the house . Dans la mesure ou un liquide a la propriete d'avoir une trajectoire determinee par la gravite une fois propulse, le deplacement de ce dernier peut etre vu comme predetermine et par consequent expliquer pourquoi la construction Figure est possible pour le cas des liquides. Etant donne ce qui est dit ci-haut et les differences notables entre lemmer dans la construction Figure et la construction Ground, nous pensons qu'il existe deux verbes lemmer differents. D'une part, un verbe lemmer qui designe '////' qui est un verbe denotant un changement d'etat, un verbe de pur effet sur le lieu. D'autre part, un verbe lemmer qui designe quelque chose comme mettre ; il 140 denote une maniere de deplacement en quelque sorte neutre, comme avec mettre et deposer, mais qui impose des restrictions sur le type d'argument. Ce dernier a un sens institutionnalise15 dans la mesure ou il fait souvent reference a un certain type d'action se rapportant le plus souvent aux boissons Qemmer Ima 'mettre de l'eau dans des contenants'). (37) Men Hi kayjiw ddyaf kan -^emmer-ou lihum Quand arrivent les invites copule-nous remplissons pour eux athay f- 1-berad 1-mdehheb lethe dans latheiere doree 'Quand des invites arrivent nous preparons le the dans la theiere doree.' (38) f-Taroudant n-nas kay-^emmer-ou 1-ma f- j-jfani A Taroudant les gens copule-remplissent l'eau dans les bassins kola sbah £la wed kay-tqte^, 1-ma f- s-seef Tous les matins parce que copule interrompu l'eau en ete 'A Taroudant, les gens remplissent de l'eau /les bassins d'eau tous les jours parce que 1'alimentation en eau est interrompue pendant l'ete.' (39) n-nas f- 1-mdon 1-^atiqa kay-^emmr-u 1-ma Les gens dans les villes anciennes copule-remplissaient l'eau f- s-sqqayaat d- 1-hey dans les fontaines de le quartier 'Les gens, dans les anciennes villes, approvisionnent/puisent leur eau dans les fontaines du quartier.' (40) a. He filled out the information in the form (41) a. ^emmer 1-wraq d-1'immigration (b- l-me^loomaat s-sexseya) (II) a rempli les formulaires de l'immigration (d'informations personnelles) 'II a rempli les formulaires d'immigration avec ses informations personnelles.' Hirschbiihler: remarque personnelle. 141 b. *<,emmer me^loumat s-sex§eya f- 1-wraq d-1'immigration (II) a rempli les informations personnelles dans les papiers d'immigration (42) a. f-lmtihan ^emmer 1-werqa b- 1-axtaa A l'examen (il) a rempli la feuille de les fautes 'Pendant l'examen il a rempli sa feuille de reponses fausses.' b. * f-lmtihan ^emmer 1-axtas f- 1-werqa A l'examen (il) a rempli les fautes dans la feuille L'idee que lemmer entrant dans la construction Figure est un verbe indiquant la maniere de mouvement {manner of motion) se trouve aussi confirmee par les donnees d'autres langues comme l'arabe irakien. Ce dernier possede un verbe lemmer utilise dans un sens de maniere de deplacement relie au domaine des boissons (43), comme en AM (44). La construction est acceptable sans le PP lieu, ce qui dans les termes de Pinker signifie que le verbe a un sens de base Figure. (43) iammir-li fad peek nafiis16 (Irakien) Prepare-moi une boisson rare 'Prepare-moi une bonne boisson !' (44) ^emmer li-ya chi atay moaatabar (AM) Prepare pour moi quelque (un) the bon Prepare-moi un bon the Peut etre que l'argument le plus fort en faveur de l'idee qu'il existe deux verbes lemmer differents est constitue par les donnees du kabyle (parler berbere de Kabylie, Algerie). En fait dans cette variante du berbere, lemmer est un verbe qui entre dans les constructions Figure seulement sans vehiculer la notion 'plein' qui est realise par un autre verbe ssar utilise seulement dans la construction Ground a la fois pour denoter lfilV et 'load' 'A Dictionary of Iraqi Arabic' (2003: 322) Nous remercions Karim Achab pour les exemples en kabyle. 142 (45) a. Yidir y-^emmer aman gher lkas Yidir a rempli l'eau dans le verre 'Yidir a verse (lit. rempli) l'eau dans le verre.' b. Yidir y-ssur lkas d aman Yidir a rempli le verre copule eau 'Yidir a rempli le verre d'eau.' (46) a. Yidir y-^emmer asaghur s- akamyun Yidir a charge/rempli le foin dans le camion 'Yidir a charge le foin dans le camion.' b. Yidir y-essur akamyun d asaghur Yidir a charge/rempli le camion copule le foin 'Yidir a charge le camion de foin.' Les donnees de tachelhit (berbere du sud du Maroc) sont moins concluantes que celles du kabyle. Le verbe lemmer en tachelhit se comporte comme le verbe lemmer en AM, avec des constructions Figure attestees lorsque le Locatum est un liquide. Comme en AM, l'idee de 'plein' n'est pas presente dans le cas des constructions Figure. (47) a. ^emmer lkas (g - w-aman) (II) a rempli le verre de l'eau 'II a rempli le verre d'eau.' b. ^emmer w-aman f- 1-kas (II) a rempli l'eau dans le verre (48) a. ^emmer 1-xenst g agurn (II) a rempli le sac de le foin 'II a rempli le sac de foin.' b. *£emmer agurn f xenst (II) a rempli le foin dans le sac (49) a. ^emmer aqre^e g w-aman (II) a rempli la bouteille de l'eau 'II a rempli la bouteille d'eau.' 143 b. ^emmer aman f- t-aqre^,et (II) a rempli l'eau dans la bouteille Les exemples ci-dessus viennent d'une locutrice qui vit dans un milieu arabophone, il est done possible qu'elle soit influencee par l'AM. II faut noter en passant, que Guerssel (1986) a deja souligne le comportement alternant de lemmer en berbere marocain, il n'a malheureusement pas donne des details sur le type d'arguments ni d'exemples. II sera bien entendu interessant de regarder ce qui se passe dans les deux autres variantes du berbere du Maroc et faire une comparaison mais puisque nous sommes dans Pimpossibilite de trouver des locuteurs nous nous contentons des donnees que nous avons pour le kabyle et le tachelhit. Dans toutes ces langues y compris l'AM, les constructions Figure sont acceptables et meme attestees sans le PP lieu, ce qui confirme l'idee de 1'institutionnalisation du sens du verbe. 4.6. Representation du verbe La question qui se pose maintenant est celle de comment representer les deux verbes lemmer en AM? Nous pensons que le modele qui represente le mieux les donnees de l'AM, relatives au verbe lemmer, est celui de RH&L (1998a) et L&RH (2003). Rappelons-le, selon RH&L (1998: 97) les verbes peuvent etre classees en deux classes : ceux exprimant une maniere de deplacement, et ceux exprimant un resultat. RH&L (1998a: 103) expliquent les differences entre les deux types de verbes en termes de differences de classification evenementielle qui determine leur semantique de base. En utilisant le mecanisme de decomposition du predicat, RH&L suggerent que les verbes de resultat ont une representation evenementielle complexe consistant en deux sous-evenements : un evenement causatif causing event et le changement d'etat que cet evenement apporte. La complexite evenementielle des verbes denotant un resultat les restreint a un seul type de realisation syntaxique. En fait, etant donne qu'il s'agit, pour ces verbes, d'une representation evenementielle deja complexe, il est impossible de les 'augmenter' davantage. Autrement dit, aucun autre resultat ou une maniere de 144 mouvement ne peuvent etre ajoutes (RH&L 1998a:122). La possibilite d'etre 'augmente' est une propriete des verbes qui n'expriment pas un resultat, qui ont une representation evenementielle simple. L'augmentation signifie que la position finale du Locatum ou un etat du Lieu peuvent etre ajoutes et par consequent, le verbe peut apparaitre dans plus d'une realisation syntaxique. Dans ce modele, les verbes comme to fill en anglais, et malada en AS sont des verbes de pur effet, done des verbes exprimant un resultat, qui ont une representation evenementielle complexe, ce qui explique pourquoi ils n'alternent pas, puisqu'il n'est pas possible d'augmenter leur structure davantage. Pour ce qui est du verbe lemmer, nous avons postule qu'il existe deux verbes. Appelons-les un verbe lemmer (1) et un verbe lemmer (2). Le verbe lemmer (1) denote un resultat, comme malada et to fill, il permet la construction croisee seulement et a une representation evenementielle complexe. D'un autre cote, nous avons un verbe lemmer (2) qui denote, semble-il, une action dont la fmalite est de pourvoir un contenant avec un liquide, ce qui peut etre vu comme une action de verser, de deplacer un liquide de son lieu initial a un lieu final, mais dont la finalite est, si Taction se continue, d'arriver a remplir le contenant. II est done possible de voir un parallelisme, voir un lien pragmatique entre verser et remplir, ce qui explique son utilisation comme denotant une action, une activite (neutre a la maniere de verser et de mettre). Pris comme une activite, le verbe a le potentiel d'etre augmente d'un autre sous-evenement causatif 'causing subevent', comme un Lieu {Achieved Location)1* pour devenir une structure evenementielle plus complexe. Dans ce cas sa representation est telle que representee en (50a) et, lorsque le PP est realise, (50b). II faut rappeler qu'avec certains verbes d'activite, qui ont une structure evenementielle simple, la maniere de deplacement n'est pas toujours precise, comme pour to put/mettre. lemmer (2) est de ce fait semblable a ces verbes. (50) a. [[ x ACT <^mmer> l ] b. [[x ACT<,emmer> y] CAUSE [BECOME in/'f-' [z ]]] RH&L (1998a :23) 145 (51) Karim ^emraer a-thay (f- 1-berad) Karim arempli lethe dans latheiere Le deuxieme sous-evenement de l'evenement complexe (50b) est identifies par la preposition '/- ' (dans) ce qui permet de recouvrer le participant, appele Lieu, par la racine (RH&L 1998a :24). II y a une restriction sur le type de complement possible ; il doit necessairement etre un contenant. 4.7. Conclusion Dans ce chapitre, nous avons vu que le verbe lemmer en AM pose un probleme pour les approches presentees dans le chapitre 2 dans la mesure ou son comportement syntaxique n'est pas conforme au sens vehicule par le verbe. Nous avons propose, en nous basant sur les arguments enumeres plus haut, qu'il existe deux verbes lemmer dont un signifie 'remplir', avec une structure evenementielle complexe, et dont l'autre est un verbe qui denote une activite de deplacement d'un objet (un liquide) dans un contenant, qui a une representation evenementielle simple. La meilleure facon de rendre compte de ce verbe est d'adopter le modele de RH&L (1998a) et L&RH (2003). L'argument pour une telle proposition vient d'abord du comportement du verbe lui-meme dans plusieurs contextes mais aussi d'autres langues comme le kabyle, le tachelhit et l'arabe irakien. En fait, nous avons vu que le verbe lemmer 2 a un usage institutionnalise, nous pensons que l'usage est passe d'un verbe qui selectionne un Lieu en position Objet direct pour devenir un verbe standard, pour une raison que nous ignorons. Cet usage est atteste en AM, en tachelhit, en kabyle, en arabe irakien ce qui ne laisse aucun doute qu'il s'agit bel et bien d'un verbe different du verbe lemmer qui entre dans la construction croisee. Ceci confirme l'idee de L&R selon laquelle l'alternance est reservee aux verbes associes a une structure evenementielle simple. 