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            <titleStmt>
                <title>La Vénus d’Ille : Édition Numérique !</title>
                <author>Alice Defours</author>
                <respStmt>
                    <resp>Encodage, transcription, balisage, et révision éditoriale</resp>
                    <name>Alice Defours</name>
                </respStmt>
            </titleStmt>

            <publicationStmt>
                <publisher>Université d'Ottawa, Département de Communication</publisher>
                <pubPlace>Ottawa, Ontario</pubPlace>
                <date when="2026">2026</date>
                <availability status="free">
                    <p>Édition à visée pédagogique, diffusée sous licence Creative Commons BY-NC-SA
                        4.0.</p>
                </availability>
            </publicationStmt>

            <sourceDesc>
                <bibl>
                    <author>Prosper Mérimée</author>
                    <title>La Vénus d’Ille</title>
                    <editor>La Revue des deux Mondes</editor>
                    <pubPlace>Paris</pubPlace>
                    <date when="1837">1837</date>
                    <ref target="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b525199096">Source numérisée
                        (Gallica, BnF)</ref>
                </bibl>
            </sourceDesc>
        </fileDesc>

        <encodingDesc>
            <projectDesc>
                <p>Cette édition est réalisée pour un atelier universitaire d’initiation à la TEI,
                    qui vise à familiariser les étudiants avec les notions de structure, métadonnées
                    et balisage sémantique des textes littéraires.</p>
            </projectDesc>
        </encodingDesc>

        <profileDesc>
            <langUsage>
                <language ident="fr">Français</language>
            </langUsage>
            <textClass>
                <keywords scheme="genre">
                    <term>Nouvelle</term>
                    <term>Fantastique</term>
                </keywords>
                <keywords scheme="theme">
                    <term>Antiquité</term>
                    <term>Statue</term>
                    <term>Féminité</term>
                </keywords>
            </textClass>
        </profileDesc>

        <revisionDesc>
            <change when="2026-03-15" who="#classe-licence">
                <p>Création du jeu de métadonnées initial et encodage du texte principal.</p>
            </change>
            <change when="2026-03-31" who="#classe-licence">
                <p>Créé le teiHeader et la structure physique du texte</p>
            </change>
            <change when="2026-04-07" who="#classe-licence">
                <p>Encodage des entités et réconcilitation</p>
            </change>
        </revisionDesc>
    </teiHeader>

    <text>

        <front>
            <head type="main">
                <title level="a">La Vénus d’Ille</title>
            </head>
            <byline>Prosper Mérimée</byline>
            <epigraph xml:lang="grc">
                <p>Ἰλεως ἦν δ' ἐγώ, ἔστω ὁ ἀνδριὰς καὶ ἤπιος, οὔτως ἀνδρεῖος ὢν. ΛΟΥΚΙΑΝΟΥ
                    ΦΙΛΟΨΕΥΔΗΣ.</p>
            </epigraph>
        </front>

        <body>
            <div type="analyse">

                <head>Analyse de la féminité</head>

                <p>Dans cet extrait, la féminité est exprimée sous la forme d'une construction
                    discursive masculine. C'est à dire qu'elle est vue, nommée, évaluée et
                    interprétée par le regard des hommes présents dans le récit, à travers lesquels
                    s'exprime l'auteur du récit. A cela s'ajoute des valeurs et des visions du monde
                    propres à l'époque de publication du texte.</p>