146 Chapitre V Le verbe dhen 'enduire' en anglais, en AM et en AS 5.0 Introduction Nous avons deja souligne que parmi les verbes qui manifestent des differences interlinguistiques importantes, entre les trois langues en question, il y a les verbes de type to smear et dont les equivalents en AM et AS sont, respectivement, dhen et dahana. Dans ce qui suit, nous examinons le comportement du verbe anglais to smear en ses equivalents en AM et en AS, tout comme nous essayerons d'expliquer les differences constatees. Le present chapitre est organise comme suit. Dans la Section 5.1. nous rappelons brievement certaines analyses du verbe anglais to smear. Dans la Section 5.2. nous abordons les equivalents en AM et en AS du verbe anglais to smear. Dans la Section 5.3. nous ferons une tentative pour expliquer les differences interlinguistiques constatees sur la base des proprietes inherentes des verbes en question telles que vehiculees par la racine. La Section 4 recapitule les arguments principaux avances dans le present chapitre. La Section 5 conclut le chapitre. 5.1. Le verbe To smear en anglais Pinker (1989) definit le verbe smear, comme exprimant un contact vigoureux d'une substance contre une surface avec simultanement etalement de cette substance sur cette surface. Hale et Keyser (1993) donnent une description similaire en faisant remarquer que ce verbe implique une information relative au sujet qui indique que l'agent manipule quelque chose d'une certaine maniere tout au long de Pevenement, mettant cette chose en contact avec le lieu (Ce point de vue se retrouve egalement chez Kiparsky (1997:22) pour qui une telle caracteristique fait que les verbes de type to smear requierent la presence d'un agent, et que de tels verbes n'ont pas d'emploi inaccusatif, contrairement aux verbes comme to splash par exemple : 'The verb smear denotes a process requiring the initiation and continuous participation of a causing Agent'). 147 (1) a. He smeared grease on the axle b. He smeared the axle with grease Le fait que ce verbe alterne en anglais ne semble pas poser de problemes pour la purpart des theories, en particulier celles de Pinker (1989) et Iwata (1998), le verbe etant considere comme ayant les proprietes de sens lui permettant d'exprimer aussi bien le transfer! d'une substance a un lieu que l'affectation de ce lieu par la substance. RH&L (1998a, b) et L&RH (2003), expliquent to smear comme un verbe de maniere (manipulation d'une substance) denotant un evenement simple qui peut etre augmente aussi bien pour exprimer le lieu final occupe par la substance que le resultat de cette manipulation sur le lieu. 5.2. Les equivalents du verbe to smear en AS et en AM. Les dictionnaires anglais-arabe donnent plusieurs Equivalents du verbe to smear dont principalement dahana (AS) et dhen (AM). Etymologiquement, le verbe dhen est le meme que le verbe dahana de l'arabe classique et de l'AS. Ce verbe a neanmoins subi des changements phonologiques importants en AM , mais aussi des changements semantiques subtils. Ces differences semantiques affectent aussi la structure argumentale, notamment les positions au sein desquelles les arguments peuvent etre realises. Ainsi, alors que dahana (AS) est un verbe qui entre seulement dans la construction croisee, dhen en AM entre a la fois dans la construction croisee et dans la construction standard comme le montrent les exemples ci-dessous. (2) a. dhen z-zyt ^la lheyt-ou (AM) (II) a enduit l'huile sur sa barbe 'II a mis de l'huile sur sa barbe.' b. dhen lheyt-ou b- z-zyt' (II) a enduit barbe-sa de l'huile 'II a enduit sa barbe d'huile.' Le verbe dhen existe aussi en berbere ; les specialistes des langues chamito-semitiques s'accordent pour dire que les verbes presentant des similarites de ce type appartiennent a un fonds lexical commun aux langues chamito-semitiques (Achab, communication personnelle). 148 (3) a. *dahana z-zayt-a <^ ala lihyati-h (AS) (II) a enduit l'huile sur sa barbe 'II a mis de l'huile sur sa barbe.' b. dahana lihyata-hu bi- z-zayt-i (II) a enduit sa barbe de l'huile 'II a enduit sa barbe d'huile.' D'autres verbes qui ont un sens proches de smear et qui font partie de la merae sous classe semantique refletent ces differences dans les deux langues. II s'agit des verbes xaddaba et 'tala' en AS et de mells, tla, teles et lebbex en AM. Le dictionnaire francais-arabe maghrebin de Claudie Cheraifi (2005) donne la traduction enduire aussi bien pour dhen que pour tla en AM. (4) a. melles ssima is\ 1-hit (AM) (II) a enduit/lisse le ciment sur le mur 'II a mis du ciment sur le mur.' b. melles 1-hit b- s-sima (II) a enduit le mur de le ciment 'II a enduit le mur de ciment.' (5) a. ^endha s-sxana w lebbex-at 1-hena ^la ras-ha Elle a la fievre et elle a enduit le henne sur sa tete b. ^endha s-sxana w lebbex-at ras-ha b- 1-hena Elle a la fievre et elle a enduit sa tele de le henne 'Comme elle a de la fievre, elle s'est enduit la tete de henne.' (6) a. *talaa s-sahm-a <<,ala doolab 1-^araba-ti (AS) (II) a enduit la graisse sur la roue la voiture 'II a etale de la graisse sur la roue.' b. talaa doolab 1-^arabat-a bi s-sahm-i (II) a enduit la roue la voiture de la graisse 'II a enduit la roue de la voiture de graisse.' (7) a. *xaddaba-t 1-hinaa fi- s-sa^r Elle a enduit le henne dans les cheveux 'Elle a mis du henne sur ses cheveux.' 149 b. xaddaba-t s-sa^r bi- 1-hina' Elle a enduit les cheveux de le henne 'Elle a colore (enduit) ses cheveux de henne.' La question que soulevent ces verbes est: comment expliquer les differences d'une part entre l'anglais et l'AS et d'autre part entre l'AM et l'AS? Qu'est-ce qui fait que ce qu'on pourrait penser etre fondamentalement le meme verbe alterne dans une langue et non dans 1'autre ? En accord avec une approche semantique, la reponse est a chercher du cote du sens du verbe. 5.3. Differences interlinguistiques. Dans une approche qui traite des verbes denominaux, le mode de formation des verbes est tres important dans la mesure ou il determine leur comportement. Kiparsky (1997) a montre l'interet et l'importance de distinguer entre les verbes reellement denominaux et les verbes qui ne le sont qu'en apparence seulement. La distinction est simple. Les premiers sont derives a partir de noms alors que les seconds sont derives a partir de racines qui servent aussi a la derivation de noms. Dans ce dernier cas, le verbe et le nom apparentes sont derives de la meme racine mais il n'y a pas de rapport derivationnel direct entre eux. Kiparsky (1997) et Arad (2003) ont souligne des differences morphologiques et semantiques entre les deux types de verbes. En fait les premiers sont etroitement dependants du sens nominal dans leur interpretation alors que les seconds peuvent partager un champ semantique commun avec les noms, du fait qu'ils sont derives a partir de la meme racine mais ils n'en dependent pas. Les racines, dont parlent Arad (2003) et Kiparsky (1997), correspondent, dans les langues comme l'hebreu et l'arabe, a des suites de consonnes qui constituent la base de la formation des mots et auxquelles sont ajoutes des schemes nominaux ou verbaux. Nous pouvons illustrer ce procede a l'aide des mots formes a partir de la racine [k t b] qui vehicule la semantique encodee dans ecrire/ecriture. 150 (8) a. kaatib 'ecrivain' b. kitaaba 'ecriture' c. kitaab Livre d. kataba 'ecrire' e. maktoob 'lettre' f. maktab 'bureau' g. maktaba 'librairie' II faut noter, en passant, que certains morphologues (Bat-El 1994 (cite par Arad)) et phonologues (Ussishkin 1999 cite egalement par Arad) ont reconsidere le statut des racines et de la derivation en hebreu et en arabe. En effet, ces auteurs contestent 1'analyse selon laquelle la racine serait la base de la formation dans les langues semitiques en faveur de la reconnaissance d'une des formes comme base pour former les autres formes par des processus d'affixation. (Voir Ussishkin 1999 pour des arguments en faveur de cette position). Dans leurs analyses, RH&L (1998a, b, 2002) ainsi que L&RH (2003) et Levin (2003) font egalement appel a la notion de racine (Root). Elles designent par ce terme l'ensemble des proprietes semantiques idiosyncratiques des verbes, done a distinguer de l'approche de Kiparsky (1997) et d'Arad (2003) II s'agit notamment du type ontologique du verbe, qui correspond a un choix restreint de types (etat, resultat, etat resultant, maniere, instrument, objet, Lieu/contenant, etc.) II faut rappeler que ce que L&RH et RH&L considerent comme des verbes ayant une racine de type Objet ou Lieu (contenant) correspond aux verbes considered comme des denominaux 'Locatum' ou 'Location' (Lieu) par Clark & Clark (1979), Kiparsky (1997), Labelle (1992, 2000) et Arad (2003), entre autres. II s'agit de verbes incorporant des noms Locatum ou des noms Lieu. Dans le modele de L&RH et RH&L, la notion de racine est capitale dans la mesure ou le sens du verbe est considere comme etant "bipartite" ou bipolaire, en ce sens qu'il comprend necessairement une information racine et une information relative a une structure evenementielle. C'est le type ontologique de la racine qui determine, par ailleurs, la structure evenementielle de base associee au verbe (L&RH 2003). Ceci 151 dit, que ce soit d'un point de vue formel ou conceptuel, l'origine du verbe ou son type ontologique determine son comportement. 5.3.1. Le verbe dahana vs to smear En AS, le verbe dahanaa est associe au nom dohn/dihan qui denote aussi bien de la graisse que de la peinture. Le verbe talaa est associe au nom tilad qui denote du liquide, goudron, ou tout ce qui sett a oindre et a enduire. Pour xaddaba, il est associe au nom xidab. Historiquement, le xidaab referait au henne ou a des substances que Ton fait a base de henne ou d'autres herbes et qui servent a colorer. L'adjectif xadb denote la couleur verte des arbres, des paturages, et par extension, toute chose verdoyante. II semble, par contre, que le sens du verbe xaddaba n'est plus restreint a l'utilisation du henne mais s'est elargi pour denoter le fait de s'enduire de henne ou de toute autre substance utilisee pour teindre ou pour colorer. D'ailleurs, dans certains dictionnaires (cf. AL Wasit (dictionnaire) 1960), xaddaba est traduit par 'colorer' et 'teindre', ce qui explique peut-etre des exemples comme (9). (9) at-tefl-o xaddaba 1-ard-a bi- dam-ih L'enfant a colore laterre de son sang 'Un enfant qui a colore la terre de son sang.' Les noms associes a ces verbes denotent tous des Locatums, ce qui explique pourquoi le Lieu apparait dans la position d'objet direct, en accord avec les generalisations de Labelle (1992, 2000). Contrairement a smear, les verbes dahana, talaa et xaddaba sont associes a des noms qui denotent des objets qui preexistent a Taction, il s'agit de substances que Ton deplace pour les mettre sur un lieu ou une surface, et des lors la construction croisee est tout a fait attendue. Rappelons-le, selon le principe (10) de Kiparsky (repris ici en (10) a nouveau), si une action est nommee a la suite d'un objet ou d'un lieu, elle implique l'utilisation canonique de cet objet ou de ce lieu. II explique l'utilisation canonique par les deux generalisations (11), (egalement (11) dans sa version): (10) 'If an action is named after a thing, it involves a canonical use of the thing'. 152 (11) a. 'Locatum verbs: putting x in y is a canonical use of x.' b. 'Location verbs: putting x in y is a canonical use of y.' Les verbes de type (11a) correspondraient par exemple a beurrer tel qu'exemplifie en (12), tandis que ceux du type en (1 lb) correspondraient a abriter tel qu'exemplifie en (13). (12) Beurrer le pain (de beurre sale) (13) Abriter la voiture (sous un abri de paille) Etant donne que dahana incorpore un Locatum, le verbe implique l'utilisation canonique de ce Locatum, qui est celle de le mettre sur un Lieu. Ceci explique largement pourquoi ce verbe entre dans une construction croisee en AS. Inversement, le verbe to smear est associe a un nom qui denote une realite resultant de Pactivite indiquee par smear. A priori, la difference entre le comportement de dahana et celui de smear est done due au fait qu'ils ne lexicalisent pas les memes realties. Neanmoins, selon Jackendoff (1996), les verbes de type smear sont differents des autres verbes locatifs dans la mesure ou la propriete de l'etat final dans la structure evenementielle du verbe porte plus de saillance semantique que celle du processus. II considere que ces verbes apparaissent lexicalement plus comme des verbes de changement d'etat dans leur sens. 5.3.2. Le verbe dhen en AM. En AM, le verbe dhen et les verbes du meme type sont aussi associes a des noms denotant des Locatums, meme de facon attenuee, ce qui explique le fait qu'ils entrent dans la construction croisee, selon les generalisations mentionnees dans (10) et (11) plus haut. II reste cependant a savoir pourquoi ces verbes permettent la construction standard. En fait, en AM, du fait que la reference au Locatum est attenuee, ces verbes semblent indiquer aussi la maniere dont la substance est appliquee. Avec dhen, il s'agit d'appliquer une couche fine de substance, generalement graisseuse, mais pas restrictivement (il peut s'agir d'huile, de chocolat, de confiture, etc.), a une surface dans un mouvement de type defini, un type de va-et-vient. Avec le verbe 153 talaa, il s'agit d'appliquer une couche plus epaisse, avec lebbex il s'agit d'appliquer une assez grande quantite, comme ce que Ton fait avec un cataplasme. Avec melles en plus d'appliquer la substance, il faut uniformiser et rendre lisse, ce qui implique un mouvement de va-et-vient. Quant a telles, il s'agit d'un barbouillage non ordonne. Ce que ces verbes en AM ont de plus que leurs equivalents en AS c'est cette composante de maniere, ce qui permet au verbe d'apparaitre dans les deux constructions. II faut rappeler, cependant, que l'AM n'est pas le seul a avoir un verbe de type smear qui alterne. Dans d'autres dialectes dahana peut apparaitre a la fois dans la construction croisee et dans la construction standard. Fareh et Hamdan (2000) mentionnent que dahana en arabe jordanien est Pequivalent semantique de smear et qu'il s'agit d'un verbe Alternant. (14) a. Muusa dahana el-boya £a 1-heet2 Muusa painted the paint onto the wall b. Muusa dahana il-heet bi- 1-boya Muusa painted the wall with the paint (15) a. Muusa dahana izzibdi £a 1-xubiz Muusa spread the butter onto the bread b. Muusa dahana il-xubiz bi zzibdi Muusa spread the bread with the butter Ces deux exemples, mentionnes par Fareh et Hamdan, laissent apparaitre que le verbe dahanaa en jordanien, comme en AS, a deux utilisations, l'un pour designer le fait de peindre et 1'autre pour celui d'enduire, de meme qu'il entre dans les deux constructions. En fait, les deux constructions sont tout a fait naturelles et explicables si Ton prend en consideration que le verbe, en plus du fait qu'il renseigne sur l'etat du lieu, permet de predire la maniere dont se fait Taction. En arabe de Najd3 la situation est similaire, dans la mesure ou le verbe dahanaa* alterne (exemples de Kim 1999:161) 2 Fareh et Hamdan (2000:90) exemple (15) et (16). 3 Variete parlee dans la region du centre de l'Arabie Saoudite appele Najd. 154 (16) a. dahin-tu al ziiytah <<,ala al haat J'ai enduit l'huile sur le mur 'J'ai etale l'huile sur le mur.' b. dahin-tu al haat bi al ziiyt J'ai enduit le mur de l'huile 'J'ai enduit le mur d'huile.' En berbere le verbe dhen a le meme sens qu'en AM et se comporte de la meme fa9on. Guerssel (1986:71) regroupe le verbe dhen avec lemmer (fill) et ams 'rub' dans une sous-classe qu'il appelle Maximally Triadique Ergatives. Ces verbes partagent la notion de changement de Lieu et celle du changement d'etat du Lieu. II s'agit done de verbes alternants. L'arabe Irakien5, quant a lui, se comporte comme l'AS en ce que le verbe 'dahan' et les verbes du meme type permettent seulement la construction Ground. (17) a. Dahan xasma-h bi- d-dawa (II) a enduit nez-son de le medicament 'II a enduit son nez d'un medicament.' b. Dahan rijla b- zeet ez-zeetoun6 (II) a enduit son pied de huile 1'olive 'II a enduit son pied d'huile d'olive.' Le fait que l'arabe irakien soit plus proche de l'AS que les autres dialectes souleve des questions auxquelles il est difficile de repondre. En fait, il est tres difficile d'expliquer pourquoi des variantes de la meme langue ont pris des directions differentes quant a l'usage du lexique, alors que certaines variantes, comme celle de l'arabe irakien, sont restees fideles quant a l'usage d'origine du verbe. II peut paraitre surprenant de constater que plusieurs variantes, aussi distantes geographiquement, ont eu la meme tendance. Les raisons ne sont pas 4 Lorsque nous parlons du verbe 'dahan' dans une variete de l'arabe, il s'agit morphologiquement du meme verbe mais avec des varietes phonologiques qui refletent les differences de prononciation. Le verbe s'ecrit en arabe de la meme facon pour tout le monde 'i>J ' mais la prononciation differe dependamment des voyelles utilisees. 5 Dictionary of Iraqi Arabic 2003. 6 Ibid. 155 claires mais ce qui est certain c'est que le verbe dhen en AM et dahana en jordanien, et en arabe de Najd et probablement d'autres variantes de l'arabe, permettent toutes un emploi standard du verbe; probablement que dans ces varietes le verbe a incorpore une composante de maniere, outre celle du changement d'etat. II est possible de comparer le verbe dhen a un verbe comme beurrer en francais, qui evoque, selon Labelle, une image plus complexe que simplement 'mettre du beurre sur quelque chose'. II s'agit d'un verbe qui evoque un type de manipulation, une maniere d'agir : le beurre est etendu en une couche mince sur une surface, ce qui explique certains emplois, meme marginaux, du verbe dans la construction standard (18a) (exemple 69 dans Labelle 1992:36). (18) a. Eva beurre de la moutarde sur son pain, b. ?Eva beurre son pain de moutarde. Le verbe beurrer se distingue par ce comportement d'autres verbes semantiquement similaires, comme huiler, qui n'evoque pas une manipulation specifique de l'objet, une maniere particuliere d'agir, et du coup n'accepte pas la construction standard. Ce comportement s'explique, selon Labelle (1992 : 36), par des notions extralinguistiques; il s'agit de Pimagerie attachee au verbe. Autrement dit, les verbes comme beurrer peuvent prendre la construction standard s'ils sont compatibles avec une interpretation du N incorpore comme decrivant une maniere de manipuler un objet. II est possible de voir une tres etroite similarite semantique entre dhen et son equivalent en francais beurrer avec ceci de different que les cas ou dhen apparait avec la substance ne sont pas des cas marginaux mais bien attestes, au meme titre que la construction Ground. Plus encore, la construction standard est attestee dans plusieurs variantes de l'arabe. Ce qu'il faut retenir c'est que le verbe dhen, tout comme beurrer, ne signifie pas seulement mettre N sur une surface mais bien une maniere particuliere d'appliquer ce N, ce qui explique la construction standard. Ceci dit, si la construction Ground s'explique par le fait que le verbe est associe a un Locatum, meme si la reference est tres attenuee, selon les termes de Kiparsky (1997), un emploi standard est egalement possible parce qu'il est 156 possible d'envisager une maniere particuliere de manipuler le Locatum en question pour obtenir l'effet desire. En d'autres termes, pour pouvoir mettre le Locatum sur une surface, il faut un type particulier d'action, par exemple un va- et-vient de sorte que toute la surface recoive la substance. 5.3.3. Le verbe dhen vs peindre Pinker (1989) inclut parmi les verbes de la sous-classe smear les verbes plaster et paint qu'il traite comme verbes Figure Alternant en anglais. Or, ces deux verbes sont apparentes a des noms Locatum (entite deplacee). Le sens du verbe a probablement ete attenue, de meme qu'il a probablement incorpore une composante de maniere puisqu'il peut etre utilise dans le sens de 'couvrir' comme en (19) mais il reste que le verbe renseigne essentiellement sur le lieu meme s'il semble avoir developpe une composante de maniere, puisqu'il permet des constructions standard. (19) Plaster the wall with posters Inversement, les equivalents de ces verbes en AM ne permettent que la construction Ground. II s'agit des verbes sbeg (peindre), gebbes (platrer), jiyyer 'chauler', etc., qui incorporent veritablement des noms interpreters comme Locatum; sibaga 'peinture', gebs platre', etjjir 'chaux'. Le fait que ces verbes restreignent fortement le type de complements possibles, indique qu'il s'agit de vrais denominaux, selon les termes de Kiparsky (1997). En fait une des caracteristiques semantiques des vrais denominaux, selon Kiparsky et Arad, est que le sens du verbe est etroitement lie a celui du N. Ces verbes se comportent conformement aux generalisations de Clark & Clark (1979), Kiparsky (1979), Labelle (1992, 2000) et L&RH (2003): si le nom denote un objet ou une Le Dictionary.com donne les definitions suivantes au verbe 'toplaster' : 1. To cover (walls, ceilings, etc.) with plaster. 