                <p>La statue est une Vénus qui n’a pas de voix propre : <list>
                        <item>Elle est évaluée à travers le regard du narrateur de l'histoire, et
                            des personnages qui la rencontre.</item>
                        <item>Cette évaluation de la statue par le regard des hommes du récit
                            produit une féminité objectivée, esthétisée et sexualisée selon des
                            normes réductrices et misogynes aujourd'hui.</item>
                    </list>
                </p>
                <p>Plusieurs régimes de féminités sont identifiables : <list>
                        <item xml:id="feminite_personnifiee">Une féminité personnifiée</item>
                        <item xml:id="feminite_divinisee">Une féminité divinisée : référence à
                            Vénus, à la beauté antique, à la perfection plastique</item>
                        <item xml:id="feminite_idealisee">une féminité idéalisée, et érotisée par le
                            lexique du nu, du voluptueux, de la draperie et du corps offert au
                            regard</item>
                        <item xml:id="feminite_menacante">une féminité menaçante, parce que la
                            beauté est constamment associée à la malice, à la cruauté, à l’ironie et
                            à la méchanceté; qui associe désir féminin et danger pour
                            l’amant.</item>
                    </list>
                </p>
                <p>L’extrait témoigne d'une tension centrale entre beauté féminine et violence
                    potentielle. La statue est à la fois parfaite et hostile, attirante et
                    destructrice. La féminité est ambivalente ici. On peut aussi noter qu'elle est
                    aussi fortement liée au regard: les yeux de la statue, ses traits, son
                    expression, et l’effet qu’elle produit sur ceux qui la contemplent, jouent un
                    rôle dans sont expression.</p>
            </div>

            <gap reason="editorial" unit="text"/>

            <div type="vision_nocture">
                <p>En face était le Canigou, d’un aspect admirable en tout temps, mais qui me parut
                    ce soir-là la plus belle montagne du monde, éclairé qu’il était par une lune
                    resplendissante. Je demeurai quelques <span ana="#feminite_personnifiee"
                        >minutes</span> à contempler sa silhouette merveilleuse, et j’allais fermer
                    ma fenêtre, lorsque, baissant les yeux, j’aperçus 
                    <rs type="statue" xml:id="venus">la statue</rs>
                    sur un piédestal à une vingtaine de toises
                    de la maison. Elle était placée à l’angle d’une haie vive qui séparait un petit
                    jardin d’un vaste carré parfaitement uni, qui, je l’appris plus tard, était le
                    jeu de paume de la ville. Ce terrain, propriété de M. de Peyrehorade, avait été
                    cédé par lui à la commune, sur les pressantes sollicitations de son fils.</p>

                <p>À la distance où j’étais, il m’était difficile de distinguer <span
                        ana="#feminite_personnifiee"> l’attitude de <rs type="statue"
                            corresp="#venus">la statue</rs>
                    </span>; je ne pouvais juger que de sa hauteur, qui me parut de six pieds
                    environ. En ce moment, deux polissons de la ville passaient sur le jeu de paume,
                    assez près de la haie, sifflant le joli air du Roussillon: Montagnes régalades.
                        <span ana="#feminite_idealisee">Ils s’arrêtèrent pour regarder <rs
                            type="statue" corresp="#venus">la statue</rs>
                    </span>; un d’eux <span ana="#feminite_personnifiee">
                        <rs type="statue" corresp="#venus">l’</rs>apostropha même à haute
                        voix</span>. Il parlait catalan; mais j’étais dans le Roussillon depuis
                    assez longtemps pour pouvoir comprendre à peu près ce qu’il disait.</p>

                <p>«Te voilà donc, <span ana="#feminite_menacante">
                        <rs type="statue" corresp="#venus">coquine</rs>
                    </span>! (Le terme catalan était plus énergique.) Te voilà! disait-il. C’est
                    donc toi qui as cassé la jambe à Jean Coll! Si tu étais à moi, <span
                        ana="#feminite_menacante">
                        <rs type="statue" corresp="#venus">je te casserais le cou</rs>
                    </span>.</p>

                <p>— Bah! avec quoi? dit l’autre. <span
                        ana="#feminite_personnifiee #feminite_menacante">
                        <rs type="statue" corresp="#venus">Elle</rs> est de cuivre , et si dure
                        qu’Étienne a cassé sa lime dessus, essayant de l’entamer.</span> C’est du
                    cuivre du temps des païens; c’est plus dur que je ne sais quoi.</p>