2. To treat with gypsum or plaster of Paris. 3. To lay flat like a layer of piaster. 4. To daub or fill with plaster or something similar. 5. To apply a plaster to (the body, a wound, etc.). 6. To overspread with something, esp. thickly or excessively: a wall plastered with posters. 157 substance, le verbe signifie mettre cette substance sur une surface ou dans un lieu. Dans un modele comme celui de L&RH, ces verbes n'alternent pas parce qu'ils sont associes des le depart a une structure evenementielle complexe. Le fait que les verbes ci-dessous soient des vrais denominaux explique pourquoi l'utilisation de substances autres que celles specifiers par le N incorpore est generalement impossible (20-22). (20) Ibrahim gebbes s-sqef (*b- s-sima) Ibrahim aplatre le plafond (de ciment) 'Ibrahim a platre le plafond (de ciment).' (21) Ibrahim sbegh d-dar (*b- j-jyr) Ibrahim apeint lamaison (de chaux) 'Ibrahim a peint la maison (de chaux).' (22) Ibrahim jeyyer d-dar (*b- s-sbagha) Ibrahim achaule lamaison (de peinture) 'Ibrahim a chaule la maison de peinture.' Pour ces verbes, qui sont des vrais denominaux, nous avons vu que le N incorpore restreint fortement le type de complements a savoir que Pobjet oblique ne peut etre quelque chose de different du N incorpore. Ensuite, avec ces verbes, seul un Lieu peut apparaitre dans la position d'objet direct. Par ailleurs, le PP n'est souvent pas requis (ou permis) lorsqu'il repete simplement le sens N deja inclus dans le verbe (23). Cette derniere propriete est une caracteristique generate des verbes incorporant un N ; Pobjet oblique n'est pas requis lorsqu'il redouble simplement le N deja present dans le verbe. Des exceptions existent a cela; il s'agit de tous les cas ou le N (Locatum ou Lieu) dans la position oblique est suivi ou precede d'un modifieur (23-26). (23) f- ^.asoora n-nas koolhom jeyyro z-znaqi (*b- j-jyr) A Ashura les gens tous chaulent les ruelles (de chaux) 'A Ashura tous les gens chaulent les ruelles' Ashura est le lOeme jour du premier mois de la nouvelle annee dans le calendrier Lunaire ; il correspond a des celebrations religieuses. 158 (24) Ibrahim sbeg d-dar b- s-sbaga d- z-zit Ibrahim apeint lamaison de peinture de l'huile 'Ibrahim a peint la maison de peinture a l'huile.' (25) Zeyyet yedlbab b- z-zit 1-makina (II) a huile gond la porte de l'huile la machine 'II a huile le gond de la porte d'huile des machines.' (26) henaat s<<,er-ha b- 1-henna 1-mekkawiya (Elle) a (mis) le henne ses cheveux de le henne la mecquoise 'Elle s'est enduite les cheveux de henne mecquois.' Un verbe comme 'beurrer' en francais, bien qu'il soit un denominal, commence a voir son sens nominal attenue, blanchi, dans les termes de Kiparsky, dans la mesure ou une composante de maniere semble s'y associer. Si ce sens semble encore marginal pour certains (il parait en fait plus versatile en francais du Quebec qu'en francais europeen, (voir Hirschbuhler et Labelle 2006)), il est fort probable qu'il deviendra une partie a part entiere du sens du verbe. Synchroniquement, plusieurs verbes denominaux ont vu le sens nominal blanchi au cours du temps. La question qui se pose maintenant est de savoir si c'est ce qui est arrive avec le verbe dhen en AM. La reponse est probablement positive, car comment expliquer qu'un verbe qui, au depart etait tres restreint dans son utilisation et dont le sens etait etroitement lie au sens du N (Locatum) dans la langue d'origine, devient un verbe qui exprime aussi la maniere de manipuler la matiere et cela dans plusieurs varietes de l'arabe. Ce qui est difficile avec les langues a tradition orales (dialectes) c'est qu'il est difficile de tracer revolution synchronique du lexique. 5.4. Recapitulation D'un point de vue conceptuel, le comportement du verbe dhen (AM) et celui de dahana (AS) est tout a fait predictable etant donne leur sens mais aussi notre connaissance de leur origine, a savoir le fait qu'en AS dahana est un denominal. En AM, le sens du verbe s'est elargi pour renseigner sur la maniere de manipuler la substance, souvent n'importe quelle substance. En d'autres termes, ces verbes 159 en AM ne font plus reference, necessairement a un Locatum mais a une activite, une maniere precise impliquee par les proprieties de la substance. Cette maniere d'agir et le type de substance donnent un certain effet sur la surface de sorte a avoir une couche tres fine avec dhen mais une couche tres epaisse avec tla, par exemple. Le fait que pour deux des verbes cites tla et telles, aucun nom n'est associe est une preuve que le sens de ces verbes s'est differencie de leur origine et qu'ils renseignent sur la maniere. D'ailleurs le nom associe a telles en AS n'est pas un Locatum mais une action, une maniere de traiter un lieu (un livre efface, etc.). Un autre argument qui soutient notre point de vue est que le verbe lebbex merae s'il est associe avec un Locatum (cataplasme) ne signifie pas mettre un cataplasme sur une partie du corps mais bien mettre une substance sur n'importe quelle surface en grande quantite a la maniere de ce que Ton fait avec un cataplasme. Du point de vue formel, le modele de L&RH semble tout a fait indique pour rendre compte de dhen en AM. Si Ton considere que la racine dans dhen ne denote pas un Locatum, comme en AS, mais une maniere de manipuler la substance, et que cette racine est associee a une structure evenementielle simple. Cette structure peut etre augmentee en une structure complexe, l'une ou le resultat indique ou la substance etalee se retrouve (construction standard), et 1'autre ou le resultat serait une indication de l'etat du Lieu ou la substance est etalee ; les deux etant des resultats envisageables qui sont naturellement associables a 1'activite impliquant la substance. Une autre difference entre dahana (AS) et dhen (AM) est que le premier selectionne seulement deux arguments obligatoires (1'agent et le Lieu) alors que le second selectionne trois arguments (agent, theme et Lieu), ce qui dans les termes de Goldberg (1995) explique la difference entre les deux ainsi que l'alternance du second. 5.5. Conclusion Nous avons souligne ci-dessus une difference entre Panglais et les deux varietes de l'arabe d'une part, et entre l'AS et l'AM d'autre part. Le verbe smear en 160 anglais est un verbe qui entre dans les deux constructions, mais il a ete deja souligne par Pinker qu'il s'agit d'un verbe qui renseigne essentiellement sur la maniere, done un verbe d'activite. Inversement, dahana en AS est un verbe qui permet la construction croisee seulement, il s'agit done d'un verbe qui renseigne sur Petat du Lieu. Le sens du verbe en anglais et en AS indique que la difference est due au fait que les deux ne lexicalisent pas la meme realite. Pour ce qui est de l'AM, les verbes equivalents permettent a la fois la construction croisee et la construction standard. Bien qu'en AM comme en AS, les verbes dhen et dahana peuvent etre associes a des noms denotant des Locatums, le dernier est un vrai denominal dont le sens est etroitement dependant du N incorpore. Pour le premier, dhen, le sens nominal est attenue, pour une raison quelconque et de ce fait il renseigne plutot sur une maniere precise impliquee par les proprietes de la substance, ce qui explique pourquoi la construction standard en AM est possible. En d'autres mots, pour le verbe dahana, seule Pinformation sur le lieu compte, alors que pour dhen la maniere fait partie du sens. Dans les termes de L&RH et RH&L, dahana en AS n'alterne pas parce que sa racine denote un Locatum, elle est alors associee a une structure evenementielle complexe ne permettant pas P augmentation. Par ailleurs, dhen alterne parce que sa racine denote une activite, elle est alors associee a une structure evenementielle simple susceptible d'etre augmentee. La discussion du verbe smear et dahana nous ramene au fait que la question du sens est tres delicate, car comment determine-t-on qu'un certain verbe a le meme sens ou bien qu'il est equivalent a un autre ? L'impression que les deux verbes ont le meme sens pourrait etre due au fait que les deux sont utilises pour la meme action comme il peut y avoir des facteurs additionnels, comme par exemple Porigine du verbe, le fait qu'il soit derive, par exemple, a partir d'un nom ou a partir d'une racine, etc. Ce qui est clair, par contre, e'est que le sens a un r61e primordial pour rendre compte du comportement du verbe. Finalement, nous dirons que les explications donnees par plusieurs modeles se recoupent toutes et permettent ensemble, de rendre compte de certains faits qui sont explicates dans un modele et non dans Pautre. Les generalisations de Labelle 161 et celles de Kiparky et Arad ainsi que certaines idees de Pinker, permettent, entre autres, de mettre de la lumiere et d'expliquer plusieurs differences interlinguistiques. 162 Chapitre VI Conclusion Dans les chapitres precedents, nous avons aborde l'alternance locative en AM et en AS dans une double perspective descriptive et comparative. L'objectif principal etait de cerner les raisons faisant que dans certaines langues certains verbes locatifs peuvent alterner entre deux constructions, que nous avons appelees Ground (ou standard) et Figure (ou croisee), tandis que dans d'autres langues l'une ou l'autre possibilite n'est pas disponible. Tout en repondant a cette question nous avons aussi pu tester les theories qui se sont deja penchees sur cette question. Notre interet particulier pour la question reside dans le fait que tres peu a ete dit au sujet de l'alternance en arabe, qui n'a pas recu la meme attention que les langues indo-europeens. Les quelques etudes qui existent sur le sujet et que nous avons revues se sont contentees d'une classification des verbes, basee sur celle proposee par Pinker (1989), sans pour autant decrire la semantique des verbes et le comportement syntaxique de ceux-ci. Dans le second chapitre, nous avons passe en revue certaines approches pertinentes portant sur la structure argumentale et l'alternance locative. Nous avons classe ces approches en trois groupes principaux en fonction de leurs affinites ou de leurs divergences. A une extremite se situent les approches lexico-semantiques a l'instar de Iwata (1997, 2001) ou celle des etudes recentes de RH&L (1998a, b) et L&RH (2003), tandis qu'a l'autre extremite se situent les approches constructionnistes comme celle proposee par Goldberg. Entre ces deux extremites se situent des approches intermediaires partageant des idees essentielles avec les deux types precedemment mentionnes. Les approches lexico-semantiques postulent des structures lexicales/semantiques a un niveau pre-syntaxique, qui seront associees a des representations syntaxiques a l'aide des regies de correspondance appelees 'regies de liage' (linking rules). Les constructions semantiques ainsi postulees peuvent etre augmentees, derivant ainsi les differentes constructions syntaxiques associees a un verbe comme c'est le cas de l'alternance locative. Certaines des idees mises en avant dans ces approches projectionnistes se retrouvent aussi dans les autres approches comme celle d'lwata (1997, 2001) ou celle des 163 etudes recentes de RH&L (1998a, b) et L&RH (2003), qui ont un modele aussi bien projectionniste que constructionniste. Les approches constructionnistes quant a elles postulent un seul type de representation semantique pour chaque verbe (vue monosemique) qu'elles associent a des representations semantiques distinctes attributes aux constructions syntaxiques au sein desquelles ce verbe apparait. Autrement dit, 1'information semantique du verbe peut etre presentee dans la perspective instauree par le sens de la construction (Goldberg 1995, 2002). Dans ces approches, le sens de changement d'etat du lieu par exemple est possible car ce sens est vehicule par la construction dans laquelle il est insere. Parallelement, le sens de changement de lieu est du a la construction dans laquelle le verbe est insere. Malgre les differences entre ces differentes approches, plusieurs points communs existent entre les deux en ce qui concerne le traitement de Palternance, de sorte qu'il serait faux de parler d'une dichotomie totale entre approches lexicales versus approches constructionnistes. Comme nous l'avons vu dans les chapitres 3 et 4 une analyse du comportement des verbes dans differentes classes montre que les deux types d'analyses sont partiellement corrects. Les deux types d'approches s'accordent sur plusieurs points et convergent quant a l'importance accordee a un aspect particulier du langage. Nous pensons, de notre part, que les approches lexicales accordent trop d'importance au role intrinseque du verbe, sans dormer une importance suffisante au contexte que represented les constructions. Ces dernieres ont ete, a leur tour, trop soulignees par les approches constructionnistes, qui n'entrent pas suffisamment dans les caracteristiques semantiques des verbes qui leur permettent ou non de s'integrer au sens porte par chaque construction. Apres avoir presente ces approches, nous avons mis en relief certains aspects de ces diverses approches permettant le mieux de caracteriser Palternance ou l'absence d'alternance dans les langues considerees. Nous avons done adopte certaines idees qui ont permis de discerner les differents aspects impliques dans le phenomene d'alternance locative en arabe. Ceci dit, tout au long de ce travail, un point de vue mixte a ete adopte. Conceptuellement, nous avons mis en avant un point de vue semantique dans la mesure ou nous avons adopte l'idee que la possibilite pour un verbe d'alterner depend du sens de celui-ci, une hypothese qui s'est confirmee a travers l'examen approfondi des verbes 164 locatifs en AM et en AS. Pour ce qui est du formalisme, une approche constructionniste, a la maniere de RH&L (1998a) et L&RH (2003) a ete favorisee pour expliquer les faits. Dans le troisieme chapitre, nous avons effectue une description de la distribution des verbes locatifs en AM et en AS et de leur comportement syntaxique tout en proposant une description des proprietes semantiques qui expliquent le comportement syntaxique des verbes ainsi que les differences interlinguistiques. Nous avons d'abord presente la distribution des verbes locatifs dans les trois langues (AM, AS et anglais) en distinguant trois grandes classes : les verbes alternants, les verbes non alternants Figure et les verbes non alternant Ground. L'examen de la distribution des verbes dans les trois langues a permis de degager des ressemblances et des differences entre elles. Bien que les ressemblances soient plus frequentes que les differences, ces dernieres sont assez significatives. Les differences existent, par ailleurs, non seulement entre l'arabe et l'anglais mais aussi entre les deux variantes de l'arabe. Nous avons ensuite examine de maniere approfondie certaines sous-classes semantiques de verbes comme representatives soit des differences soit des similarites entre les trois langues en question. Dans les chapitres 4 et 5 nous avons examine des cas particuliers de verbes locatifs, a savoir l'equivalent au verbe to fill en arabe et l'equivalent au verbe to smear. Differentes conclusions peuvent etre degagees au terme de ce travail, qui permettent de repondre a notre question initiale : qu'est ce qui determine l'alternance ? Une premiere conclusion d'ordre descriptif concerne le fait que les verbes appartenant a une meme sous-classe semantique, autrement dit, les verbes qui partagent des traits semantiques communs, ont souvent un comportement syntaxique similaire, d'ou la pertinence d'une classification en sous-classes semantiques. II existe, neanmoins, des exceptions a cette regie. Le verbe lemmer 'remplir' en AM, par exemple, en est un; il se comporte differemment des verbes du meme type avec des traits semantiques communs. L'equivalent de 'remplir' fait exception dans plusieurs langues. Dans certaines d'entre elles, l'equivalent au verbe anglais to fill alterne regulierement alors que dans d'autres il n'alterne que de facon restreinte. En anglais, certains des verbes qui sont considered par Pinker (1989) comme faisant partie d'une sous classe semantique n'en font pas vraiment partie. Nous avons donne Fexemple des verbes to scatter et to disperse pour lesquels nous avons demontre un comportement different qui reflete, en fait, des differences 165 semantiques entre les deux verbes. La meme remarque a ete faite a propos des verbes to coil et to wind, suivant en cela Lumsden (2002), que Pinker regroupe au sein d'une meme sous-classe. Ceci dit, bien que la classification que propose Pinker a prouve son utilite et sa pertinence, elle necessite neanmoins quelques ajustements pour que des verbes du type de to disperse et to scatter ne se retrouvent pas dans une meme sous-classe. Malgre les exceptions, il reste que generalement, le comportement syntaxique des verbes ayant des traits semantiques communs semble etre similaire. Une deuxieme conclusion concerne le fait qu'il existe des differences non seulement entre l'anglais et l'arabe mais aussi entre les deux variantes de cette derniere langue. Ces differences de comportement peuvent etre expliquees de differentes facons. D'abord, les differences syntaxiques sont parfois dues au fait que les sous-classes semantiques apparemment semblables ne sont pas veritablement semantiquement equivalentes. Ceci est par exemple le cas des verbes de type setet 'eparpiller' en AM, et naOara 'eparpiller' en AS, qui sont des verbes non-alternants, alors que ce qui semble etre les equivalents semantiques en anglais, en occurrence les verbes de type to scatter, sont des verbes alternants. La difference semantique entre les deux concerne le fait qu'en anglais les verbes de type to scatter, denotent la configuration finale des objets (Locatums), alors qu'en AM et en hS>-, les verbes de type naOara (AS) et setet (AM) mettent l'emphase sur le Locatum au debut de Taction. Nous avons montre que ces derniers sont plus proches de verbes comme to disperse, ce qui fait que les verbes en anglais et en arabe ne sont pas vraiment semantiquement equivalents, d'ou la difference au niveau du comportement. La meme explication tient pour des verbes de type laffa/ Jeff 'entourer' en arabe qui sont plus proches du verbe to wind par opposition aux verbes de type to coil. Examines separement, tous ces verbes, que ce soit en anglais ou dans les deux varietes de l'arabe sont en fait conformes aux generalisations theoriques et conceptuelles que nous avons adoptees, ce qui est une preuve que le probleme est au niveau de la classification et de ce qui est compris comme equivalent de maniere pertinente entre des termes de langues distinctes qui sont parfois considered de maniere trop rapide comme semantiquement equivalents. Nous pouvons, des lors, conclure qu'il est necessaire de revoir la classification que fait Pinker pour certains verbes, sans 166 necessairement conclure a la necessite de changements importants dans sa perspective generate sur le role du sens. D'autre part, les differences sont parfois dues aux conditions qu'un verbe doit satisfaire pour qu'il apparaisse dans une construction donnee ou pour qu'il puisse alterner. C'est le cas avec des verbes comme to pile en anglais par opposition a kawwama (AS) et lerrem (AM). Bien que les deux semblent semantiquement equivalents dans la mesure ou ils verbalisent la configuration finale du Locatum qui prend la forme d'un amas ou d'un amoncellement, to pile alterne alors que kawwama et ierrem n'alternent pas. Cette difference de comportement vient du fait que pour to pile on peut imaginer l'existence d'une surface et, par consequent, cette surface peut etre couverte ; il devient done possible de predire un resultat, lie a notre connaissance du monde, si Taction consistant a amonceler se poursuit. Ici, nous parlons seulement de la possibilite pour la surface d'etre couverte par les Locatums et non le fait que Taction soit telle que la surface soit necessairement entierement couverte. En arabe, comme en francais, il semble que Texigence pour autoriser la construction avec Lieu objet soit plus forte, il faut que Taction denotee par le verbe, si elle est poursuivie, permette de predire, par le sens meme du verbe, que le lieu va etre normalement entierement couvert, ce qui n'est pas le cas, car T amoncellement peut se poursuivre simplement vers le haut, sans que la base de la pile, du tas, de Tamoncellement en vienne a occuper un plus grand espace. Dans une perspective un peu differente, ces verbes renseignent sur la configuration finale du Locatum seulement et des lors ils n'alternent pas puisqu'il n'est pas possible de predire comment le lieu est affecte : une pile de livre ou de graines occupe seulement une partie d'une piece ou d'un champ et des lors on ne peut parler du fait que la surface est couverte, il n'est done pas possible de predire un resultat sur le lieu (changement d'etat de ce dernier). II faut voir dans ces deux cas de figure une plus grande liberie du cote de Tanglais par opposition a Tarabe. Les contraintes dans cette derniere langue sont, semble- il, plus strictes; pour qu'un verbe alterne, il ne suffit pas seulement qu'un effet soit possible, mais il faut pouvoir predire de quelle facon la surface change d'etat ou quel type de resultat nous aurons. Finalement, les differences de comportement peuvent parfois etre dues a la nature meme du verbe. Un verbe comme to