                <p>— Si j’avais mon ciseau à froid (il paraît que c’était un apprenti serrurier), je
                    lui ferais bientôt sauter <span ana="#feminite_idealisee #feminite_menacante">
                        <rs type="statue" corresp="#venus">ses grands yeux blancs</rs></span>, comme
                    je tirerais une amande de sa coquille. Il y a pour plus de cent sous d’argent.» </p>

                <p>Ils firent quelques pas en s’éloignant.</p>

                <p>«Il faut que je souhaite le bonsoir à <span ana="#feminite_divinisee">
                        <rs type="statue" corresp="#venus">l’idole</rs>
                    </span>», dit le plus grand des apprentis, s’arrêtant tout à coup.</p>

                <p>Il se baissa, et probablement ramassa une pierre. Je le vis déployer le bras,
                    lancer quelque chose, et aussitôt un coup sonore retentit sur le bronze. Au même
                    instant l’apprenti porta la main à sa tête en poussant un cri de douleur.</p>

                <p>« <span ana="#feminite_menacante #feminite_idealisee">
                        <rs type="statue" corresp="#venus">Elle</rs>
                    </span> me l’a rejetée!» s’écria-t-il.</p>

                <p>Et mes deux polissons prirent la fuite à toutes jambes. Il était évident que la
                    pierre avait rebondi sur le métal, et avait puni ce drôle de l’outrage qu’il
                    faisait à <span
                        ana="#feminite_divinisee #feminite_menacante #feminite_idealisee">
                        <rs type="statue" corresp="#venus">la déesse</rs>
                    </span>.</p>
            </div>

            <gap reason="editorial" extent="4 lignes" unit="text"/>

            <div type="description">
                <p>Je descendis dans le jardin, et me trouvai devant une <span
                        ana="#feminite_idealisee">
                        <rs type="statue" corresp="#venus">admirable statue</rs>
                    </span>. C’était bien une <span ana="#feminite_divinisee #feminite_idealisee">
                        <rs type="statue" corresp="#venus">Vénus</rs>
                    </span>, et d’une merveilleuse beauté. <span ana="#feminite_idealisee">
                        <rs type="statue" corresp="#venus">Elle</rs> avait le haut du corps nu
                    </span>, comme les Anciens représentaient d’ordinaire les grandes divinités; la
                    main droite, levée à la hauteur du sein, était tournée, la paume en dedans, le
                    pouce et les deux premiers doigts étendus, les deux autres légèrement ployés.
                    L’autre main, rapprochée de la hanche, soutenait la draperie qui couvrait la
                    partie inférieure du corps. <span ana="#feminite_idealisee"> L’attitude de cette
                            <rs type="statue" corresp="#venus">statue</rs>
                    </span> rappelait celle du Joueur de mourre qu’on désigne, je ne sais trop
                    pourquoi, sous le nom de Germanicus.</p>

                <p>Peut-être avait-on voulu représenter <span ana="#feminite_divinisee"> la <rs
                            type="statue" corresp="#venus">déesse</rs>
                    </span> jouant au jeu de mourre. Quoi qu’il en soit, il est impossible de voir
                    quelque chose de plus parfait que le corps de cette <span
                        ana="#feminite_idealisee">
                        <rs type="statue" corresp="#venus">Vénus</rs>
                    </span>; rien de plus suave, de plus voluptueux que ses contours; rien de plus
                    élégant et de plus noble que sa draperie. Je m’attendais à quelque ouvrage du
                    Bas-Empire; je voyais un chef-d’œuvre du meilleur temps de la statuaire.</p>

                <p>Ce qui me frappait surtout, c’était <span ana="#feminite_idealisee">l’exquise
                        vérité des formes</span>, en sorte qu’on aurait pu les croire moulées sur
                    nature, si <span ana="#feminite_divinisee">la nature produisait d’aussi parfaits
                        modèles</span>. La chevelure, relevée sur le front, paraissait avoir été
                    dorée autrefois. La tête, petite comme celle de presque toutes les <span
                        ana="#feminite_idealisee">statues grecques</span>, était légèrement inclinée
                    en avant.</p>