smear en anglais est un verbe qui denote la 167 manipulation d'une substance en contact avec une surface. A l'oppose, l'equivalent le plus proche en AS est dahana 'enduire', qui renseigne sur le lieu qui recoit un Locatum de type defini. Alors qu'en anglais le verbe denote une activite, un type de manipulation, une maniere d'agir, en AS il est associe a un nom denotant un Locatum, ce qui explique la difference de comportement. En AM, le verbe dhen qui est etymologiquement le meme verbe que dahana, n'est pas un denominal dans le meme sens qu'en AS, dans la mesure ou le sens nominal dans cette langue est tres attenue, voir meme absent dans certains verbes de la meme sous- classe semantique. Ceci dit, le verbe denote une activite; il s'agit du fait d'enduire la surface d'une substance, mais a la difference de dahana, il est possible de predire de quelle facon 1'activite est executee, ce qui explique la construction standard dans laquelle apparait le verbe, en plus de la construction croisee. Cette particularite sur la nature du verbe permet done d'expliquer les differences de comportement entre les deux. Encore une fois, les generalisations theoriques, que ce soit celle de Labelle (1992, 2000), Kiparsky (1997), Arad (2000) ou RH&L (1998a) et L&RH (1998, 2003), permettent de rendre compte du comportement des deux. A partir du cas de ce verbe nous pouvons done conclure que la nature du verbe est importante, elle permet d'expliquer le comportement syntaxique mais aussi certaines differences interlinguistiques. La notion de racine dans le modele de L&RH revet toute son importance ici, car elle permet de tenir compte de la nature du verbe. Alors que la racine associee au verbe dahana denote un Locatum, ce qui explique son comportement standard, celle de to smear et dhen en AM denote une activite, ce qui explique le fait qu'ils ont le potentiel d'alterner, et alternent par Augmentation Lexicale, deux resultats distinct etant envisageables. Des lors, une question qui se pose et qui merite une etude approfondie concerne celle des verbes locatifs a base nominale en arabe, un travail que nous laissons pour une autre occasion. Dans tous les cas, une difference semantique a des implications au niveau de la possibilite ou non de predire un resultat ou un changement de lieu et par consequence la possibilite d'augmentation du sens, par augmentation de la structure evenementielle du verbe, ce qui explique le comportement syntaxique different. 168 La conclusion que nous pouvons tirer de ce qui est dit ci-dessus et qui repond a notre question initiale est que l'examen des verbes a permis de confirmer le role primordial du sens du verbe. En disant ceci nous n'excluons pas le role de la construction. Nous l'avons vu, des verbes dont le sens ne denote pas, a priori, un changement d'etat, comme res/rassa, 'vaporiser' etc., lorsqu'ils sont inseres dans une construction de changement d'etat, sont interpretes comme tel, de raeme que des verbes qui n'expriment pas, a priori, une maniere de deplacement ou une maniere d'agir dhen 'enduire', lemmer 'remplir', peuvent etre interpretes comme vehiculant une maniere d'agir parce qu'ils sont inseres dans une construction correspondant a ce sens. Les etudes constructionnistes ont extensivement discute le bien-fonde de cette idee (cf. Goldberg pour des arguments en faveur de cette idee), nous ne nous attarderons done pas a reprendre les arguments en faveur de cette idee. Cependant, ce qui permet a un verbe d'apparaitre dans une construction donnee, e'est bien ses particularites semantiques. La notion de predictibilite, introduite par Pinker (1989) a aussi prouve sa pertinence et doit etre vue comme une composante du sens du verbe qui reflete la connaissance du monde puisqu'elle permet de predire ce qui est possible dans un contexte donne et par la-meme permet de determiner la fusion du verbe avec une construction. Par ailleurs, des conclusions d'ordre theorique que l'examen des verbes en arabe a permis de tester peuvent etre formulees comme suit. Le modele constructionniste radical tel qu'il a ete presente par Goldberg pose quelques problemes. Goldberg parle en termes de fusion mais meme dans ses conditions de correspondance et de coherence, elle ne dit pas clairement ce qui permet a un verbe de fusionner mais pas un autre verbe similaire. La notion de mise en emphase, ne semble pas tres pertinente pour rendre compte de la difference entre verbes comme nous l'avons vu avec le verbe anglais to spray et ses equivalents en arabe. D'autre part, si on prend un verbe comme to pile par exemple, qui est un verbe qui renseigne sur la configuration que prend le Locatum, 1'emphase est mise sur 1'agent et le Locatum et done cela n'explique pas la construction Ground, a moins de partir du fait que la construction Ground est possible et dire que le lieu est aussi mis en emphase ce qui serait circulaire. Plus encore, Goldberg se base sur le test d'omission pour determiner si un constituant est obligatoire, profile {profiled) ou non, or, nous avons vu qu'en arabe le test d'omission n'est pas toujours pertinent; puisque le PP est souvent 169 omissible dans cette langue et que le comportement des verbes de la meme sous-classe semantique n'est pas consistent. En outre, nous avons demontre que, theoriquement, un modele comme celui de L&RH permet de rendre compte de la plupart des cas de figure souleves dans ce travail s'il peut etre enrichi par une notion comme celle de la predictibilite. Selon L&RH, seuls les verbes qui expriment une activite ont le potentiel d'etre augmentes, et par consequent peuvent alterner. Nous avons demontre a travers 1'etude des differents verbes en arabe que les verbes d'activite peuvent effectivement etre augmentes vers un resultat. Cependant, L&RH precisent que le sens determine quel type d'augmentation est possible. Ce qu'elles ne precisent pas, cependant, c'est quelle composante du sens est responsable, est-ce les connaissances du monde comme le precise Goldberg? Nous avons montre qu'en fait, ce qui determine quel type de resultat est possible avec un verbe d'activite depend de la nature meme de l'activite, de notre capacite a la concevoir comme entrainant un changement de lieu d'un Locatum ou de changement d'etat d'un Lieu (resultant du changement de lieu). Cette notion proposee d'abord par Pinker a prouve sa pertinence pour ce qui est des donnees de l'arabe et meme de Panglais. 170 Appendices Les donnees ci-dessous sont basees sur les dictionnaires suivants, cites dans la bibliographic : A dictionary of modern written arabic ; arabic-english Lexicon ; Al Mawrid; Al Wasit ; Dictionnaire arabe-francais ; L'arabe maghrebin, Petit dictionnaire Fran9ais- Arabe ; Larousse dictionnaire arabe-fran9ais/fran9ais-arabe ; Muhit-Ul-Muhit. Les tableaux ci-dessous presentent la definition des verbes ainsi que des exemples. Pour chaque verbe est donne soit des exemples de constructions standards lorsque le verbe n'accepte que celles-ci, soit des exemples de constructions croisees lorsque le verbe n'accepte que celles-ci, soit encore les deux constructions dans le cas des verbes alternants. Pour chaque type de verbes; verbes standard, croise ou alternant, nous avons regroupe les verbes separement selon qu'ils partagent des traits semantiques communs pour faciliter la tache du lecteur. Pour mieux faciliter la recherche dans l'appendice, nous avons aussi classe les verbes dans chaque sous-ensemble de verbes dans l'ordre alphabetique, de 1'alphabet international et non dans l'ordre de 1'alphabet arabe. Appendice 1. Les verbes standards en AS Definition du verbe Notes Exemples Kaddasa 'empiler ensemble des objets, empiler des choses les unes sur les autres, accumuler en forme de hods des graines, des vetements des pieces d'argent, etc' Kods (n.) 'une pile de graines ou d'objets.' Kaddasa l-kotoba iala t-tawila '11 a empile les livres sur la table.' Kawwama : 'rassembler des choses et les mettre les uns dessus les autres sous forme d'un amas, un amoncellement, une pile' Kawma (n.) 'une pile, un amas' Kawm : 'toute chose rassemblee qui a une hauteur et une tete (la forme d'une dune; sable, graines, 171 cailloux, etc.)' Kawwama l-qissa iala l-ard '11 a empile le foin par terre.' Rakama 'rassembler les choses ensemble, les empiler, les accumuler les unes sur les autres' Rokaam (n.) 'pile' Rakama al alwaha l-xasabiya fi l-hadiiqa 'il a empile les bouts de bois dans le jardin.' Ra§§a 'mettre les choses les unes a cote des autres (comme ce que Ton fait avec les dalles)' Rassa l-kotoba iala t-tawila '11 a mis les livres sur la table.' Ra§afa 'mettre des choses les unes a cote des autres (ce que Ton fait avec les dalles et les paves)' Ra$f (n.) 'rangee de pierre, de paves' Ra§afa l-hijara (iala l-ard) '11 a place les pierres par terre/sur le plancher.' Ra§afa l-hijara fi-lbinad '11 a rapproche les pierres les unes a cote des autres dans le batiment/en batissant.' Ba^Oara 'mettre en desordre, disperser, disseminer' BaiBara agrada baytihi 'II a dissemine ses objets menagers.' D'arra 'semer, disperser, disseminer du sel poivre, medicament (dans les yeux), les graines (sur le sol)' D'arra Allaho ^ibaadaho fi- lard 'Dieu a disperse ses servants, les humains sur terre.' D'arra l-fallaaho- lhabbafi- fiaqlih qabla s-sitas 'Le fermier a seme les graines dans le champ avant la saison des pluies.' NaOara 'repandre, disperser, disseminer, ce 172 que Ton tenait dans la main ou ce qui etait rassemble dans un certain ordre, jeter en dispersant' Nadarat l-habb '11 a disperse les graines.' Nadara-t as-sajara hamlahaa 'L'arbre a repandu ce qu'il porte, ses fruits.' NaOara habaat l-^iqd ila l-ard '11 a disperse les pierres du collier par terre.' Nasara 'repandre, etendre et mettre 9a et la, disperser, disseminer' Montasir (adj.) 'repandu, disperse, dissemine' Nasara l-awraq ila l-ard '11 a disperse les papiers par terre.' Nasara alxabar '11 a repandu les nouvelles.' Nasarat ar-ryho s-sahab 'le vent a disperse les nuages.' Wazza^a 'diviser, partager' Wazza3 al 3amal 3ala 3idat 3ommal '11 a partage le travail entre plusieurs travailleurs.' Wazzaia l-malabis fi l-haqadb '11 a distribue ses vetements sur les valises (il en a mis dans differentes valises).' Farraga 'vider, verser' Ce verbe peut, selon la preposition utilisee, avoir le sens de vider et celui de verser. Avec la preposition fi- 'dans', il a le sens de verser, alors qu'avec la preposition min 'a partir d&lfrom' il a le sens de vider. Farraga lalayhi l-mad '11 a verse de l'eau sur lui/11 lui a verse de l'eau.' Frrag-na l-hawafi- l-qalb 'lis ont verse du desir dans les coeurs.' Farraga Imas mina l-kaes ' 11 a vide l'eau du verre' pour dire '11 a vide le verre de son eau.' §abba 'verser' §ababto li-folan maaan fi l-qadah li-yacrabah 'J'ai verse pour quelqu'un de 173 l'eau dans un verre pour qu'il le boive.' Sakaba 'verser, repandre (l'eau)' Sakaba 1-mas aala yadii 'II a verse l'eau sur mes mains.' Qatar a ou qattara 'Faire tomber goutte par goutte' Qatar-to Imaefi lhalq 'J'ai fait couler de l'eau goutte par goutte dans la gorge.' Estafraga 'vomir, secreter' Estafraga ma ft batnih iala l-ard 'II a vomi ce qu'il y avait dans son ventre par terre.' Adaara 'tourner, entourer, encercler' Adaara l-iimaama hawla radsi-hi '11 a enroule le turban autour de sa tete.' Lawaa 'tourner quelque chose a droite ou a gauche ou autour de quelque chose, tordre, courber' Lawaa lhabia hawla raqabat-ih '11 a enroule a corde autour de sa nuque.' 174 Appendice 2. Les verbes standards en AM. Kewwem: 'rassembler des choses et les mettre les unes par dessus les autres sous forme d'un amas, un amoncellement, une pile' Kewma (n ) 'une pile, un amas' Kewwema t-tben iel l-ard '11 a empile le foin par terre.' Ress 'mettre les choses les unes a cote des autres' Ress l-ktoba ila t-tebla '11 a mis les livres sur la table.' lerrem 'empiler ensemble des objets, empiler des choses les unes sur les autres, accumuler en forme de kods des graines, des vetements, des legumes, etc' Kods (n.) d'objets' 'une pile de graines ou 1 errem Ixedra ila l-ard '11 a empile les legumes par terre' Derra 'semer, disperser, disseminer du sel, poivre, medicament (dans les yeux), les graines (sur le sol)' Derra l-gemhf-j-jnan '11 a disperse le ble dans le champ.' Derder 'disperser, disseminer du sel, poivre, sucre, ou n'importe quelle poudre' Derder skkar glaci iel l-kika '11 a saupoudre le sucre glace sur le gateau.' Nser 'repandre, etendre et mettre 9a et la, disperser, disseminer' Montasir (adj.) 'repandu, disperse, dissemine' Nser l-weraq iel l-ard '11 a repandu les papiers par terre.' Nser Ihena f-s-stah 11 a etendu les feuilles de henne sur le toit (pour secher).' seyyeb 'mettre en desordre, disperser, disseminer' Seyeb Iwraqf-lhwa '11 a dissemine les papiers en l'air.' settet 'repandre, disperser, disseminer, ce 175 que Ton tenait dans la main ou ce qui etait rassemble dans un certain ordre), jeter en dispersant' settett z-zrei id l-ard '11 a disperse les graines par terre.' settet l-hwayej f-z-zenqa '11 a disperse les vetements dans la rue.' Wezzei 'diviser, partager' Wezzi l-biscuit ila shabou '11 a partage les biscuits entre ses amis.' Wezzei l-gemh ila tlata d- l^rarem '11 a divise le ble sur trois amas.' Kebb 'verser' Kebb l-maf- 1-kas '11 a verse l'eau dans le verre.' Qetter 'Faire tomber goutte par goutte.' Qetter Imaefi Ihelq '11 a fait couler l'eau goutte par goutte dans la gorge.' Xwa 'vider, verser' Ce verbe peut, selon la preposition utilisee, avoir le sens de vider et celui de verser. Avec la preposition f- 'dans', il a le sens de verser, alors qu'avec la preposition men 'a partir ddfrom' il a le sens de vider. Xwa l-maf-lkas '11 a verse l'eau dans le verre.' Xwa 1-ma men 1-kas '11 a vide l'eau du verre/il a vide le verre de son eau.' Pourquoi est-ce separe ? Tqeya 'vomir', bzeq 'cracher.' Tqeya kol ma f-ker$u iel l-ard 'II a vomi ce qu'il y avait dans son ventre par terre.' 176 Daar 'mettre, deposer' C'est un verbe passe partout souvent utilise dans le sens de mettre, deposer un objet quelque part et meme faire. Daar l-hwayej f-lmariyo '11 a depose les vetements dans le placard.' Dexxel 'introduire' Dexxel l-hwayej f-lmariyo '11 a depose, introduit les vetements dans le placard.' Dxa 'inserer' Dxa l-hwayej f- s-sakoos '11 a insere les vetements dans le sac' het 'mettre, deposer' het l-kas ila l-mida '11 a depose le verre sur la table.' Het l-makla f-t-tellaja '11 a mis la nourriture dans le frigo.' hsaa ouxsaa 'inserer' Dependamment des contextes, il peut avoir le sens de farcir ou inserer. Hsaa s-sufa f-l-kiis '11 a bourre la laine dans le sac ' hsaa l-briyaf-j-jwa '11 a insere la lettre dans l'enveloppe.' hemmel 'charger' Hemmaal (n.) 'porteur (de valises, de marchandises, etc.)' hemmel s-snadeq iel l-keroussa 'II a charge les cartons sur le chariot.' 177 Appendice 3. Les verbes croises en AS. Dahana 'enduire, oindre, peindre, pommader' Dahn 'onction, peinture' Dohn 'graisse, gras' Dihan 'onguent, pommade, peinture, cosmetique, fard, etc ' Dahan-a sa^ra-ho bi- zayt '11 a enduit ses cheveux d'huile.' Dahana hidaaaho '11 a graisse ses chaussures (pour dire il a cire ses chausssures).' Dahana-t almarda-t jismahaa bi- tteyb 'La femme a enduit son corps de parfum.' talaa ou atlaa 'oindre, enduire quelque chose d'huile ou de goudron, vernir, peindre, couvrir d'une couche d'un fluide ou un semi fluide (huile, boue, etc.)' tilap 'poix liquide, goudron, tout ce qui sert a oindre' tola: al ba3ira bi-lhanae '11 a enduit le dromadaire de hinas (sorte d'onguent avec lequel on enduit la peau de chameau).' tala-hu bi-ddahab '111'a enduit d'or.' tala: alaylo alafaq 'la nuit a couvert 1'horizon (de noirceur).' Xadaba/xaddaba 'teindre, colorer, changer la couleur au rouge ou en jaune' xiddab (n.) 'henne, preparation a base de plantes et de mineraux qui sert a teindre le corps ou les cheveux' Xadaba sa^ra-hu bi-ssawad '11 a colore ses cheveux de noir.' Baka hata: xadaba dam3o-hu al-hasa '11 a pleure jusqu'a ce que ses larmes teignent les cailloux (il a mouille les cailloux par ces larmes).' xadaba-tyaday-habi- l-hinaad 'Elle s'est teint les mains de henne.' Basaia 'etendre, (par exemple un tapis, une natte par terre)' 178 Basata l-firasa lala l-ard 'II a etendu le tapis par terre.' Basata l-gitad lala t-tawila 'II a etendu la nappe sur la table.' Madda 'etendre' Madda z-zaraabi lala l-ard 'II a etendu les tapis par terre.' Albasa ou labbasa: 'vetir, couvrir, recouvrir' Albassat l-marsato binta-haa holat jamiila ' robe.' Agraqa 'Noyer quelqu'un ou quelque chose dans l'eau' Libaas (n.) 'tout ce qui sert de vetement' ^a dame a vetu sa fille d'une belle Agraqa l-haqla bi-l-mas '11 a noye le champ d'eau.' Batata or ballata 'couvrir, paver le plancher, le parterre avec balaat (de dalles) ou de pierres' Balaat (n.) 'dalles' Ballata l-ard bi- roxaam esfamboolii '11 a pave le planche de marbre d'Istanbul.' Ballata l-bayt bi r-roxam '11 a pave (le sol de) la maison de marbre.' gamasa 'plonger, submerger quelque chose dans l'eau, tremper quelque chose dans une teinture' gamasa ya da-hufi- l-hinnaad '11 a trempe sa main dans le henne.' gamasa kasrata l-xobz-ifi- z-zayt '11 a trempe une bouchee de pain dans l'huile.' gattaa 'couvrir quelque chose d'un voile, d'une couverture, etc ' gitoa (n.) 'couverture, tout ce qui couvre.' gattaa lalayhi bi-lmismala ' 11 l'a couvert d'une mismala, une couverture.' gattaa l-laylofolan 'La nuit a couvert quelqu'un d'obscurite.' Kasaa 'vetir, revetir quelqu'un d'un Kisacw, kiswa 'couverture, 179 vetement' vetement' Kasaa r-ajolo dayfaho jobatan wa limama 'L'homme a vetu son invite d'une robe et d'un turban.' malaaa 'remplir' Malada batna-hu bi- t-ta^am '11 a rempli son ventre de nourriture.' Malasa l-xizaana bi-lmalaabis '11 a rempli le placard de vetements.' Saqaa 'arroser, tremper quelque chose d'un liquide' Saqaa n-nbatati bi-lmad '11 a arrose les plantes d'eau.' Sqaa iatasa-ho bi-labanin barid '11 a etanche sa soif de lait froid.' lattaxa 'salir, eclabousser (de quelque chose), souiller' Lotxa (n.) 'une tache de salete' Lattaxa l-waladu- malaabisa-hu bi Iwahl 'Le garcon a eclabousse ses vetements de boue.' lawwata 'salir, polluer' Lawwata l-mad bi- l-qaadourat '11 a pollue l'eau de saletes.' Wassaxa 'salir, rendre malpropre' Wassax (n.) 'salete' Wassaxa qami§a-hu bi-t-tiin '11 a sali sa chemise de boue.' Baqqa^a rendre la chose avec des taches, tacher un tissu, la terre, le plancher de peinture, d'eau, etc ' Boqia (n.) 'une tache, une partie d'une couleur qui est differente de ce qui l'entoure' Baqqaia OOdwba bi-lfahm '11 a tache ses vetements de charbon.' lallama 'marquer, affubler d'une marque, lalaama (n.) 'marque, signe, 180 marquer une piece d'etoffe pour la reconnaitre plus tard' embleme, indice' lallama 0-dawab bi-hibr aswad 'II a marque le tissu d'encre noire.' lallama daabatahu bi- ryca hamrad 'II a affuble sa monture (son cheval) d'une plume rouge.' AOraa 'enrichir de quelque chose, embellir' AOraa l-gorfa-ta bi- t-tohaf '11 a enrichi/embelli la chambre d'objets d'art.' Naqasa 'broder, graver, tatouer' Naqasa xaatarna-ho bi-l-fidda '11 a brode, engrave sa bague d'argent.' Naqasha-t Imaraa yaday-ha bi- l-hinnas 'La femme a tatoue ses mains de henne.' Rassaja 'incruster de pierres (un vase, une arme, etc.), brocher de pierreries, de paillettes (une robe)' Rassa^a ttadro locahu bi qodbanen we riyc 'L'oiseau a incruste son nid de branches et de plumes.' Rassaiat- al-xayyata al-fostan bi-lxaraz 'La couturiere a incruste la robe de paillettes.' Tanama 'greffer (un arbre, une branche), incruster, orner' taiiama korsii l-molk bi- xoyoot d-dahab wa l-harir '11 a incruste, orne le trone de fils d'or et de soie.' tarraza ou taraza 'orner de broderies, broder' Tarraza d-dawba bi xoyoot d-dahab '11 a broc Zarkasa 'broder en or' lel'habitde fils d'or.' Mozarkas (adj.) 'brode, broche' Zarkasa-t- al-xayyata al-fostan bi- xoyoot ad-dahab 'La couturiere a brode la 181 robes de fils d'or.' Zaxrafa 'dorer, dormer a quelque chose un aspect brillant qui seduit l'oeil, revetir d'ornements' Zaxrafa l-korsi bi-lahjar al-karima '11 a orne Zayyana ou zaana 'orner, embellir, decorer' a chaise de pierres precieuses.' Ziina (n.) 'ornement, chose dont on se pare' Yawm az-ziina 'Jour de fete, lorsque les habitants pavoisent leurs maisons et jonchent les rues de fleurs' Zayyana l-bayt bi- l-adwas yawma l-^iid '11 a embelli la maison de lumiere le jour de fete.' Wassaha 'orner, parer quelqu'un de quelque chose, mettre a quelqu'un la ceinture appelee wisah' Wisah (n.) 'ceinture en cuir enrichie de paillettes ou d'incrustations de pierres precieuses que portent les femmes en Orient' Wassaha l-marsa bi qiladatayn '11 a pare la femme de deux colliers.' Asbaia 'saturer, rassasier' Asbaia l-mahloola bi-lmilh 'II a sature le liquide de sel.' Asbaia d-6awba min a s-sibg 'II a sature le tissu de teinture.' Laa acbaia illaho batnaka bi-akl 'Puisse Dieu ne jamais rassasier ton ventre de nourriture.' Asraba 'imbiber, saturer, impregner (d'une couleur, ou d'un teinture)' Asraba l-xobza 1-yabis bi-lmaz 'II a impregne le pain sec d'eau.' 182 habasa 'retenir, contenir, arreter, limiter, restreindre' Habasa s-sayla bi- 1-hajar 'II a bloque l'ecoulement d'eau avec des pierres. hazama 'attacher, Her' hizam (n.) 'ceinture' hazama l-farasa bi-habl 'II a attache le cheval avec une corde.' hazama mata^a-ho bi- habl 'II a attache ses affaires avec une corde.' Rabata 'lier, attacher, serrer, confiner' Ribaat (n.) 