                <p>Quant à la figure, jamais je ne parviendrai à exprimer <span
                        ana="#feminite_personnifiee #feminite_menacante">son caractère
                        étrange</span>, et dont le type ne se rapprochait de celui d’aucune statue
                    antique dont il me souvienne. Ce n’était point cette beauté calme et sévère des
                    sculpteurs grecs, qui, par système, donnaient à tous les traits une majestueuse
                    immobilité. Ici, au contraire, j’observais avec surprise l’intention marquée de
                    l’artiste de rendre <span ana="#feminite_menacante"> la malice arrivant jusqu’à
                        la méchanceté </span>.</p>

                <p>Tous les traits étaient contractés légèrement: <span ana="#feminite_personnifiee"
                        > les yeux un peu obliques, la bouche relevée des coins, les narines quelque
                        peu gonflées </span>. <span ana="#feminite_menacante"> Dédain, ironie,
                        cruauté </span>, se lisaient sur ce <span
                        ana="#feminite_idealisee #feminite_personnifiee"> visage d’une incroyable
                        beauté </span> cependant.</p>

                <p>En vérité, plus on regardait cette <span
                        ana="#feminite_idealisee #feminite_personnifiee"> admirable <rs
                            type="statue" corresp="#venus">statue</rs>
                    </span>, et plus on éprouvait le sentiment pénible qu’une si merveilleuse beauté
                    pût s’allier à <span ana="#feminite_menacante"> l’absence de toute sensibilité
                    </span>.</p>

                <p>«Si le modèle a jamais existé, dis-je à M. de Peyrehorade, et je doute que le
                    ciel ait jamais produit une telle femme, que je plains ses amants! <span
                        ana="#feminite_menacante #feminite_idealisee"> Elle a dû se complaire à les
                        faire mourir de désespoir </span>. Il y a dans son expression quelque chose
                    de <span ana="#feminite_menacante"> féroce </span>, et pourtant je n’ai jamais
                    vu rien de si beau.» </p>

                <p>«C’est <span ana="#feminite_idealisee #feminite_menacante"> Vénus tout entière à
                        sa proie attachée </span>!» s’écria M. de Peyrehorade, satisfait de mon
                    enthousiasme.</p>

                <p>Cette expression d’ <span ana="#feminite_menacante"> ironie infernale </span>
                    était augmentée peut-être par le contraste de <span ana="#feminite_personnifiee"
                        >ses yeux incrustés d’argent et très brillants </span> avec la patine d’un
                    vert noirâtre que le temps avait donnée à toute la statue.</p>

                <p>
                    <span ana="#feminite_personnifiee #feminite_menacante"> Ces yeux brillants
                        produisaient une certaine illusion qui rappelait la réalité, la vie </span>.
                    Je me souvins de ce que m’avait dit mon guide, qu’ <span
                        ana="#feminite_menacante">
                        <rs type="statue" corresp="#venus">elle</rs> faisait baisser les yeux à ceux
                        qui la regardaient </span>. Cela était presque vrai, et je ne pus me
                    défendre d’un mouvement de colère contre moi-même en me sentant un peu mal à mon
                    aise devant cette figure de bronze.</p>

                <p>«Maintenant que vous avez tout admiré en détail, mon cher collègue en
                    antiquaillerie, dit mon hôte, ouvrons, s’il vous plaît, une conférence
                    scientifique. Que dites-vous de cette inscription, à laquelle vous n’avez point
                    pris garde encore?» Il me montrait le socle de la statue, et j’y lus ces mots:
                        <span ana="#feminite_idealisee">
                        <foreign xml:lang="lat">
                            <term>CAVE AMANTEM</term>
                        </foreign>
                    </span>.</p>
            </div>
        </body>
    </text>
</TEI>