'lien, attache, tout ce qui sert a fixer, a attacher' Rabata d-daaba bi-habl 'II a attache 1'animal avec une corde.' Sadda 'boucher avec un tampon, bouchon, etc., un trou, un orifice, obstruer, barrer le chemin, fermer' Sadd (n.) 'tout ce qui obstrue, obstacle, barriere, barrage' Sadda t-tariiq (b- hajar) 'II a obstrue, boucher le chemin avec des pierres.' Sadda majra l-mae bi- hajar 'II a obstrue le passage d'eau avec des rochers.' Salsala 'enchainer' Silsila (n.) 'chaine' Salasala l-hayawan bi-silsila min hadiid 'II a enchaine 1'animal avec une chaine de fer.' 183 Appendice 4. Les verbes croises en AM lemmer 'remplir' Ce verbe alterne lorsque 1' argument objet direct est un liquide. lemmer kerso b- l-makla 11 a rempli son ventre de nourriture.' lemmer sakoos b- Ihwayej '11 a rempli le sac de vetements.' Desses 'couvrir, paver le plancher, le parterre avec dess (ciment, dalles)' de§§ (n.) 'ciment' Desses l-ardbi- l-a mozig '11 a pave le planche de carreaux.' gemmes 'plonger, submerger quelque chose dans l'eau, tremper quelque chose dans une teinture' gemmes ye ddihfl- l-hena '11 a trempe sa main dans le henne.' gemmes ksra d-l-xobzf- z-zyt '11 a trempe une bouchee de pain dans l'huile.' grreq 'noyer quelqu'un ou quelque chose dans l'eau' grreq j-jnan bi-l-ma '11 a noye le champ d'eau.' getta 'couvrir quelque chose d'un voile, d'une couverture, etc ' gitad (n.) 'couverture, tout ce qui couvre' getta l-mida bi-lizar ' 11 a couvert la table d'une nappe.' Ksaa 'vetir, revetir quelqu'un d'un vetement' keswa 'vetement, robe' Ksaa r-ajel wladu b- hwayej jdad 'L'homme a vetu ses enfants de nouveaux vetements.' Lebbes : 'vetir, couvrir, recouvrir' Lebaas (n.) 'tout ce qui sert de vetement' lebssat l-mra benta-ha keswa zweina 'La dame a vetu sa fille d'une belle robe.' sqa 'arroser, tremper' Sqa l-mhabeq bi-lma '11 a arrose les plantes d'eau.' 184 Sqa l-helwa b-ssiro 'II a arrose le gateau de sirop.' Lettex 'salir, eclabousser (de quelque chose), souiller' Letxa (n.) 'une tache de salete' Lettex l-weld- hwayjo b- l-giss 'Le garcon a eclabousse ses vetements de boue.' Wessex 'salir, rendre malpropre' Wessex (n.) 'salete' Wessex hwayjoo bi-t-trab '11 a sali ses vetements de boue.' Weddeh 'salir, rendre malpropre' Weddeh hwayjoo bi-t-trab '11 a sali ses vetements de boue.' lellem 'marquer, affubler d'une marque' lalaama (n.) 'marque, signe, embleme, indice' lellem l-xroofbi-sbaga hemra '11 a marque le mouton avec une peinture rouge.' lellem l-jawd bi- ryca hemra '11 a affuble sa monture (son cheval) d'une plume rouge.' Beqqei rendre la chose avec des taches, tacher un tissu, la terre, le plancher de peinture, d'eau, etc ' Beqia (n.) 'une tache, une partie d'une couleur qui est differente de ce qui l'entoure' Beqqei hwayejoo b-z-zit '11 a tache ses vetements d'huile.' serset 'tacher avec une eclaboussure' serset hwayjoo b-l-^asir '11 a tache (avec une eclaboussure) ses vetements de jus.' Nqes 'broder, graver, tatouer' Nqsat l-mraydii-ha b- l-henna 'La femme a tatoue ses mains de henne.' trez 'orner de broderies, broder' t-terz (n.) 'la broderie' terza-t la nappe b-l-hrir 'Elle a brode la nappe de fils de soie.' ifejyej'incruster de pierres (un vase, une arme, etc.), brocher de pierreries, de paillettes (une robe)' 185 Ressej l-kwayej b-jwoher 'II a incruste les vetements de pierres.' Zerkes 'embellir' Zerkes l-xeyyata l-keswa b- l-iqiq 'La couturiere a embelli la robe de paillettes.' Zexref 'dorer, dormer a quelque chose un aspect brillant qui seduit l'oeil, revetir d'ornements, embellir' Zexref s-qefb-tagbazet 'II a orne le toit de platre sculpte.' Zeyyen 'orner, embellir, decorer' Zeyyen d-ddar b- d-dew 'II a embelli la maison de lumieres.' sebbez 'saturer, rassasier' Sebbei l-gemh b-l-ma '11 a sature le ble d'eau.' sebbei l-ponga b- l-ma '11 a sature l'eponge d'eau.' serreb 'imbiber, saturer, impregner (d'une couleur, ou d'une teinture)' serreb l-xobz l-yabes b-lma '11 a impregne le pain sec d'eau.' hbes 'retenir, contenir, arreter, limiter, restreindre, emprisonner' hbes l-ma bas ma ysiil b-hejra '11 a bloque le passage d'eau avec une pierre (il l'a bloque avec une pierre pour eviter l'ecoulement d'eau.' Rbet 'Her, attacher, serrer, confiner' Rbet l-iawed b-l-Pibel '11 a attache le cheval avec une corde.' dewwer 'tourner, enrouler, (twisty Dewwer r-rezza ila raso '11 a enroule le turban autour de sa tete.' gellef' envelopper' 186 gellefl-ktab b-papier hmer 'II a enveloppe le livre d'un papier rouge.' Sedd 'boucher avec un tampon, bouchon, etc. (un trou, un orifice); obstruer ; barrer le chemin; fermer' Sedd (n.) 'tout ce qui obstrue, obstacle, barriere, barrage' Sedd t-triiq b- camio kbeer 'II a obstrue la route avec un grand camion.' Sddmajra d-l-ma b- hjra 'II a obstrue le passage d'eau avec un rocher.' 187 Appendice 5. Les verbes alternants en AS. haqana 'injecter, rassembler l'eau dans un contenant, verser du lait dans 1'outre pour en faire du beurre, inonder 1'outre, dormer un lavement a quelqu'un' Hoqna (n.) 'injection, clystere haqana l-madfi s-siqad 11 a rassemble, injecte l'eau dans la gourde.' haqana l-maridbi-d-dawad ' 11 a administre au malade une injection.' Nadaha 'arroser d'eau; faire tomber sur quelqu'un une grele de traits, de fleches' ; 'Arroser, ecarter, eloigner, couler, laisser sortir l'eau a l'exterieur, repandre l'eau 9a et la' Nadahto ialay-hi l-mad 'J'ai vaporise l'eau sur lui.' nadaha l-jollata bi-l-mad '11 a arrose la feuille de palme d'eau.' Nadah-ou-hom bi n-nabl 'lis les ont cribles de fleches (comme ce que fait l'eau)' Rass: 'arroser, asperger, jeter un liquide, de l'eau, sur quelque chose' Rassa l-makan /al-mawdei bi- mad '11 a arrose la place/1 'endroit d'eau.' Rassa l-hadk-o an-nasij bi- mad 'Le tisseur a arrose le tissu d'eau.' Bad'ara 'semer, repandre pour semer, disperser, disseminer' Bid'r, bod'oor (n.) 'semences' Bad'ara Allahu alkhalq 'Dieu a disperse les humains sur (dans) terre.' Bad'ara l-habba '11 a seme les graines.' Bad'ara alkalam bayna annas '11 a seme, dissemine les paroles entre les gens.' Zara^a 'semer, repandre la semence' Zaraito Iborra wa ssa^iirfl-lhaql 'J'ai seme Zaraia larda '11 a cultive le champ de ble et c Zara^a l-hoba lakafi Iqouloub karamoka wa e ble et l'orge.' i'orge.' hosno xoloqika 'Ta generosite et ta 188 bonte ont seme 1'amour pour toi dans les coeurs.' hammala 'charger' haml/homoola (n.) 'Charge, fardeau' hammala l-^arabata bi-lqass '11 a charge le chariot de foin.' hammala l-akyaasfi l-^araba '11 a charge les sacs dans le chariot.' hammala-hu r-risala '111'a charge de la lettre.' hammal-to-hu amreefa ma ta-hammala 'Je l'ai charge de mes affaires mais il ne l'apas supporte.' sahana 'charger' sahana l-badaadi fi-l-baaxira '11 a charge les marchandises dans le bateau.' sahana l-baaxira bi- l-bactaaa^ '11 a charge le bateau de marchandises.' labbada 'empaqueter' labbadto l-asyaavafi l-we^ad 'J'ai empaquete les choses dans le contenant.' labbadto s-sondouqa bi- l-asyad 'J'ai rempli (lit. 'empaquete') le carton de choses.' hasaa 'farcir' haca Ixaroufbi-r-rozz '11 a farci l'agneau de riz.' haca s-sufafi-l-kiis '11 a bourre la laine dans le sac ' Laffa 'enrouler, entortiller, entourer de quelque chose, envelopper' Laffa l-iimama-ta hawla rassi-hi 'II a enroule le turban sur sa tete.' Laffa xisra-ho bi-midzar 'II a entoure sa taille d'un miszar : morceau de tissu qui sert dejupe.' 189 Appendice 6.1. Les verbes alternants en AM. Dhen 'Enduire, oindre, peindre, pommader' Dhen se^roo b- ziit '11 a enduit ses cheveux d'huile.' Dhen z-zebda f-l-xobz '11 a mis du beurre dans le pain.' Lebbex 'oindre, enduire avec des quantites assez grandes; le beurre, la creme (toute substance cremeuse)' Lbeixa (n.) 'cataplasme' Lebbx-at ras-ha b-lhenna 'Elle a enduit sa tete (ses cheveux) de henne.' Lebbx-at l-henna f-rasha 'Elle a applique/mis le henne sur sa tete (ses cheveux).' melles 'oindre, enduire quelque chose d'une couche epaisse, couvrir d'une couche d'une substance et l'aplatir pour rendre lisse en apparence et au toucher (beurre, ciment, creme, etc.)' melles ssima £3l l-hit '11 a mis du ciment sur le mur ' melles l-hit b- s-sima '11 a enduit le mur de ciment.' telles 'enduire, barbouiller' telles wejhoo b-l-creme '11 a barbouille son visage de creme.' telles l-cremef- wejhoo '11 a barbouille la creme sur son visage.' tla 'oindre, enduire quelque chose d'huile ou de goudron, vernir, peindre, couvrir d'une couche d'un fluide ou un semi fluide (huile, boue, etc.)' tla l-helwa b-sklaat '11 a enduit le gateau de c tola zzitf- hwayjoo '11 a mis l'huile dans ses v locolat.' etements.' Ndeh 'arroser d'eau, repandre l'eau ca et la, asperger' Ndeh hwayjoo b- l-ma 'II a asperge ses vetements d'eau.' 190 nadeh l-ma ila hwayjoo 'II a vaporise l'eau sur ses vetements.' Ress 'arroser, asperger, jeter un liquide, de l'eau, sur quelque chose' Ress z-znqa b-l- ma''lla arrose la ruelle d'eau.' Rassa l-ma f-z-zenqa 'II a vaporise l'eau dans la ruelle.' Zrei 'semer, repandre la semence' Zrei ssaiiir- f-j-jnanlhaql 'II a seme le ble dans le champ.' Zreiaj-jnan b—iiir 'II a cultive le champ de ble.' sarja 'charger' sarja l-kerroosa b-t-tben '11 a charge le chariot de foin.' sarja t-tbenfl- kerroosa^araba '11 a charge les sacs dans le chariot.' shen 'charger' shen l-bagaj f-l-bato '11 a charge les bagages dans le bateau.' sehno l-bato b-sarjema kbiira 'lis ont charge le bateau d'un grand chargement.' Leff 'entortiller, enrouler, entourer de quelque chose' Leffr-rezza ila raso 11 a enroule le turban autour de sa tete.' Leffraso b-r-rezza '11 a entoure sa tete d'un turban.' Lewwa 'entortiller, enrouler, entourer' Lewa-t s-san ila rasha "Elle a enroule le chale autour de sa tete.' Leffraso b-r-rezza 'Elle a entoure sa tete d'un chale.' 191 References A dictionary of modern written Arabic; Larousse ddictionnaire arabe-francais; francais-arabe; Al Wasit; Al Monjid, Muhit-Ul-Muhit, Arabic-english Lexicon ; L'arabe maghrebin, Petit dictionnaire Francais- Arabe. Achab, K. 2006. Internal Structure of Verb Meaning : A Study of verbs of (Change of) State in Tamazight (Berber). Ph.D. dissertation, University of Ottawa. Al Bustani, B. 1977. MMOZD Al MuUKl. (dictionnaire arabe). Daerat Al Ma'ajim. Librairie du Liban. Anderson, S. R. 1971. On the role of deep structure in semantic interpretation. Foundations of Language 7: 387-396. Arad, M. 2003. Locality constraints on the interpretation of Roots: The case of Hebrew denominal verbs. Natural Language and Linguistic Theory 21.4: 17,1-11%. Ash, M. 1995. Gestalt Psychology In German Culture 1890 - 1967. Cambridge: Cambridge University Press. Ba'alabaki, M. 1994. Al-Mawrid, A moderne English - Arabic dictionary. 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